" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

vendredi 27 août 2010

Je me souviens

















A la manière de Georges Perec.

1. Je me souviens d’avoir demandé à ma mère comment cela se faisait que j’avais deux petites boules en dessous du zizi et qu’elle m’a répondu que tant qu’elles étaient là, j’étais en bonne santé.

2. Je me souviens de Télé-Luxembourg, de l’Ecole buissonnière, de Rusty, de Rintintin, et de Helmut-le-petit-bricoleur.

3. Je me souviens que je voulais devenir pape sous le saint nom de Jean XXllll.

4. Je me souviens de ma première éjaculation. Terrifié, je me mis à prier de toute mon âme, implorant le ciel de ne pas mourir cette nuit-là.

5. Je me souviens du jour où, à la clinique de Bastogne, l’on m’a enlevé les agrafes, punaisées sur mon ventre à la suite d’une opération due à une obstruction intestinale. J’ai hurlé comme un goret.

6. Je me souviens du jour où, jouant à cache-cache avec mes sœurs, je me réfugiai dans une horloge de trois mètres de haut. Elle bascula et se fracassa en mille morceaux. Alors que tout le monde s’étonnait du fait que je n’avais pas été blessé ou transpercé de part en part par le long balancier, mon père, lui, voulut m’étrangler sur place.

7. Je me souviens du « Tintin « ( la b.d. ) que ma mère m’offrit pour ma première communion.

8. Je me souviens de la cabane en bois où avec mes potes et l’une ou l’autre fille qui traînait par là, nous jouions au docteur.

9. Je me souviens de Kalou Clotuche, tué à vélo sur une route du village.

10. Je me souviens de la salle « Ciné chez nous « , des « Sept Mercenaires « , de « Barabbas « , de « la Grande Evasion « , de « L’Auberge du sixième bonheur « , de « La Famille Trap en Amérique « .

11. Je me souviens de Karabouya, vendus par un nègre à la foire de jeunesse.

12. Je me souviens du vicaire qui jetait à la poubelle les piécettes de 25 centimes , celles avec un trou au centre, récoltées à la collecte du dimanche, et qu’il qualifiait de « crottes du Diable « .

13. Je me souviens de « J’ai le hoquet. C’est Dieu qui me l’a donné. Vive Jésus, je ne l’ai plus « .

14. Je me souviens des leçons de piano donnée par Arsène Colin, à demi aveugle.

15. Je me souviens des rogations, des crécelles du temps pascal, des gamins qui hurlaient : « Au chemin de croix « , « A L’office « , en s’attardant tout particulièrement devant les maisons des témoins de Jéhovah ou des mécréants.

16. Je me souviens de ma première panoplie de cow boy, de curé.

17. Je me souviens des crèches vivantes avec mes sœurs.

18. Je me souviens de ma première radio grâce à laquelle j’écoutais « La famille Duraton « , « Zappy Max-Ca va bouillir ! «

19. Je me souviens de mon premier 45 tours, « Pour moi la vie va commencer « de Johnny Hallyday.

20. Je me souviens de la mort du pape Jean XXlll.

jeudi 26 août 2010

Un quizz littéraire
















J’aime co bien les tests, les quizz. Parce que c’est amusant, rigolo et que si vous récoltez un bon score, vous avez l’impression d’être malin ( ce qui n’est pas rien par les temps qui courent ).

Lors, je me suis mis en tête d’en afficher un sur ce site littéraire que je fréquente depuis 2003 dont voici le lien : http://www.critiqueslibres.com/i.php

pour les ceuses que cela intéresse.

En écoutant et en regardant le très remarquable coffret de 7 dvd « Histoire personnelle de la littérature française « signé par Jean d’Ormesson et Olivier Barrot, il n’est venu à l’idée d’en confectionner un quizz.


1. Son père était prêtre (assermenté)
2. Qui est « l’agité du bocal « ?
3. Quel est l’auteur de ce surnom ?
4. On peut dire que ce grand poète du XX è siècle était un bâtard, un métèque et un fauché
5. Poète, romancier et reporter, il s’est engagé, un temps, à la légion étrangère
6. Ce dramaturge, né en 1889, appréciait, à ses heures, l’opium
7. Il fut médecin à Clichy
8. Cet écrivain fut enfant de l’assistance publique. On a dit de lui « de la boue de banlieue dans la plume de Racine «
9. Il déteste la photographie et les voyages touristiques. Il a dit de lui : « Je suis né troué «
10. Il a écrit un opéra pour Darius Milhaud
11. Il a tiré son œuvre à 550 millions d’exemplaires, traduite en 55 langues
12. De quels écrivains s’agit-il dans cette phrase : « Mieux vaut se tromper avec S. que d’avoir raison avec A. « ?
13. Quelle est la particularité du livre « La disparition « et quel en est l’auteur ?
14. Qui a écrit cette phrase et à qui cherche t-’il des poux : « Si je devais la rencontrer, je ne pourrais m’empêcher de lui lancer un bénitier à la tête ! «
15. Il est le fils d’un pope
16. Elle est née péniblement, à demi asphyxiée et muette

Si vous voulez en connaître les réponses, voyez ce topic :

http://www.critiqueslibres.com/i.php/forum/sujet/8206

mercredi 25 août 2010

Sous la plume de Colette


Fin des années ’70, je suis tombé sous le charme de l’écrivain Colette. De façon intensive, passionnément. . J’ai lu quelques unes une de ses œuvres, lentement, savourant son écriture. Quel juste ton ! pour décrire ce qui est de plus typiquement féminin, là, tout au fond de ce que nous, hommes ( mâles ), n’avons qu’une vague idée , même les plus éveillés, les plus attentifs ( j’allais dire les plus sensibles ) d’entre nous. Ce qui justement constitue cette fameuse « différence « .

Je m’étais même amusé à en copier certains passages qui m’émouvaient si fort. Trente ans plus tard, ils ont toujours cette même magie. En voici une toute-toute petite partie.


- Un bon baiser, chaud, pas trop mordant, long, tranquille, qui prend le temps de se rassasier et qui dispense, après le premier frisson jusqu’aux reins, un contentement un peu léthargique.

- Il y a des moments où le mot « je t’aime « a la même valeur qu’une crispation d’orteil.

- Oui, complète Renaud … Quand elle lève ses paupières, on dirait qu’elle se déshabille.

- Le mensonge est la première parure d’une amoureuse.

- Pourtant, dans le visage de l’enfant, il y a un seul endroit révélateur, instable, un espace compris entre la narine, l’œil et la lèvre supérieure, où viennent affleurer les ondes d’un délit intérieur. Cela est fugitif, foudroyant.

- L’aube me vit couverte de ses larmes abondantes que nous versons dans le sommeil, et qui coulent encore lorsque, éveillées, nous ne savons plus remonter à la source.

- Je n’ai plus envie de me marier avec personne, mais je rêve encore que j’épouse un très grand chat. Montherlant sera, je pense, bien aise de l’apprendre.

- Tout est moins bleu. Ou bien c’est moi … Le bleu, c’est mental. Le bleu ne donne pas faim, ne rend pas voluptueux. Une chambre bleue est inhabitable ( … ). A moins que tu n’espères plus rien - dans ce cas, tu peux habiter une chambre bleue.

- Huit ans, ses cheveux noirs, tout emmêlés, car elle avait couru pour m’apporter une rose. Elle était sur le seuil de ma chambre, aussi effrayée par mon réveil que par mon sommeil. Je ne verrai rien avant ma mort d’aussi beau que cet enfant.

- Elle a écrit aussi plus bas « mon amour « - elle m’appelait ainsi quand nos séparations se faisaient longues et qu’elle s’ennuyait de moi.

- Mais il ne me demande rien, rien que la liberté de me donner autant de caresses qu’il en faut pour que je dorme au petit jour, sur le lit toujours fermé.

- Mais qu’est-ce que ça fait, les autres femmes, puisque moi, je vous aimerai toujours. « Chut ! Claudine », coupa t-il adroitement, le ciel me préserve de te voir devenir un cas unique et monstrueux.

- Je vais souffrir. Renaud sera insoutenable. J’aurai chaud et je ne pourrai pas mettre mes jambes en losange. Et puis, ce creux au milieu du lit. Zut !

- Combien êtes-vous de ce modèle-là. – Deux seulement. C’est ma sœur.

- Au fond, je délire de joie, ça va bien. L’Ecole a fait des progrès ! De mon temps, Luce seule m’écrivait des billets, Anaïs elle-même n’en était qu’aux garçons.

- On dit : « C’est bien jeune. « On dit « trop brune … l’air mauvais … » - Comment, trop brune ? Elle a des boucles châtains. – Ces cheveux courts, c’est pour forcer l’attention ! Renaud a du goût pourtant – On dit : « D’où ça sort-il ? – C’est Montmartrois – C’est slave, le menton petit et les tempes larges. Ca sort d’un roman unisexuel de Pierre Louÿs « .

- Je me retourne d’un saut de poisson et m’en vais chercher le sommeil à l’est du grand lit, dans les régions chastes et froides.

- Mon homme ? On dirait que vous ne savez pas qui il est ! Moi avec lui, moi sans lui, ça ne fait toujours que moi. – Tu l’entends, Alice, tu l’entends ? Elle est crevante ! – Elle n’est pas crevante, elle se rend compte de ce que c’est qu’un homme, dit Alice.

- Maria est, pensait Alice, comme les animaux à bon flair qui s’écartent de l’homme et de la bête blessée ou malade.

- Quand on endure ce que j’endure, on a tout juste la force de n’être pas simple, c’est-à-dire de faire à peu près bonne figure, de ne pas se jeter dans n’importe quoi, la boisson, la rivière, les trucs qui endorment.

- ( à propos de Colette ). Elle est née péniblement, à demi-asphyxiée et muette.

- Sur une lisière de bois, dans un chemin creux, nous nous asseyons en rond – nous les grandes – et nous ouvrions nos corsages. Anaïs ( quel toupet ) montrait un petit coin de peau citronné et disait avec aplomb : « Ils ont beaucoup forci depuis le mois dernier. « Je t’en fiche ! Le Sahara ! Luce, blanche et rose dans sa chemise rude de pensionnaire, des chemises à poignets sans festons, c’est-à-dire la règle, découvrait un « vallonnement médian « à peine indiqué, et deux pointes roses et petites comme des mamelles de Fanchette ( la chatte ). Marie Belhomme … le dessus de ma main. Et Claudine ? Un petit coffre bombé, mais à peu près autant de seins qu’un garçon un peu gras. Dame à quatorze ans … L’exhibition terminée, nous refermions nos corsages avec l’intense conviction chacune d’en avoir beaucoup plus que les autres.

- Née d’une famille sans fortune, je n’avais appris aucun métier, je savais grimper, siffler, courir, mais personne n’est venu me proposer une carrière d’écureuil, d’oiseau ou de biche.

- « Polaire, lui dit-il, restez donc un peu tranquille. Vous avez l’air d’une fleur qui a envie de faire pipi. « Polaire, suffoquée, rougit en brun sombre. « Oh, Vili ! On neu dit pas ce mot-là … On dit aller au petit jardin.

- Deux femmes enlacées ne seront jamais pour l’homme qu’un groupe polisson et non l’image mélancolique et touchante de deux faiblesses réfugiées aux bras l’une de l’autre pour y dormir, y pleurer, fuir l’homme souvent méchant et goûter mieux que tout plaisir, l’amer bonheur de se sentir pareilles, infirmes, oubliées.

- Les gens n’ont jamais eu la moindre idée de ce que c’était de ne plus souffrir, sans quoi ils ne parleraient que de ça.

- Chez Vertuchon, les mannequins disaient que celles qui ne savent pas siffler sont des femmes froides.

- Nous étions minces, halées, maniérées et brutales, maladroites comme des garçons, impudentes, empourprées de timidité au son seul de notre voix aigre, pleines de grâce, insupportables.

- Rien ne mène – je le sais – à l’amour. C’est lui qui se jette en travers de notre route. Il la barre, à jamais, ou s’il la quitte, laisse le chemin rompu, effondré.

- Soyez sûrs qu’une longue patience, que les chagrins jalousement cachés ont formé, affiné, durci cette femme dont on s’écrie : « Elle est en acier ! « . – Elle est « en femme « , simplement, et cela suffit.

- « L’homme est drôle. « - « Drôle !, me récriai-je. La femme, passe encore, ce petit clown sans nez … Mais l’homme.

samedi 21 août 2010

Amélie Nothomb : " Une forme de vie "














Un roman semi-autobiographique pour notre Amélie nationale, un roman épistolaire. Où il est question d’obésité et d’une correspondance de guerre. Une écriture simple, blanche. Une lecture toute aussi simple mais bien agréable. Or, l’on sait qu’Amélie adore correspondre avec ses lecteurs ; elle nous en donne, à travers son « Une forme de vie « , des aperçus de lettres qu’elle reçoit, en fait un classement entre les pénibles, les insensées, mais aussi les jubilatoires sans oublier, sans aucun doute, les épîtres qui font partie de son jardin secret.

Elle joue même le jeu de nous en donner des « trucs et astuces « , le style, la manière à adopter pour que nos lettres ne prennent pas, illico, un classement vertical : à la poubelle. Comme d’habitude, la fin du roman est inattendue, surtout l’extrême fin ( the end ).

J’ai trop longtemps hésité à envoyer une nouvelle lettre à not’Amélie, craignant de l’ennuyer : qu’à t-‘elle donc a faire de moi ? Quel intérêt ( et pour cause ) mais là, je ne vais plus hésiter longtemps. Juste pour le plaisir de peut-être recevoir quelque mot de cet écrivain qui me plaît tant – et qui en connaît la vraie raison ? … -. Je crois qu’elle a un bon cœur, cette fille …

S’il vous plaît , ne vous moquez pas ! Oups !

jeudi 19 août 2010

Georges Simenon : " Maigret et les vieillards "
















Et comme de fait, il y a pas mal de vieillards dans ce roman : des nobles, un prince, une princesse, un vieux notaire, une servante âgée, un médecin quasiment à la retraite, … Il ya également un mort par accident et un crime. Beaucoup de non-dits , de retenues.

Puis des convenances qui datent un peu – nous sommes en compagnie de vieux ! -, une certaine moralité et puis des principes religieux ( si-si, vous verrez, ou plutôt, vous lirez … )

Souvent, dans les romans policiers, on retrouve des crimes très sanglants, avec pas mal d’hémoglobine donc, de la haine et puis une belle histoire d’amour manière d’adoucir l’histoire. Il ya un peu de tout cela ici, mais Simenon, suivant son habitude s’attarde quelque peu sur la psychologie de ses personnages, nous dévoile une partie de sa « philo « , ce qui en fait sa marque de fabrique, sa saveur.

Sachez pour terminer que le commissaire Maigret ne boit pas une bière mais « un verre de bière « .

dimanche 15 août 2010

" L'âge de raison " avec Sophie Marceau









Saluons ici la belle performance de la succulente Sophie Marceau qui met brillament en valeur son rôle ( elle est super boostée ) mais aussi joue avec son nom d’actrice adulée du public ( elle aurait bien tord de se gêner, nous nous déplaçons pour la yeuter, attends toua ! ).

L’histoire est assez candide, minouche et peut-être un peu trop à l’eau de rose, … mais ne boudons pas notre plaisir … Du bon cinéma français, sans prétention aucune que de nous distraire.

Quand une fillette rattrape une femme carriériste de 38 ans : « Cher moi-même, … « . Un film de Yann Samuell.

http://www.sortie-cine.fr/videos/l-age-de-raison-sophie-marceau-bande-annonce-du-film.html

Vlam ! Humpf ! Oups ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wizzzzzzzzzzz !




















































































vendredi 13 août 2010

" Montherlant et le suicide " Collectif






Atteint de cécité, Henri de Montherlant se donne la mort le jeudi 21 septembre 1972 à Paris, à l’âge de 77 ans. Il se tire une balle dans la tête après avoir absorbé du cyanure. Un suicide longuement préparé. Sa cécité n’était qu’un ennui supplémentaire car sa maladie avait commencé par une agoraphobie, à laquelle s’ajoutaient des vertiges, accompagnés de chutes ainsi que des troubles d’origine circulatoire. Il redoutait également des troubles psychiques et paralytiques.

Cet ouvrage fait le tour complet, d’une part sur l’acte posé par l’écrivain sous la plume de journalistes, de critiques littéraires, et d’autre part sur le suicide. Ensuite, en parallèle, il nous conte la mort, l’autodestruction, voulue et donnée par d’autres personnalités.

En voici quelques uns et pour simplifier et faire vite, les motifs de leurs suicides :

Hemingway : déchéance physique (effroi face à la vieillesse)

Mishima : politique (déchéance de la culture japonaise)

Drieu La Rochelle : politique

Pavese : déchéance générale ( je suis un raté )

Stefan Zweig : effroi devant la déchéance du monde occidental, de l’être humain

Virginia Woolf : troubles psychiques

Romain Gary : déchéance physique

Et encore : René Crevel, Arthur Koestler, Arthur Cravan, Jacques Vaché, Jacques Rigaut.

Un livre qui peut être délicieux, exquis même, si vous également avez chopé ce goût étrange, sulfureux, dans la bouche …

Extraits :

- « Le Néant n’est pas Dieu, mais il en est l’ombre « ( Montherlant )

- 1963. Soixante-huit ans. Montherlant avait eu l’idée que son corps soit « jeté à la voirie « . « Tout ce qui tient au culte funéraire me paraît indésirable. Il est avant tout une fête à la vanité. Ou la vanité du mort, ou la vanité des survivants. Ou les deux «

- ( … ) suivent des réflexions sur ceux qu’on laisse en mourant. Les aime-t-on ? En aime-t-on seulement un ?

- « Le temps est une belle ordure. Il vous dépiaute vivant comme les tueurs des bébés phoques « ( Romain Gary )

- L’écrivain-philosophe Cioran trouve autant de raisons de se tuer qu’autant de ne pas passer à l’acte :

« Celui qui, par étourderies successives, a négligé de se tuer, se fait à soi-même l’effet d’un vétéran de la douleur, d’un retraité du suicide … Le plus grand exploit de ma vie est d’être encore en vie «

« L’accoutumance à la vie, voilà le hic. Car la vie est un vice. Le plus grand qui soit «

( On serait en trop mauvaise compagnie, depuis que « le suicide, seul acte vraiment normal, est devenu l’apanage des ratés «

« Ce n’est pas la peine de se tuer, puisqu’on se tue toujours trop tard «

Et pour finir, de Kafka : « Celui qui se suicide est un prisonnier qui, voyant que l’on dresse un gibet dans la cour, croit que c’est à lui qu’on le destine, s’évade la nuit de sa cellule, descend dans la cour et se pend lui-même « .

mardi 10 août 2010

10 août 2000, bye-bye l'alcool : bon débarras !


10 août 2000 fut une date historique dans ma vie. Tara-ta-ta ! Vu que ce jour-là , je rentrais à l’hôpital de Bastogne pour un délirium tremens, plusieurs hématomes, la tronche dans le cul, bref dans un état épou-van-table ! Le – les – coupables : l’alcool et môa.

Je ne vais pas vous casser les pieds avec toute cette histoire ; juste dire que je me trouvais , depuis de trop longues années, non pas au niveau – 1 ou -2, en dessous du sol mais au niveau – 17. J’en sortis 25 jours plus tard, complètement sevré.

Depuis, le malade se porte beaucoup mieux, à tous les points de vue, oufti ! Sans rechute et un abstinence que l’on peut évaluer à 0,00000000000000001 % l’an.

Continue à ne pas tenter le diable, mî p’tit fi ! – comme le disent si justement mon amie François Bastin et mi vî cama Robert Schloune.

Dont acte !

dimanche 8 août 2010

" L'Enfer " de Henri-Georges Clouzot













Actuellement sur nos écrans, un remarquable documentaire sur le film maudit de Henri-Georges Clouzot :

« L’Enfer « avec, en vedettes, Romy Schneider, Serge Reggiani… Des scènes, des rushes, des documents inédits sur le tournage de ce film dont le thème était la jalousie, celle qui se transforme en névrose.

H.G. Clouzot était à cent lieues de « la nouvelle vague « , qui elle, favorisait le « cut « , l’improvisation. L’auteur des « Diaboliques « , du « Quai des Orfèvres « , lui, voulait maîtriser son film dans les moindres détails, plan après plan. Un véritable travail de bénédictin.

L’action du film est tournée en noir et blanc, tandis que les hallucinations du héros jaloux étaient traduites, en couleur, par les images anamorphosées, des sons déformés.

Comme on regrette que ce film n’ait jamais abouti. Vous voulez en connaître en raisons ? Vous savez ce qui vous reste à faire … Et puis, vous aurez le bonheur de revoir des images délicieuses d’une des plus grandes actrices du cinéma français.

Bandes-annonces :

http://www.dailymotion.com/video/xb2kdw_l-enfer-d-henri-georges-clouzot-ban_shortfilms

http://www.dailymotion.com/video/x9dizt_extrait-3-lenfer-dhenrigeorges-clou_shortfilms

samedi 7 août 2010

Une promenade à pied à Antwerpen ( Anvers )






Vous pouvez cliquer sur le plan pour l'agrandir









Une des plus belles villes de notre merveilleuse Belgique. Je m’y suis rendu régulièrement , jadis, avec ma pote Daneke qui est originaire de là-bas. Ensuite, j’ai continué à l’apprécier (et Antwerpen et ma pote ) et y retourne régulièrement.
Voici donc, très modestement, quelques suggestions pour une visite de cette métropole flamande. Il n’y a d’ailleurs rien de bien original dans ces propositions, c’est de l’archi connu, de l’incontournable.
- Par le train. Exemples de trajet, aller : Liège-Guillemins, via Hasselt, 2 heures environ. Retour : via Leuven ( Louvain ) 2 heures 30 environ.
- A votre arrivée, ne manquez pas d’admirer la nouvelle gare ; allez prendre un verre, à l’étage, au « Le royal café « , et y admirer son architecture, sa grande horloge . Un court - ou long - instant dans la magnifique salle des pas perdus.
- Tout peut se faire à pied mais le tram et le métro, c’est chouette également.
Emprunter la « Keyserlei « , juste en face de la gare, puis le « Meir « . L’architecture y est de nouveau remarquable.
- De « Groen Plaats « , la cathédrale et sa flèche qui nargue, en splendeur et par sa superbe, la tour de la KBC Bank. La cathédrale peut se visiter au prix de 5 euros par personne .
- La grand place, de Grote Markt. Pur style flamand, bien sûr, bien appréciable. Si vous avez encore soif, les terrasses ne manquent pas ( à recommander The Irish Times Pub Antwerp ).
- A quelques pas, dirigez-vous vers l’Escaut et ses esplanades. Entre les deux, le bateau « de Flandria « peut vous emmener pour une mini-croisière de 50 minutes pour 5 euros par personne.
- Prenez ensuite l’esplanade principale ( sur votre gauche , la zuid). Elle vous mène à la place St Jansvliet ( ya souvent une brocante )
- Sur cette place, entrez dans le bâtiment où se situe l’entrée de « Anna-tunnel ), un piétonnier sous terrain qui traverse l’Escaut. Il mesure 572 mètres pour un diamètre de 4,30 mètres. Une vraie merveille ! On ne s’y sent pas du tout enfermé et vous y croiserez des dizaines de touristes comme vous et des Anversois.
- Arrivés sur l’autre berge, vous aurez une belle vue de la ville. Droit devant vous se trouve un parc qui longe le fleuve, à visiter si le cœur vous en dit. Vous pouvez vous restaurer au « Rétro Taverne «, tout près de la sortie du tunnel .
- La ville regorge de petites rues typiques et fort agréables. A signaler encore , pas très loin de la gare, de Stads Park.
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Une performance musicale tournée dans la gare centrale d'Antwerpen. Su-per ! :


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De grands changements dans la ville depuis l’ouverture de cet article qui date de 2010. Juste ces quelques mots :
La gare centrale a été entièrement rénovée et elle a de la gueule, pas à dire !
Après des années de travaux, l’avenue en face de la gare a elle aussi été superbement transformée,  en piétonnier. Chouette !
A visiter le «  Mas Museum « (du côté du port de plaisance à 15 minutes de la grand place). Ne loupez pas le panorama du 9 ème étage qui vous offre une superbe vue panoramique de la ville, du fleuve et du port, l’accès y est gratuit.


                                       L'Escaut


                                      le port de plaisance vu du Mas

Gustave Flaubert : " Lettres à Louise Colet "


Une partie de la très remarquable correspondance que Flaubert eut avec la poétesse, Louise Colet, qui fut sa maîtresse et son amie. Louise Colet fut également l’ « amie intime « d’Alfred de Vigny et d’Alfred de Musset ( entre autres ).

In illo tempore, - en ces temps-là – , la plupart des artistes, des écrivains aimaient avoir un correspondance épistolaire avec leur proche. Flaubert ne cache pas ses sentiments à l’égard de Louise, - de doux sentiments mais qui furent également orageux - et on reconnaît « cet homme qui savait parler aux femmes « . Quand il écrit ces lettres, il est entré dans l’écriture de « Madame Bovary « qui lui prendra plus de quatre années. Ainsi, nous re-vivons , quasiment en direct, les affres et les bonheurs suscités dans la création de cet ouvrage qui deviendra magistral. D’autres annotations à propos de l’art en général, de leurs amis et amies respectifs, de leurs rencontres ici et là, de la vie quotidienne en Normandie ou à Paris, de la religion, de la morale … Et puis, Gustave Flaubert est tellement drôle, empli d’un humour très pointu, de haut de gamme.

Vous l’avez deviné : cette correspondance nous mène sur des hauteurs ( insoupçonnées ? ) , relève du grand délice, du sublime, tout comme l’est, à ce que l’on dit souvent , la correspondance des grands ou plus petits écrivains. Pour ma part, je vais les découvrir sans plus trop tarder car elles constituent certainement parmi les plus belles pages, les plus beaux écrins de la littérature en général et de la française en particulier.

Extraits :

- J’éprouve pour toi un mélange d’amitié, d’attrait, d’estime, d’attendrissement de cœur et d’entraînement de sens qui fait un tout complexe, dont je ne sais pas le nom mais qui me paraît solide. Il y a pour toi, en mon âme, des bénédictions mouillées. Tu es dans un coin, dans une petite place douce, à toi seule.

- Si je t’avais aimée dans le temps comme tu le voulais alors, je ne t’aimerais plus autant maintenant.

- Que je te dise des tendresses, me demandes-tu. Je ne t’en dis pas, mais j’en pense. – Chaque fois que ta pensée me vient à l’esprit, elle est accompagnée de douceur.

- Maintenant je pose ton doigt à une place secrète, ta pensée sur un coin caché, et qui est plein de toi-même, et je vais m’endormir avec ton image et en t’envoyant mille baisers .

- Encore un baiser sur ta bouche rose.

- Fasse Morphée que je te rêve !

- Quelle chienne de chose que la prose ! Ca n’est jamais fini : il y a toujours à refaire. Je crois pourtant qu’on peu lui donner la consistance du vers. Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore.

- Que ne peut-on vivre dans une tout d’ivoire ! Et dire que le fond de tout cela, c’est ce malheureux argent

Ce bienheureux métal argent, maître du monde

Si j’en avais plus, je m’allègerais de bien des choses. Mais d’année en année, mon boursicot diminue et l’avenir, sous ce rapport, n’et pas gai. _ J’aurais toujours de quoi vivre, mais pas comme je l’entends. Si mon brave père avait placé autrement sa fortune, je pourrais être sinon riche, du moins dans l’aisance -.

- L’humanité pullule ainsi sur le globe, comme une sale poignée de morpion sur une vaste motte. ( ndlr : poux de corps sur la partie enflées du sexe féminin )

- L’état politique des choses a confirmé mes vieilles théories à priori sur le bipède sans plumes, que j’estime être tout ensemble un dinde et un vautour.

- Ce qui me semble à moi le plus beau dans l’Art ( et le plus difficile ), ce n’est pas de faire rire, ni de faire pleurer, ni de vous mettre en rut ou en fureur, mais d’agir à la façon de la nature, c’est-à-dire de faire rêver.

- La première qualité de l’Art et son but est l’illusion.

- Si vous vous acharnez à une tournure ou à une expression qui n’arrive pas, c’est que vous n’avez pas l’idée. L’image, ou le sentiment bien net dans la tête, amène le mot sur le papier. L’un coule de l’autre . « Ce qui se conçoit bien, etc. « .

- Et puis j’ai été écrasé pendant deux jours par une scène de Shakespeare ( la 1re de l’acte III dur Roi Lear ). Ce bonhomme-là me rendra fou. Plus que jamais tous les autres me semblent des enfants à côté. ( … ). Ah ! Poésie françoyse, quelle eau claire tu fais en comparaison ! Quand je pense qu’on s’en tient encore aux bustes ! à Racine ! à Corneille ! et autres gens d’esprit embêtant à crever. Cela me fait rugir ! Je voudrais - encore une citation du Vieux ( ndlr Shakespeare ) - « les broyer dans un pilon, pour en peindre ensuite avec ce résidu les murailles des latrines « .

- ( 7 avril 1854, Flaubert a 33 ans )

Que ne suis-je jeune ! Comme je travaillerais ! Il faudrait tout connaître pour écrire. Tous tant que nous sommes, écrivassiers, nous avons une ignorance monstrueuse, et pourtant comme tout cela fournirait des idées, des comparaisons ! La moelle nous manque généralement ! Les livres d’où ont découlé les littératures entières, comme Homère, Rabelais, sont des encyclopédies de leur époque. Ils savaient tout, ces bonnes gens-là ; et nous, nous ne savons rien. Il ya a dans la poétique de Ronsard un curieux précepte : il recommande au poète de s’instruire dans les arts et métiers, forgerons, orfèvres, serruriers, etc ., pour y puiser des métaphores. C’est là ce qui vous fait, en effet, une langue riche et variée. Il faut que les phrases s’agitent dans un livre comme les feuilles dans une forêt, toutes dissemblables dans leur ressemblance.


Un autre article : la correspondance de Flaubert, tome 1 :

http://catinus.blogspot.com/2010/09/la-correspondance-de-gustave-flaubert.html

lundi 2 août 2010

Georges Simenon : " Pédigrée "


Après avoir lu « Je me souviens « de Simenon, André Gide conseilla à l’auteur d’écrire, à partir de ces souvenirs d’enfance, un roman. Georges se mit à la tâche et c’est ainsi qu’apparut ce « Pédigrée « , qui est donc une autobiographe romancée.

Simenon nous met en garde : Roger n’est pas vraiment lui-même, tout comme Elise Peters n’est pas sa mère et Désiré Mamelin n’est pas réellement Désiré Simenon. Nous en prendrons acte mais si l’on compare les deux ouvrages, le côté imaginaire est minime.

Le génie de Simenon réside dans le fait qu’il nous raconte son enfance sous l’aspect d’un roman. On rentre dans cette histoire toute simple, de petites gens – comme il aime à le dire -, avec un énorme plaisir. Et si en plus vous êtes belge et de surcroît liégeois, alors là, c’est de l’ordre de la toute grande délectation, car cette ville, vous la connaissez, tout comme ses quartiers, ses rues, ses impasses, ses gens, son caractère, ses odeurs même …

Le récit hautement coloré de toutes ces vies, Roger, Elise et Désiré, sans oublier les tantes, cousins, cousines, voisins, voisines, amis et amies est tout simplement prodigieuse : une vraie saga liégeoise. Elle commence en 1903 et se termine un peu au delà de la guerre 14-18.

Le style est des plus agréables, tout y est abordable et presque essentiel, rien de superflus, à cent lieues d’une littérature ennuyeuse. Ce roman m’a tellement transporté que je lui attribue 5 étoiles sur 5 et ne puis que vous le recommander.

Oufti, toua !




Extraits de « Pédigrée « :

- « A la rentrée, Roger, qui a cinq ans et demi, ira à l’école des Frères.

« Couac ! Couac ! « font, au passage de ceux-ci, qui ressemblent un peu à des corbeaux, les gamins de la rue, ces enfants sales et effrontés qu’Elise appelle les petits crapuleux.

Il y a beaucoup de petits crapuleux dans le quartier. Entre l’église Saint-Nicolas et la rue Puits-en-Sock, dans les ruelles où on ne passe quand on est pressé, pour couper au court, on ne rencontre que ça, des fillettes sales, sans culottes, assises au bord du trottoir, les jambes écartées, des bébés au nez qui coule, avec du jaune d’œuf autour de la bouche, des garçons qui se jettent dans les jambes des passants et qui lancent des pierres en criant à vous écorcher les oreilles.

- Tiens-toi bien, Roger ! Ne mets pas les doigts dans ton nez. N’aie pas l’air d’un gamin de l’école communale ! «

- « Je ne me laisse plus faire, va ! Je le strogne, je les strogne tous, tant qu’ils sont.

Strogner dans ce langage ( populaire de Liège ), c’est voler, mais non pas voler ouvertement : c’est prendre par petites doses, subrepticement, c’est tricher, guetter l’occasion de s’approprier malignement les choses, et désormais Elise strogne sans cesse, sans remords, elle strogne Désirée ( son mari ), elle strogne ses locataires, elle strogne mademoiselle Frida. «

- « Il partira, et jamais, il ne vivra comme son père et sa mère, il se le promet, rien ne sera admis dans son existence qui puisse lui rappeler son enfance.

Cette enfance, il la hait. Il hait la rue de la Loi, la rue Pasteur, l’institut Saint-André comme le collège Saint-Servais, il hait le frère Médard et Mme Laude, et toutes les petites laideurs, les petites lâchetés quotidiennes qui font souffrir. Il est décidé à se venger, il le sait, et il y pense tandis que sa main, dans sa poche, tripote les dix sous dont il connaît d’avance la destination. »

- « Il a découvert, un soir, une rue moins répugnante, près de la passerelle, une rue aussi décente en apparence que la rue de la Loi ou la rue Pasteur, des maisons propres, bien bâties, des femmes qui lui ont paru plus bourgeoises, encore qu’installées pareillement à l’affut derrière leur rideau de guipure.

Il n’a pas osé se renseigner auprès de la personne sur le prix qu’il aurait à payer. Un soir qu’il avait deux marks en poche, il est entré en trébuchant, les jambes lasses d’avoir fait au moins dix fois le tour du pâté de maisons. Il entendait couler entre les quais de pierre la Meuse toute proche, et les planches de la passerelle résonner sous les pas.

Une main a refermé la porte à clef derrière lui, un rideau épais a été tiré sur le rideau transparent.

- Tu veux boire quelque chose ?

Il a fait un signe que non. Au prix d’un effort douloureux, il est parvenu à prononcer, les oreilles si bourdonnantes qu’il ne reconnaissait pas sa propre voix :

- Je n’ai que deux marks. Est-ce assez ?

- Fais voir.

Elle a glissé les deux marks dans son bas noir, poussé une porte, versé de l’eau dans une cuvette de faïence, près du grand lit couvert d’une courte-pointe, comme il y en a dans les chambres des locataires.

- Viens te laver. Qu’est-ce que tu as ? Viens donc. Puis elle l’a regardé et elle a compris.

- Ah ! c’est ça …

Elle a cru que c’était la première fois et c’était presque vrai.

- N’aie pas peur. Viens.

Il est ressorti de la maison cinq minutes plus tard et il s’est précipité vers le quai où il s’est mis à marcher à grands pas en réfrénant son envie de courir à toutes jambes. «

- « Ce n’est pas une maison close, mais un café comme on en trouve dans les rues paisibles qui environnent l’Hôtel de Ville. Certes, on a le droit de s’asseoir dans un coin avec une serveuse et de a lutiner. De jour, il règne un clair-obscur favorable et le soir l’éclairage est aussi discret que possible. »