" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mercredi 29 septembre 2010

Instantanés de ma vie liégeoise ( suite 17 )













L’autre jour, j’ai trouvé sur la plage d’Oostende un gsm. Pas un bête gsm, déjà un top avec google et compagnie. Dans une boutique mobistar à Lîdge, l’employé m’a dit qu’il avait été acheté à Oostende. Je suis donc retourné là-bas, tout au nord, où un monsieur a rétriffouillé l’intérieur du « G « et a déniché l’adresse du propriétaire. J’ai eu droit à des remerciements.

C’est comme l’autre jour, en me rendant à Antwerpen ( Anvers ), sous une banquette dans le train, que vois-je ? … Un porte-monnaie, de forme ovoïde, orné d’un dessin de petite poupée manga. A l’intérieur, 5 billets de 10 euros et des pièces pour un montant de 10 euros. Cela sentait les économies, rudement épargnées … J’ai donc rapporté ce petit magot au service des objets trouvé de Lîdge où j’ai eu droit à des salutations.

Tout cela pour démontrer que je suis doté d’une grande honnêteté ( ou tout au moins le faire croire … ).

A l’accueil de la basilique Saint-Martin, ( en tant que bénévole ), il m’arrive de faire connaissance avec des personnes curieuses, intéressantes, agréables. Ainsi un couple de Français provenant du pays de la Loire. Le monsieur me dit : « Nous avons garé notre voiture près du ruisseau « . Je faillis tomber à la renverse. « Dites donc, vous appelez la Meuse un ruisseau, vous ? « dis-je outré. . « Et bien oui, comment le faut-il le nommer ? « . Môa, outragé : « Pour votre gouverne, la Meuse est un fleuve ! « Un peu plus loin dans la conversation, l’homme en rajoute une couche : « Nous avons été à Ostende, à Knokke, pffft ! …, ce n’est pas terrible ! « Misère ! Je lui explique qu’en aucun cas, il ne faut dire à un Belge que Son littoral n’est pas terrible, sinon « vous risquez tout bonnement d’être lynché, ou de retourner dans votre pays avec un poignard dans le dos ! « .

Y en a j’vous jure des ceuses qui sont vraiment inconscient …

Dans le journal « La Meuse « , on a pu lire dernièrement que le revenu moyen par habitant dans l’arrondissement de Liège en 2008 était de 13.365 euros, que la moyenne belge était de 14.691 . Tout cela net, je suppose.

Pas terrible, hein !


samedi 25 septembre 2010

Georges Simenon : " Le fou de Bergerac "














Alors qu’il poursuit un homme qui vient de tirer l’alarme du train dans lequel il voyageait, Maigret reçoit une balle dans l’épaule. A l’hôpital de Bergerac, on le prend pour le fou qui sévit dans le coin et qui a déjà signé quatre crimes dont deux mortels.

Heureusement la méprise est vite solutionnée par un collègue qui habite la ville. L’enquête peut commencer. Car c’est Maigret qui s’en charge, cloué au lit, soit, mais fort de sa notoriété, il mène son petit monde à la baguette. Même madame Maigret qui est venue à son chevet, qui lui raconte ce qu’elle voit autour d’eux et bourre la pipe de son bonhomme de mari ( j’ai dit « bourré, restons sérieux ici … ). C’est donc peut-être le seul roman de Simenon où Maigret reste alité tout au long du récit. Et le coupable sera trouvé et l’enquête bouclée de main de maître.

Ce roman m’a été offert par mon jeune-vî cama, Robert Schloune.

mardi 21 septembre 2010

Guy de Maupassant : " Le Verrou et autres contes grivois "






Maupassant savait goûter aux plaisirs de la vie et excellait dans le sport amoureux. Donc pour lui, pas nécessaire de se creuser les méninges pour trouver des sujets pour ses contes grivois.

Ce n’est pas parce qu’on est célibataire que la bagatelle ne vous titille pas les sens, juste penser à mettre le verrou. Une grande belle noire qui s’écrie : « Ciel, mon mari « , joli jeu ; elle a beau être un patronne sévère, elle n’en reste pas moins femme … ; des seins qui vous chatouille, qui vous oppressent et qui sont bien nourrissants ; un espionnage par épingles interposées, comme tout cela est bien féminin … ; la gazelle arabe qui se languit des siens, des tentes, des troupeaux, du désert ; et puis cette sépulcrale chasseresse.

On a dit que l’on pouvait qualifier l’ œuvre de Maupassant par ces trois qualités : premièrement la clarté, deuxièmement, la clarté et troisièmement la clarté. Rajoutons une quatrième : la polissonnerie.

Bon ! Un peu de stéréotypes ici ou là que certains qualifieront de racistes, de misogynes. Soit, mais il lui sera grandement pardonné. Et puis que celui qui n’en a pas lui jette la première pierre … Ite missa est + Allah Akhbar + Inch Allah, …

Extraits :

- C’était un dîner de garçons, de vieux garçons endurcis. Ils avaient fondé ce repas régulier, une vingtaine d’années auparavant, en le baptisant : « Le Célibat « . Ils étaient quatorze bien décidés à ne jamais prendre femme. Ils restaient quatre maintenant. Trois étaient morts, et les sept autres mariés.

- Mais on se fatigue de tout, et principalement des femmes.

vendredi 17 septembre 2010

" Bibi-la-Purée " Christian Gury



















« N’importe ! Je suivrai toujours, l’âme enivrée

Ah ! Folle d’une espérance désespérée

Montesquiou-Fézansac et Bibi-la-Purée

Vos deux gardes du corps, - entre tous moi dernier «



Curieux de savoir - enfin ! - qui était ce « Bibi-La-Purée « dont parle Paul Fort dans son poème » L’enterrement de Verlaine « , je me suis rué mercredi à la bibliothèque des Chriroux. Ce livre a comblé mes lacunes à ce sujet, oufti !

Alors, pour résumer en gros-gros . André Salis, mort en 1903, alias Bibi-la-purée était un clochard « pittoresque, toujours accoutré d’excentrique façon, au hasard des dons vestimentaires, parfois inattendu « qui sévissait essentiellement dans le quartier latin , sur le Boul’Mich ( boulevard Saint-Michel ). Il se proclamait secrétaire du poète Paul Verlaine avec qui il partageait l’absinthe dans les cafés et ailleurs. « Bibi avait voué une amitié sincère et fidèle à Verlaine , sa mission consistant à ramener le maître titubant, la nuit, rue Soufflot « . Sa figure faisait qu’il ressemblait étrangement à Voltaire et à Louis XI. « Dans les poches de sa redingote, il y avait des brosses ( chauves ) et du cirage pour les chaussures ; il était aussi l’affreux messager de l’amour, puisqu’il se chargeait de porter les billets que nous écrivions aux demoiselles des cafés « . Il était effectivement le messager de Verlaine quand le poète voulait entrer en contact avec ses maîtresses et son éditeur. Bibi mentait comme un arracheur de dents et était voleur à ses heures. Ainsi, et entre autres, lors de l’enterrement de Verlaine, il parvint à dérober quatorze parapluies a des personnes qui avaient eu l’insouciance ( coupable) de venir se recueillir sur la tombe du défunt sus- nommé. Drôle de secrétaire puisqu’ « il savait à peine lire et écrire « …

En outre, je sais, grâce à la lecture de ce livre très joyeux et bien documenté, qui étaient Montesquiou-Fézansac, le pauvre Lelian et Papadiamantopoulos. Hé !


" Amour et Grivoiseries "


Apres le concert de Claude Semal avant-hier, j’ai repris la court chemin ( à pî pô l’bwè ) vers le théâtre « Le Moderne « , juste au-dessus de chez môa, pour aller applaudir le spectacle « Amour et Grivoiserie « . Au chant, aux chansonnettes grivoises donc, Geneviève Voisin et au piano Philippe Libois. La belle nous vient de Verviers, elle charme son public de chansons désuètes, soit, mais encore tellement d’actualité et surtout savoureuses et si coquines. A pointer tout particulièrement, parmi d’autres des titres , « amusez-vous foutez vous de tout « , « Les filles de joie « « fais-moi mal « , « ah ! vous dirai-je maman » ( revue et corrigée ), « enivrez-vous «, « ca vaut mieux que d’attraper la scarlatine « …

Autant vous dire que la salle fut conquise. A ne pas manquer pour passer un bon moment ! De 7 à 99 ans ( et plus ) !

Vous voulez un aperçu ? :

http://www.youtube.com/watch?v=u_iuRWuIxzI

mercredi 15 septembre 2010

Chansons gauchistes et compagnie






Andrée Simons








La saison du théâtre « Au Moderne « , rue Ste-Walburge s’est ouverte cette semaine par un concert solo de Claude Semal. Il nous a raconté sa vie, avec beaucoup d’humour, parole. Et puis il a eu le don de faire resurgir à la surface – une fois de plus – ce « bon vieux temps « des chansons z’engagées, des années ‘ 70, années gauchistes, pour certains dans la foulée sans doute de mai ’68. Souvenir-souvenirs qui ont beaucoup compter… Ben ouais, des pareilles on en fait plus, ma bonne dame !
Snif !
Bon ça va ! Je vous entends d’ici : « Purée ! V’la Catin qui va encore raconter sa guerre ! « . Ben quoi ? T’as un problème, mec ?
Alleïe, rien que pour le plaisir, et c’est reparti pour un tour !
Claude Semal : « Noble Belgique http://www.youtube.com/watch?v=mN2CTdRK0HY
Jacques-Yvan Duchesne : « Tu vois tu vois «
Philippe Anciaux : « Amon nos autes «
Philippe Anciaux et Jacques-Yvan Duchesne « Le voyage à Seraing « :
Christiane Stéfanski : « Graine d’ananar « :
Philippe Anciaux : " Dj'im sovins quand d'jesteu gamin ...Marie Clapsabot :
François Béranger : « Le Vieux «
Léo Ferré : « L’Affiche Rouge « :
Boris Vian : " Le déserteur " :
Brigitte Fontaine et Areski : " C'est normal "
Bob Dylan : " Jokerman" :
John Lennon : " A working class hero "

mardi 14 septembre 2010

Michel Houellebecq : " La Carte et le Territoire "


Il existe comme ça des auteurs qui vous susurrent des trucs, des avec qui vous avez, vous semble t-il, des affinités, des accointances. Bref, le courant passe.

Il existe comme ça des romans qui vous plaisent du début à la fin, qui vous font doucement marrer, qui vous scotchent grave ( comme on disait dans le temps ). Ce fut ( déjà le passé ? ) le cas du « dernier Houellebecq « .

Il est, pourrait-on dire, plus digeste que d’autres, la pilule passe mieux, sans - une fois n’est pas coutume- trop d’extravagances, trop d’exotisme. Il nous cause de la photographie et de la peinture, de l’art contemporain . Puis aussi de la littérature, de l’architecture ( en vrac, Picasso, Jean-Louis Cutis, William Morris, etc … ). Du temps qui passe, de la vieillesse. Des femmes, des enfants, des chiens, des voitures. De l’Irlande et de la France.

Ses épisodes sur l’intelligentsia télévisuelle française m’ont fait pousser quelques soupirs un rien dépités mais vous connaissez l’Homme : il aime meubler et faire de l’esbroufe. Qu’il ait ou non fait du copier-coller de certains articles de Wikipédia m’importe peu et puis, au fond, pourquoi pas en balancer dans un roman à condition que ce soit amené juste à propos et pas trop long ; ainsi vous saurez tout sur le bichon, sur Beauvais, sur les commissaires de police, … . En les lisant, je me suis surpris de m’esclaffer d’un « Ah ! La fripouille ! « .En bonus, un joli carnet d’adresses de l’Horéca parisien, véridiques ou masquées, des impressions de Paname.

Puis, il y a une vraie histoire- attends-toua ! - et même une enquête policière rapport à un meurtre- crapuleux- de qui vous savez… , Houellebecq himself.

Oui, décidemment : de l’excellent, de l’enjoué, de la drôlerie.

Je prends !

Extraits :

- De notoriété publique, Houellebecq était un solitaire à fortes tendances misanthropiques, c’est à peine s’il adressait la parole à son chien.

- Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables.

- ( … ) et il se rendit compte qu’il allait maintenant quitter ce monde dont il n’avait jamais véritablement fait partie, ses rapports humains déjà peu nombreux allaient un par un s’assécher et se tarir ( … )

- Il avait ensuite précisé que Houellebecq avait pour ennemis « à peu près tous les trous du cul de la place parisienne «

- Ce que je préfère, maintenant, c’est la fin du mois de décembre ; la nuit tombe à quatre heures. Alors je peux me mettre en pyjama, prendre mes somnifères et aller au lit avec une bouteille de vin et un livre. C’est comme cela que je vis, depuis des années. Le soleil se lève à neuf heures ; bon, le temps de se laver, de prendre des cafés, il est à peu près midi, il me reste quatre heures de jour à tenir, le plus souvent j’y parviens sans trop de dégâts. Mais au printemps c’est insupportable, les couchers de soleil sont interminables et magnifiques, c’est comme une espère de putain d’opéra, il y a sans cesse de nouvelles couleurs, de nouvelles lueurs, j’ai essayé une fois de rester ici tout le printemps et l’été et j’ai cru mourir, chaque soir j’étais au bord du suicide, avec cette nuit qui ne tombait jamais.

lundi 13 septembre 2010

La correspondance de Gustave Flaubert












« Qui lit encore la correspondance de Flaubert ? « , invectiva Fabrice Lucchini lors de la dernière émission « Apostrophe « de Bernard Pivot au début des années 2000. Cette gueulante n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Et puisque j’ai maintenant tout mon temps – et même plus ! -, je me suis promis de m’y atteler. Bon, le pari est déjà gagné d’avance vu que Flaubert est un des écrivains que je préfère. Je suis tombé dans la réserve des Chiroux sur 4 tomes, proposés de façon chronologique. Va pour ceux-là.

En voici des extraits du premier volume.

Juste signaler que notre Homme est souvent très drôle, piquant et qu’il a une assez bonne vision des chôses ( en tout cas elles me conviennent très bien ).


Correspondance de Flaubert

En quatre tomes, empruntés à la bibliothèque des Chiroux.

Première série, préfacée par sa nièce, Caroline Commanville, en 1886. Imprimé à Paris en 1896.

Les premières lettres sont écrites à l’âge de 9 ans à son ami Ernest Chevalier .

Lettres du 31 décembre 1830 au 7 octobre 1950.

A Ernest Chevalier, à sa mère, à sa sœur Caroline, à son parrain, à Alfred Le Poittevin, à Jules Cloquet, à Louis Bouilhet, à Mme X…, etc…

- ( à sa sœur, Paris janvier 1843 )

Tu t’attends à des détails sur Victor Hugo, que veux-tu que je t’en dise ? C’est un homme comme un autre, d’une figure assez laide et d’un extérieur assez commun. Il a de magnifiques dents, un front superbe, pas de cils ni de sourcils. Il parle peu, à l’air de s’observer et de ne vouloir rien lâcher ; il est très poli et un peu guindé. J’aime beaucoup le son de sa voix.

- ( à Alfred Le Poittevin, Milan, 13 mai 1845 )

Le seul moyen de ne pas être malheureux c’est de t’enfermer dans l’art et de compter pour rien tout le reste, l’orgueil remplace tout quand il est assis sur une large base.

- ( à Mme X… - je pense Louise Colet ( ? ), 4 septembre 1846 )

Les femmes ne comprennent pas qu’on puisse aimer à des degrés différents, elles parlent beaucoup de l’âme, mais le corps leur tient fort au cœur, car elles voient tout l’amour mis en jeu dans l’acte du corps : on peut adorer une femme et aller chaque soir chez les filles.

- ( à la même, 18 septembre 1846 )

( … ) pour vivre tranquille, il faut vivre seul et calfeutrer toutes les fenêtres de peur que l’air du monde ne nous arrive. Je garde toujours malgré moi quelque chose de cette habitude, voilà pourquoi j’ai pendant plusieurs années fui systématiquement la société des femmes. ( … ) L’amour, après tout, n’est qu’une curiosité supérieure, un appétit de l’inconnu qui vous pousse dans l’orage poitrine ouverte et tête en avant.

- ( à la même, 3 octobre 1846 )

Il n’est pas un crétin qui ne se soit rêvé grand homme, pas un âne qui en se contemplant dans le ruisseau où il passait ne se soit regardé avec plaisir et trouvé des allures de cheval.

- ( A sa mère,Le Caire, 3 février 1850 )

Hier, par exemple, nous étions dans un café qui est un des plus beaux du Caire, et où il y avait en même temps que nous dans le café un âne qui chiait et un monsieur qui pissait dans un coin. Personne ne trouve ça drôle, personne ne dit rien. Quelque fois un homme près de vous se lève et se met à dire sa prière, avec grandes prosternations et grandes exclamations comme s’il était tout seul. On ne tourne même pas la tête, tout cela paraît tout naturel. Te figures-tu un individu récitant son bénédicité au café de Paris ?

samedi 11 septembre 2010

Un peu de poésie dans ce monde de brutes










Un texte magnifique de Jean Anouilh que j’avais récité , jadis, déjà à Liège, lors d’une bien cruwelle rupture amoureuse. Pffff … Gageons que cette damoiselle, devenue dame depuis, ne s’en souviendrait plus guère, l’ingrate !
Mais ya prescription, maintenant, attends-toua !


« La Fille et le Loup « de Jean Anoulh

Une fille tomba amoureuse d’un loup
Qu’un montreur d’animaux exhibait sur la place,
Le jour de sa noce, au village.
Il était fier et sombre et de mauvaise grâce,
Il faisait quelques tours navrants,
Ne semblant pas sentir les coups.
Voir un loup enchaîné redonne du courage
Au cœur mou des petites gens :
Dans le cortège, on s’amusait beaucoup.
Les lourds garçons d’honneur lui faisaient des grimaces,
Chacun rivalisait de bons mots et d’audaces ;
La mariée ne disait rien.

C’était un triste mariage,
Elle était belle, pure et sage,
Elle épousait un jeune richard du village,
Mal formé – avec la bénédiction des siens.
C’est le sort des filles sans bien.
Pendant que l’homme, fouet en main,
L’obligeait à faire sa danse,
Le regard du loup et le sien,
Se croisèrent dans le silence...
Ayant jeté sa maigre obole au bohémien
La noce l’entraîna vers les réjouissances
Interminables du festin,
Le principal de la cérémonie, en France.
Elle fut déflorée à la fin du repas.
Mais, pendant la nuit, laissant là
Le mari qui ronflait après le sacrifice,
Insoucieuse du sang qui coulait sur ses cuisses ;
Elle alla jusqu’à la roulotte endormie,
Ouvrit au loup et le suivit dans la forêt
Pour y devenir son amie...

Le lendemain le scandale éclatait.
Les paysans armés partirent en battue.
On retrouva la fille demi-nue
Qui dormait près du loup. On les prit tous les deux.
Le loup fut égorgé et la fille jugée.
Quand on lui demanda ce qui l’avait poussée
A bafouer ainsi les Dieux ;
Les regardant bien dans les yeux,
Son mari haut comme trois pommes,
Le curé bedonnant, le juge fielleux,
Les paysans niais et communs,
Elle le leur dit : « J’aime les hommes,
Et seul le loup en était un. »

Voici ce poème dit en vidéo :
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« L’enterrement de Verlaine « de Paul Fort, dit par Georges Brassens :
« Germaine Tourangelle « de Paul Fort, dit par Georges Brassens :
« A Mirelle – Petit Verglas – « de Paul Fort, dit par Georges Brassens :

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« A Mireille « de Paul Fort


Ne tremblez pas, mais je dois le dire elle fut assassinée au couteau par
un fichu mauvais garçon, dans sa chambre, là-bas derrière le Panthéon,
rue Descartes, où mourut Paul Verlaine.
O! oui, je l'ai bien aimée ma petite "Petit Verglas" à moi si bonne
et si douce et si triste. Pourquoi sa tristesse ? Je ne l'avais pas
deviné, je ne pouvais pas le deviner.
Non, je l'ai su après tu me l'avais caché que ton père était mort sur
l'échafaud, Petit Verglas ! J'aurais bien dû le comprendre à tes sourires.
J'aurais dû le deviner à tes petits yeux, battus de sang, à ton bleu
regard indéfinissable, papillotant et plein de retenue.
Et moi qui avais toujours l'air de te dire " Mademoiselle, voulez-vous
partager ma statue ? " Ah ! J'aurais dû comprendre à tes sourires, tes
yeux bleus battus et plein de retenue.
Et je t'appelais comme ça, le Petit Verglas, que c'est bête un poète !
O! petite chair transie ! Moi, je l'ai su après que ton père était mort ainsi...
Pardonne-moi, Petit Verglas. Volez, les anges !
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« Germaine Tourangelle « de Paul Fort

Cette gerbe est pour vous Manon des jours heureux,
Pour vous cette autre, eh ! oui, Jeanne des soirs troublants.
Plus souple vers l'azur et déchiré des Sylphes,
Voilà tout un bouquet de roses pour Thérèse.
Où donc est-il son fin petit nez qui renifle ?
Au paradis ? eh ! non, cendre au Père-Lachaise.
Plus haut, cet arbre d'eau qui rechute pleureur,
En saule d'Orphélie, est pour vous, Amélie.
Et pour vous ma douceur, ma douleur, ma folie !
Germaine Tourangelle, ô vous la plus jolie.
Le fluide arc-en-ciel s'égrenant sur mon cœur.
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« L’enterrement de Verlaine « de Paul Fort

Le revois-tu mon âme, ce Boul' Mich' d'autrefois
Et dont le plus beau jour fut un jour de beau froid :
Dieu : s'ouvrit-il jamais une voie aussi pure
Au convoi d'un grand mort suivi de miniatures ?
Tous les grognards - petits - de Verlaine étaient là,
Toussotant, Frissonnant, Glissant sur le verglas,
Mais qui suivaient ce mort et la désespérance,
Morte enfin, du Premier Rossignol de la France.
Ou plutôt du second (François de Montcorbier,
Voici belle lurette en fut le vrai premier)
N'importe ! Lélian, je vous suivrai toujours !
Premier ? Second ? vous seul. En ce plus froid des jours.
N'importe ! Je suivrai toujours, l'âme enivrée
Ah ! Folle d'une espérance désespérée
Montesquiou-Fezensac et Bibi-la-Purée
Vos deux gardes du corps, - entre tous moi dernier.
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Et puis Léo Ferré qui nous chante les tous grands poètes de la littérature française.
Un régal :
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« L'étranger « de Charles Baudelaire
- Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!
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" Le tombeau d'Edgar Poe "

de Stéphane Mallarmé


Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poëte suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange!

Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'Ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.

Du sol et de la nue hostiles, ô grief!
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne

Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur,
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.


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C'est une chose étrange à la fin que le monde de Louis Aragon

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes


( ... )

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

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Voyages
Moi aussi
Comme les peintres
J’ai mes modèles
Un jour
Et c’est déjà hier
Sur la plate-forme de l’autobus
Je regardais les femmes
Qui descendaient la rue d’Amsterdam
Soudain à travers la vitre du bus
J’en découvris une
Que je n’avais pas vue monter
Assise et seule elle semblait sourire
A l’instant même elle me plut énormément
Mais au même instant
Je m’aperçus que c’était la mienne
J’étais content.
(Jacques Prévert)

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Litanies à la Vierge Marie







A réciter litaniquement - principalement - au mois d'octobre. Elles vous porteront chance et bonheur ! ! !



Mère très chaste,
Mère toujours vierge,
Mère sans tache,
Mère aimable,
Mère admirable,
Mère du bon conseil,
Mère du créateur,
Vierge très prudente,
Vierge vénérable,
Vierge digne de louange ,
Miroir de la justice,
Trône de la sagesse,
Vase spirituel,
Vase d’honneur,
Rose mystique,
Tour de David,
Tour d’ivoire,
Maison d’or,
Arche d’alliance,
Porte du ciel,
Etoile du matin,
Reine des anges,
Reine des patriarches,
Reine des prophètes.
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Georges Brassens



" La fille à cent sous "

Du temps que je vivais dans le troisièm' dessous
Ivrogne, immonde, infâme
Un plus soûlaud que moi, contre un' pièc' de cent sous
M'avait vendu sa femme
Quand je l'eus mise au lit, quand j'voulus l'étrenner
Quand j'fis voler sa jupe
Il m'apparut alors qu'j'avais été berné
Dans un marché de dupe
" Remball' tes os, ma mie, et garde tes appas
Tu es bien trop maigrelette
Je suis un bon vivant, ça n'me concerne pas
D'étreindre des squelettes
Retourne à ton mari, qu'il garde les cent sous
J'n'en fais pas une affaire "
Mais ell' me répondit, le regard en dessous
" C'est vous que je préfère
J'suis pas bien gross', fit-ell', d'une voix qui se noue
Mais ce n'est pas ma faute "
Alors, moi, tout ému, j'la pris sur mes genoux
Pour lui compter les côtes
" Toi qu'j'ai payé cent sous, dis-moi quel est ton nom
Ton p'tit nom de baptême ?
- Je m'appelle Ninette. - Eh bien, pauvre Ninon
Console-toi, je t'aime "
Et ce brave sac d'os dont j'n'avais pas voulu
Même pour une thune
M'est entré dans le cœur et n'en sortirait plus
Pour toute une fortune
Du temps que je vivais dans le troisièm' dessous,
Ivrogne, immonde, infâme
Un plus soûlaud que moi, contre un' pièc' de cent sous
M'avait vendu sa femme
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L'homme avec sa guitare :

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Ô mon jardin d’eau fraîche et d’ombre
Ma danse d’être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer.


Aragon
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Sensation



Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

Mars 1870.
Arthur Rimbaud
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Je ne deviens pas de plus en plus croyant mais de moins en moins athée.
Voici une bonne prière :
" Prière à Dieu " Voltaire
Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

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" MA JOLIE " de Roland topor
A une vente chez Sothebys
J’ai eu le béguin pour ma jolie
Comme je connais le commissaire
Elle ne m’a pas coûté trop cher
Je l’ai conduite à la maison
Pour la mett’ dans ma collection
Installée à la place d’honneur
Sous l’feu croisé des projecteurs
Je ne m’me lasse pas de l’admirer
J’suis complètement fanatisé
Car c’est la femme de ma vie
J’aime ma jolie à la folie
MA JOLIE ton cul cubiste
A troublé plus d’un admirateur
Tes angles droits ne sont pas tristes
Tes seins carrés me vont au cœur
Ô ma jolie mon beau collage
Tu n’es pas faite d’un seul morceau
Mais j’aime ton corps et ton visage
Ma jolie fille de Picasso
( … )
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«   La vie d'artiste «  de Léo Ferré

 Je t'ai rencontré par hasard
 Ici ailleurs ou autre part,
Il se peut que tu t'en souviennes

 Sans se connaître on s'est aimé
 Et même si ce n'est pas vrai
 Il faut croire à l'histoire ancienne

Je t'ai donné ce que j'avais,
De quoi chanter, de quoi rêver,
 Et tu croyais en ma bohème,
 Mais si tu pensais à vingt ans,
 Qu'on peut vivre de l'air du temps,
Ton point de vue n'est plus le même.


 Cette fameuse fin du mois
 Qui depuis qu'on est toi et moi
 Nous reviens sept fois par semaine
 Et nos soirées sans cinéma,
 Et mon succès qui ne vient pas
Et notre pitance incertaine

 Tu vois je n'ai rien oublié
 Dans ce bilan triste à pleurer,
Qui constate notre faillite.
Il te reste encor' de beau jours
Profites-en mon pauvre amour,
Les belles années passent vite.



 Et maintenant tu vas partir,
 Tous les deux nous allons vieillir,
 Chacun pour soi comme c'est triste
Tu peux remporter le phono,
       Moi je conserve le piano,
Je continue ma vie d'artiste.

 Plus tard sans trop savoir pourquoi,
 Un étranger un maladroit,
Lisant mon nom sur une affiche,
Te parlera de mes succès,
Mais un peu triste, toi qui sait,
      Tu lui diras que je m'enfiche
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de Baudelaire :

-  «  Et c’est depuis ce temps que, pareil aux prophètes
        J’aime si tendrement le désert et la mer ;
        Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
        Et trouve un goût suave au vin le plus amer

        Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,

        Et que, les yeux au ciel, je tombe dans les trous. »


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Si l'on gardait depuis des temps, des temps

Si l'on gardait, souples et odorants
Tous les cheveux des femmes qui sont mortes
Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs
Crinières de nuit, toisons de safran
Et les cheveux couleur de feuilles mortes
Si on les gardait depuis bien longtemps
Noués bout à bout pour tisser les voiles
Qui vont sur la mer
 
Il y aurait tant et tant sur la mer
Tant de cheveux roux, tant de cheveux clairs
Et tant de cheveux de nuit sans étoiles
Il y aurait tant de soyeuses voiles
Luisant au soleil, bombant sous le vent
Que les oiseaux gris qui vont sur la mer
Que ces grands oiseaux sentiraient souvent
Se poser sur eux
Les baisers partis de tous ces cheveux
Baisers qu'on sema sur tous ces cheveux
Et puis en allés parmi le grand vent...
Parmi le grand vent...


                                                               Charles Vildrac


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" Mes petites amoureuses " Arthur Rimbaud (extrait)



Nous nous aimions à cette époque,
     Bleu laideron !
On mangeait des oeufs à la coque
     Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète
     Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
     En mon giron;
J'ai dégueulé ta bandoline,
     Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
     Au fil du front.
Pouah ! mes salives desséchées,
     Roux laideron
Infectent encor les tranchées
     De ton sein rond !
Ô mes petites amoureuses,
     Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
     Vos tétons laids !
Piétinez mes vieilles terrines
     De sentiments;
Hop donc ! Soyez-moi ballerines
     Pour un moment !
Vos omoplates se déboîtent,
     Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent,
     Tournez vos tours !
Et c'est pourtant pour ces éclanches
     Que j'ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
     D'avoir aimé !


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" Si tu t'imagines " de Raymond Queneau



Si tu t'imagines
si tu t'imagines
fillette fillette
si tu t'imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures
Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d'émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures
les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures





Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

                                      Pierre de Ronsard

Va donc dire à ma mère
Qu’ell’ ne m’attende plus.
J’suis un enfant … vous m’entendez
Qu’ell’ ne m’attende plus :
J’suis un enfant perdu.


                                 Anonyme