" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 29 mai 2011

La vie quotidienne à Liège au Moyen-Âge / Petite chronique du Pays de Liège






















Petite chronique du pays de Liège

Voici bien un des plus importants et très agréables livres tout public sur Liège.

Il fut édité par la Rtbf-Liège , signé par Marcelle Imhauser, Robert Lemaire, Jacques Thiriar et Liliane Verspeelt. Vous pourrez y retrouver plus de 160 chroniques diffusées dans Liège-Matin,à la radio, au cours de l’année 1980 à l’occasion du Millénaire de la Principauté de Liège.

Je crois qu’il est épuisé depuis longtemps mais vous pouvez le retrouver, entre autres, à la bibliothèque Chiroux-Croisiers, chez des libraires spécialisés ou sur des brocantes mais il y est de plus en plus difficile à trouver.

Voici en vrac quelques sujets abordés, succinctement soit, mais tellement délicieux :
- étuves et bains publics
- éclairage des rues
- estaminets et guinguettes
- Comment s’emparer d’un château-fort avec l’aide de Dieu et des saints …
- Makrales et remèdes
- les petits métiers
- le panier de la ménagère
- Liège canaille
- 1789 et sa révolution
- l’humour à Lidge
- la vie quotidienne au X ème siècle chez les paysans
- le feu et les inondations
- la bataille d’Othée
J’en passe et des meilleurs …

Bref, un ouvrage incontournable !

Comme cet opus se fait rarissime, j’espère que les auteurs ne m’en voudront pas trop d’en publier ici des extraits sur le net. Envie de partager ces infos, vraiment. Merci d’avance !

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Petite Chronique du Pays de Liège

Par Marcelle Imhauser

Robert Lemaire

Jacques Thiriar

Liliane Verspeelt

Diffusée dans Liège-Matin au cours de l’année 1980 à l’occasion du Millénaire de la Principauté de Liège.



P 103-104 Femmes de mauvaises vies.

On tenait fort dans cette cité épiscopale qui était aussi une ville de prêtres à sauvegarder tout au moins l’apparence de la moralité.

Ce soucis était d’ailleurs ancien : déjà Charlemagne se préoccupait des mœurs de ses serfs et de la discipline de ses courtisans, dont il faisait inspecter de temps à autres les villas par des officiers du palais, avec ordre d’arrêter toutes les femmes de mauvaises vies qu’ils recontreraient, et d’obliger ceux qui les entretiendraient à les porter sur la place publique pour être fouettées ; en cas de refus, c’était eux qui étaient fouettés.

A Liège aussi, on tentait de préserver la morale. Ainsi, comme nous l’apprend une loi de 1287, si les bourgeois s’apercevaient de l’installation près de chez eux d’une maison de jeux ou de mauvais renom, ils pouvaient porter plainte auprès du mayeur qui avait alors à sévir. La peine était discriminatoire : les hommes étaient bannis ; quant aux femmes, on ne faisait que leur couper une oreille, ce qui compromettait rarement leur industrie. Un peu plus tard, on bannissait tout le monde, hommes ou femmes.

L’accès des tavernes était sévèrement défendu aux femmes mœurs légères, comme on ne disait pas (les termes étaient généralement plus vigoureux au Moyen-Âge ). Quant aux tenanciers de maisons de jeux, ils encouraient des peines plus grandes encore. Hélas ! Le cochon qui sommeille en chacun d’entre nous avait la vie dure, et rien n’y faisait : au XIV ème siécle, la débauche et le stupre s’étendaient dans les rues, au grand scandale de la population présumée honnête. Les étuves étant devenus des lupanars, il n’y avait plus qu’un seul moyen de contrôler le vice : la concentration, le monopole. C’est d’ailleurs une étuve qui reçut ce monopole, moyennant ( car l’argent n’a pas d’odeur ) une redevance annuelle de 30 florins, prélevée d’ailleurs sur les profits des gagneuses. C’était l’étuve appelée Matruilhart, d’où est venu le nom de la rue Matrognard. On l’appelait aussi, en 1378, la maison Clausse ( sic ! ), vue que c’était un certain monsieur Clausse qui la gérait alors. Ca ne s’invente pas. Ce monsieur au nom prédestiné devait jouir seul, si j’ose m’exprimer ainsi, du triste privilège d’exploiter la seule maison de débauche légale, reconnue et patentée de la Cité, et, pour dissuader les concurrents éventuels, on chargea le « rois des ribauds « de briser ou de détruire tous les autres « bordeaux « qui seraient installés et d’en vider les mauvaises femmes. Le roi des ribauds était un officier qui avait juridiction sur les jeux et les filles publiques. La police des mœurs, en somme.

A Liège, le premier roi des ribauds dont on connaisse le nom – ceci vers 1330 – porte lui aussi un nom prédestiné : il s’appelle Poulet. ( je vous jure que je n’invente rien ). Ces flics d’un genre particulier étaient d’ailleurs d’une moralité plus que douteuse. Certains tenaient même des « étuves « clandestines. En 1414, le prince Jean de Bavière – un homme qui ne plaisante pas – défendit à nouveau et sévèrement tout commerce « déshonnestre « dans la Cité, menaçant d’un bannissement de 5 ans les mauvaises femmes et leurs « huriers « , c’est-à-dire leurs souteneurs. Cependant leur industrie était tolérée dans de nombreux endroits, d’ailleurs pas très éloignés, mais hors des murs !

Ainsi, comme le dit complaisamment la paix de Saint-Jacques, en 1487 ( un bon guide, ma foi, pour le touriste en goguette ) : à Florimont, en Royaul ( l’actuelle rue des Anglais ), en Pichevache ( au-dessus de la place Notger ) , sur l’Isleau-Hochet ( place du XX août ), rue Sur-La-Fontaine,etc. Comme de surcroît les prostituées furent bientôt tenues d’arborer l’insigne de leur profession – un signe distinctif sur leur robe -, on ne peut pas dire que les Liégeois célibataires furent abandonnés à leur misère sexuelle. Quant aux hommes mariés …


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Ils ont parlé de Liège : mêlées aux épines, les roses … :

- Un certain Morand, en 1770 :

P 139

Ce qui frappait le plus à Liège, c’était le spectacle d’un peuple nombreux d’ouvriers de toutes sortes d’ateliers et de manufactures, vieillards, femmes, enfants, rentrant chez eux gais et contents, oubliant tout dans leur petit ménage vis-à-vis un bon feu, leur état de médiocrité, leurs fatigues, jouissant de ce bonheur de ne point ressentir le froid.

- De Foster, un ancien compagnon de Cook dans les mers du Sud, en 1789, témoin chez nous de la révolution liégeoise :

P 140

Le peuple liégeois, tout entier, jusqu’au plus intime charbonnier, s’intéresse à la politique. Elle l’occupe toute la journée comme en Angleterre. Partout, on lit les journaux, on parle politique par-dessus chaque bouteille de bière ou de vin et on déraisonne sur les droits de l’Homme et sur toutes les idées qui depuis deux ans sont agitées sur le continent.

- De Philippe de Hurges, en 1615 :

P 121

L’humeur des femmes et des filles liégeoises est chaud, attirant et fort amoureux ( ndlr :jusqu’ici, ça va. Sauf qu’il met l’humeur au masculin ). La cause de cette impudence vient de la liberté incroyable qui leur est donnée par leurs parents ou marys et d’ailleurs de ce qu’elles boivent du vin et s’ennyvrent comme feroient les hommes, au moyen de quoi l’on a bon marché souvent de leur peau… Les femmes y jurent à tous propos comme les hommes, et il semble que les jurements leur soient tournez en ornements de langage.

- D’un autre Français, Jolivet ( ndlr :parfois surnommé « le pisse-froid « ), en 1783, qui est moins sévère pour les femmes que pour leurs maris :

P 121

Ils laissent le fond de leurs affaires à leurs femmes. Ce sont les femmes qui nettoient les maisons, car on lave tous les jours. Ce sont les femmes qui font tous les plus gros ouvrages. Elles font ici l’office de portefaix : on les appelle les mulets du Prince de Liège ( … ). Comme elles vivent très peu avec les hommes, peut-être sont-ils eux-mêmes cause de la galanterie où elles donnent et dont une foule d’oisifs à tonsure ne manquent pas de tirer un grand parti. Elles sont très fécondes : peut-être est-ce un effet particulier de la bière. Au moins vois-je ici des femmes très énormes, condamnées en France, et qui ont des enfants tous les ans. Elles en ont très longtemps. Les hommes, en général, sont beaux, bien bâtis, robustes, mais lâches et paresseux. On les voit se traîner sur leurs chevaux et passer à côté d’une malheureuse « boteresse « , c’est le nom de ces femmes qui plient sous la charge. Il est très ordinaire de voir des bateaux traînés par des femmes et des hommes se tranquilliser dessus en fumant la pipe.

( ndlr : mais nous avons changé tout cela, n’est-il pas vrai ? )

- Du baron de Pöllnitz en 1732 :

P. 125

Les plaisirs de Liège consistent beaucoup à boire. Il y a peu de société parmi les femmes ( entendez : elles ne sont guère fréquentables ) et les hommes sont beaucoup au cabaret . On y a de bon vin de Bar et de bourgogne et de la bière encore meilleure ; l’un et l’autre n’étant pas bien chers, les Liégeois s’en donnent à cœur joye. Comme ils ont d’ailleurs la tête fort chaude et qu’ils sont grands parleurs, railleurs et médisans, il arrive que leurs destins ou assemblées finissent souvent comme les Comédies italiennes. On accuse les Liégeois d’être peu sincères et ont les appelle les Italiens des Pays-Bas.

Et tant qu’on y est, …

- De Sieur Jolivet toujours :

P. 126

Les jeunes gens ne peuvent parler de rien. Continuellement à manier les cartes ou la queue des billards, ils connaissent tous les jeux, mais ignorent la cause et le principe des usages les plus journaliers du pays. ( … ) Se promener à cheval ou en cabriolet, visiter les maisons de campagne voisines et l’hiver au spectacle, au staminet, boire de la bière et fumer, passer les après-dîners auprès des femmes avec lesquelles ils sont du plus mauvais ton et même impudents, telles sont leurs uniques occupations.

Note : si les Liégeois manquaient peut-être de bonnes manières, ils ne s’ennuyaient pas. En tout cas quand ils avaient de quoi. Car le vieux dicton :

« Paradis pour les prêtres, purgatoire des hommes, enfer des femmes « ,

c’était pour les pauvres.


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Eclairage des rues

P. 28

Liège, comme la plupart des villes, restait plongée toutes les nuits de l’année dans le noir, sauf les nuits de lune, et encore.

Il faut dire qu’alors on sortait peu la nuit. Pas de théâtres, pas de divertissements nocturnes ( publics du moins ), même les tavernes fermaient de bonne heure, au couvre-feu sonnant. De sorte que, si on avait à traverser les rues de la ville, il fallait pour se guider, si on était riche, se faire précéder d’un domestique porteur d’un falot, ou alors se munir d’une torche ou d’une lanterne. Au Moyen-Âge, d’ailleurs cette précaution était obligatoire, à Liège comme dans les autres villes, après le signal du couvre-feu. Une ordonnance du prince Jean de Bavière, en 1414, défend sévèrement « de se trouver après la cloche appelée Coporeilhe ( c’est-à-dire après le couvre-feu ) « aval les rues sans lampe ni lumier « . Tout cela pour prévenir les mauvais coups que les malandrins auraient commis plus aisément à la faveur de l’obscurité ; mais également afin d’éviter les allées et venues discrètes des séditieux et des conspirateurs, nombreux à Liège en ce temps-là.

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La viande

P. 81

Dans la cité des princes-évêques, l’abstinence de la viande était fort importante et de surcroît strictement réglementée. De sorte que les mangons, c’est-à-dire les bouchers, connaissaient des chômages multiples et parfois prolongés : faites le compte des fêtes gardées, rappelez-vous qu’on faisait maigre le vendredi et le samedi, et qu’on observait très strictement le carême et vous aurez une idée de travail des bouchers. Ils se rattrapaient cependant sur le poisson qu’ils pouvaient vendre durant le temps pascal.

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Le vin

P. 87

Les Liégeois préféraient le vin à la bière, et si l’on en croit les témoignages des voyageurs du temps ( Xll ème siécle ), il semble bien qu’ils en faisaient souvent un usage immodéré… rappelons qu’à l’époque, la vigne couronnaient les coteaux mosans depuis l’abbaye de Saint-Laurent jusqu’à Vivegnis ( le nom vient de vigne ), et depuis le Val-Benoit jusqu’à Tilleur, et plus loin encore jusqu’à Huy. Le vin liégeois était rouge, et, selon le témoignage de l’italien Guichardin, et de plusieurs autres voyageurs, c’était du petit vin. Mais on buvait aussi beaucoup de vin du Rhin , de Moselle, de Beaune,d’Orléans, du Poitou et même du Bordeaux, appelé alors de la Rochelle.


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La police

P. 95

La police princière était à la fois une police judiciaire et une police politique : elle avait à maintenir l’autorité du souverain, à applique ses ordonnances et à veiller à l’administration de la justice. Pour ce faire, grands mayeurs et grand baillis avaient sous leurs ordres des lieutenants et des sergents « portant armes et épées « , et aussi la verge ( matraque ), insigne indispensable à leurs fonctions. A Liège même, ces agents judiciaires étaient une douzaine au Moyen-Âge.


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Les incendies

P. 172

On appelait les combattants du feu les « étouffeurs ». Tout simplement parce que, Au Moyen-Âge, le plus sûr moyen d’éteindre un incendie était de l’étouffer, avec les moyens dont on disposait sur place. Ainsi, quand le feu prenait à une maison ( la plupart des maisons étaient alors en bois ), on arrachait le chaume qui formait le toit des habitations voisines, et on le jetait sur les flammes. C’était quitte ou double : si on s’y prenait mal, le feu redoublait ; si on agissait vite et bien, on arrivait à étouffer les flammes. Ces « étouffeurs de flammes « étaient, le plus souvent, des charpentiers, des maçons et des couvreurs.


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Inondations

P. 271

En 1196, il n’avait cessé de pleuvoir du mois d’avril au mois de juin, nous dit la chronique. « Pour apaiser le courroux céleste, le chapitre cathédral et tout le clergé se rendirent à Cornillon, où l’on célébra une messe spéciale. En revenant, le pieux cortège passa sur le pont d’Île ( … ) lequel s’effondra, précipitant dans le fleuve une quarantaine de personnes « . Pas de victimes, précise le chroniqueur, qui ne nous dit pas cependant s’il arrêta de pleuvoir.

En 1374, après un dégel trop rapide, la ville est sous eau. Jean D’Outremeuse, témoin des faits, nous assure qu’on ne pouvait entrer à Saint-Paul qu’en bateau . On circulait en nacelle dans toutes les rues du quartier de l’Île.

L’année 1408 est restée célèbre dans les annales. Cette année-là, l’hiver est exceptionnellement rigoureux, au point qu’on l’appelle « le grand hiver « . C’est aussi, la météo mise à part, une dure année pour les Liégeois, en guerre contre le prince détesté Jean de Bavière, réfugié à Maestricht. Le froid est si vif que les Liégeois, qui ont mis le siège devant Maestricht, sont obligés de battre en retraite. Ils auraient pu, aussi bien, regagner Liège par la Meuse, qui devait restée entièrement gelée pendant plus de dix semaines : de Jemeppe à Liège, on circulait sur le fleuve avec de gros chars remplis de blé. Quand vint le dégel, catastrophe : les ponts de Jemeppe, de Seraing et de Visé – qui étaient en bois – sont emportés, de même que le pont d’Amercoeur.

L’année suivant, le pont des Arches, qui tenait bon depuis quatre siècles, et qui avait résisté aux glaçons et aux crues, s’effondre avec eux qui étaient dessus, car cette fois il y a des victimes.

D’autres crues se succèdent au fil des ans. L’une d’elles, en 1464, monte si haut, nous dit un témoin, que près de Saint-Paul, un cheval a de l’eau jusqu’au poitrail.


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La vie quotidienne au X ème siècle chez les paysans

A l’époque où naît la Principauté, les sites que nous connaissons n’avaient rien de commun avec les villes et les campagnes du X ème siècle. Les villages sont minuscules, les routes pratiquement inexistantes et les forêts profondes, peuplées d’animaux sauvages. On y rencontre des loups, des ours, des sangliers, des cerfs et par conséquent il vaut mieux ne pas s’y aventurer seul et sans armes.

L’hiver, à cette époque, est particulièrement pénible pour les paysans, qui constituent la plus grande part de la population. Le froid traverse facilement les minces parois des chaumières. Janvier, février, mars sont des mois pénibles : les champs sont vides – des champs qui d’ailleurs ne rapportent guère : les charrues dont on dispose ne labourent pas très profond et les récoltes sont maigres. ( … ). L’été, il y avait la récolte des baies sauvages, les légumes du jardin. L’hiver, il ne reste plus rien à préparer que des bouillies de céréales désespérément fades. ( Le sel et les épices, très chers, sont réservés aux riches ).

Quand il fait froid, les poules pondent moins, et en plus il faut surveiller les volailles de près : les renards, les blaireaux, les fouines, les putois rôdent autour des fermes et étranglent tout ce qui est bon à manger. Il y a bien le cochon, bénédiction des campagnes. Il vit en liberté dans les bois où il trouve des glands, des racines, enfin tout ce qu’il faut pour engraisser jusqu’à Noël, moment où on l’abat et où on le met à toutes les sauces. Mais tout le monde n’a pas de cochon. Ceux qui ont une vache peuvent ajouter un peu de lait et de fromage à leur menu, mais la vache est déjà un signe d’aisance. ( … ) . Bref, au X ème siècle, la vie est très rude et il faut une santé de fer pour survivre, non seulement à la faim, au froid, à la maladie, mais aux bêtes féroces, aux guerres, aux inondations et à la sécheresse.

Si on ajoute encore que religion et superstition, ignorance et misère auréolent la vie quotidienne de terreurs obscures, (…) , on n’a encore qu’une vague idée de la vie du peuple à cette époque.

Au X ème siècle, dans la Principauté, il vaut mieux se trouver du côté des nantis. Même si les riches, la plupart du temps, ne savent ni lire ni écrire, au moins, ils vivent dans de solides maisons de pierre, pourvues d’un toit qui ne s’envole pas à la première tempête. Ils mangent du pain de froment, alors que les pauvres n’ont droit qu’à du seigle lourd et indigeste. Ils ont des chemises de lin ou de laine, des vestes de fourrure et des semelles de cuir sous les pieds. Ils chassent, ils guerroient, ils prélèvent l’impôt, ils rendent justice. ( … ).


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« Macrales « et remèdes

PP51-52

Les sorcières de chez nous, les « macrales « , sont bien sûr, comme partout, vieilles, laides et méchantes. On joue un peu à avoir peur d’elles. Elles envoûtent et jettent le mauvais sort. Elles peuvent « immobiliser « (…) . Elles peuvent se rendre invisibles. (…)

Comment peut-on se préserver du mauvais sort ? Il faut bien entendu d’abord découvrir la sorcière. On sait qu’elle a trois poils divergents sous la plante du pied mais ce n’est pas toujours facile à vérifier ! Il est plus facile, si l’on soupçonne quelque vieille de sorcellerie, de la faire asseoir sur un siège où vous aurez disposé deux « brocales « - deux allumettes- en forme de croix. Celles-çi s’imprimeront dans la fesse de la makrale qui hurlera de douleur.

Si la « makrale « est crainte, le « makré » , ou le sorcier est, lui, carrément bienfaisant. Il connaît tous les remèdes et guérit tous les maux.

Quelques remèdes :

- Si les sorcières ont rendu un jeune homme impuissant, il retrouvera sa virilité en urinant, lorsque la nuit est venue, par la serrure de l’église du village.

- Pour le cancer du sein, il convient d’appliquer sur le sein malade une écrevisse vivante après lui avoir arraché les pinces.

- - L’enfant né en mars est plus qu’un autre sujet à la colique ; il peut se protéger de ce mal en se roulant sur le sol tandis que midi sonne au clocher du village. Encore faut-il aussi que le coucou chante en même temps.

- Pour l’angine, on suggère de se mettre autour du cou la chaussette du pied gauche, dont on applique la plante du pied sur la gorge. Il est indispensable que la chaussette soit « grasse « , c’est-à-dire que le pied ait transpiré dedans.

- -Pour la peste : 3 ou 4 cuillers d’huile de navette, du fort vinaigre mêlé avec un peu de poudre à canon ; boire tout d’un coup. Dès qu’on se sent attaqué par le mal, courir et se promener, boire et reboire son urine.

- Pour se préserver des maux de dents, on peut se couper les ongles tous les vendredis et quand on se déchausse commencer toujours par le pied gauche ; si l’on a une carie, introduire dans l’excavation une boulette de papier d’étain ou une crotte de souris.

- Celui qui montre la lune du doigt peut attraper un panaris ; pour s’en guérir, il faut placer le doigt malade dans la bouche d’une grenouille ou l’enfoncer dans un œuf fraîchement pondu

- Contre la gale : se rouler tout nu dans un champ d’avoine ou se laver avec la rosée recueillie à la Saint-Jean-Baptiste.

- Contre le rhumatisme : se glisser dans le four du boulanger, les pieds devant, immédiatement après la cuisson et ne laisser dépasser que la tête .

- Contre les hémorroïdes : chauffer au four de boulanger une épaisse planche de sapin qu’on aura pas débarrassée de sa résine et s’asseoir dessus à califourchon, après s’être déculotté.

- Celui qui ne veut pas avoir de furoncles s’abstiendra de manger des pommes de terre à la Noël ; il s’en débarrassera en faisant le signe de la croix et en disant chaque matin « au revoir, clou ! « et chaque soir « bonjour, clou ! « .


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Quelques faits d’armes :

Comment s’emparer d’un château-fort avec l’aide de Dieu et des saints – ou le triomphe de saint Lambert

PP 49-50

Le château-fort de Bouillon était au Moyen-Âge réputé imprenable. ( … ) Il était pourvu de tous les dispositifs défensifs connus à l’époque.

Or , en 1096, voilà que l’occasion se présente pour l’évêque de Liège Otbert, l’un des plus grands parmi les successeurs de Notger, d’acquérir ce château le plus pacifiquement du monde : le château est en effet à vendre. Pourquoi ? Parce que le duc Godefroid de Bouillon a décidé de partir pour la Terre sainte, que les croisades coûtent cher et qu’il a besoin d’argent. L’évêque Otbert est preneur. En s’endettant considérablement et en revendant quelques biens d’Eglise, il rassemble 1500 livres d’argent et achète le château. Godefroid quant à lui part pour Jérusalem, sa note de frais assurée, y devient roi et oublie complètement son château des Ardennes. Il en avait d’autres depuis : les croisades coûtaient peut-être cher au départ mais elles rapportaient. Le château-fort de Bouillon appartient donc aux évêques de Liège.

Mais Liège est loin et le château est convoité. En 1131, Renaud, comte de Bar, s’en empare. ( … ) . Dix ans plus tard, l’évêque de Liège décide de récupérer son bien. Albéron, c’est son nom, rameute ses vassaux, recrute des mercenaires, et s’en vient, au mois d’août 1141, mettre le siège devant le château.

(…) Pour ranimer l’espoir des assiégeants, qui n’en finissent pas d’assiéger, l’évêque Albéron ne trouve rien de mieux que de faire venir de Liège, à travers tout le Condroz et l’Ardenne, les reliques de saint Lambert. Vous imaginer le voyage : on emmène processionnellement de Liège la châsse contenant les reliques du saint, - le cortège s’accroissant à mesure qu’on avance de renforts fournis par les bonnes villes, comme l’escomptait bien l’évêque- et on les installe finalement, ces reliques en bordure de la Semois. Pour plus de sûreté, et au cas où le saint, fatigué par le voyage, serait inopérant, on met tout de même en batterie des machines de guerre : aide-toi, le Ciel t’aidera.

Le Ciel est coopératif. A la seule vue des reliques de saint Lambert, les défenseurs des tours sont épouvantés. Le fils du comte de Bar , qui les voit arriver de sa fenêtre, en prend une telle peur qu’il se trouve mal. La zizanie se répand parmi les assiégés. ( … ) . On donne donc l’assaut et cela précisément à l’aube du 17 septembre 1141, jour de la fête de saint Lambert. Mais il faut croire que saint Lambert à fort à faire, car tout va de travers, et les vents sont contraires, c’est le cas de le dire : comme les Liégeois boutent le feu à la tour de bois de Beaumont, le vent tourne, et chasse les fumées et flammes vers les assaillants. Par-dessus le marché, les assiégés font pleuvoir sur eux une grêle de rochers et de javelots.

Enfin, pourtant, un détachement emmené par le comte de Namur arrive à grimper jusqu’au château et à l’investir, les assiégés se rendent et le 22 septembre, on met la châsse de saint Lambert dans l’église qui surplombe la colline.

Hélas, l’achat du château de Bouillon a coûté cher, très cher à la Principauté. Une grande partie de son patrimoine religieux a été dilapidé par la seule décision d’un bien triste sire, pardon, prince –évêque.

Voilà ce qu’en dit l’historien catholique Godefroid Kurth :

« A Liège, Otbert dépouilla la cathédrale et toutes les églises de son diocèse de tout ce qu’elles possédaient en objet d’or et en pierre précieuses. Rien ne fut épargné, pas même les lutrins, pas même les châsses, pas même les autels, pas même les couvertures des livres rituels. Tout fut arraché, gratté, brisé, fondu, et c’est ainsi que disparurent à jamais tous ces produits éphémères d’un art et dont les rares fragments conservés attestent la jeunesse pleine d’avenir « .



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La bataille d’Othée

Pp 308/309

Il faut être beau joueur et savoir parler de ses défaites : la bataille d’Othée est une des plus grandes défaites liégeoises, à vrai dire la plus épouvantable raclée que les Liégeois aient connues. Mais elle n’est pas déshonorante pour les Liégeois, au contraire .

La bataille d’Othée est une des très grandes batailles de l’histoire médiévale de toute l’Europe occidentale. A l’échelle du temps ( nous sommes en 1408 ), les forces en présence sont énormes : plus de 10.000 combattants dans chaque camp, inégalement armés il est vrai. Jean Lejeune va jusqu’à comparer cette bataille d’Othée à celle des Steppes, de Bouvines, de Grécy, de Poitiers et d’Azincourt.

Quel est l’en jeu de cette bataille ? Il faut le rappeler. Pour les Liégeois, l’enjeu est capital, c’est leur démocratie, qu’ils ont arrachée souvent à leurs princes, au cours du XIV siècle, et à laquelle ils tiennent par-dessus tout.

Un nom : Jean de Bavière. Un prince qui leur échoit en 1390. De très grande famille, il est petit-fils de l’empereur de Germanie, un des princes absolutistes qui apparaissent un peu partout à cette époque. L’histoire lui laissera le nom de Jean sans pitié.

(… ) Entre ce prince autocrate et ambitieux et la jeune démocratie liégeoise, le conflit est inévitable, et il éclate très vite, à l’occasion d’infractions mineures commises par des manants de Seraing. (… ). La cité se rebelle. Le Prince ne cède pas et veut même imposer son droit à tout le Pays de Liège. Le parti des opposants s’étend à toutes les bonnes villes. Quelques-uns sont exécutés, à Saint-Trond et à Tongres, ce qui met le feu aux poudres. L’insurrection éclate un peu partout. Jean de Bavière quitte Liège pour Maestricht. Le chroniqueur Jean de Stavelot a raconté cet épisode.

Le 23 septembre 1408 à l’aube – c’est un dimanche- , la bancloche sonne à Liège. Mais déjà dans la nuit les hommes se sont levés et armés. Ils se rassemblent maintenant sur les hauteurs de Sainte-Walburge. Etrange armée. Avec eux, des femmes, des enfants, des prêtres. Quinze mille personnes peut-être, mais dont beaucoup sont hélas ! sans armes. Cinq cents cavaliers, plusieurs milliers de fantassins, armés parfois seulement de leurs outils de leur métier, des chariots, des canons. La moitié de Liège et de Huy est là : c’est l’armée liégeoise.

Mais rappelons les événements qui ont précédé.

Le prince Jean de Bavière, contre lequel se sont rebellés les Liégeois, est assiégé dans Maestricht. Isolé, enfermé, il a appelé à sa rescousse ses parents et ses alliés, tous de puissants princes féodaux. (… ). Plutôt que de laisser la Cité sans défense, les Liégeois décident de lever le siège et de se replier sur Liège, ce qu’ils font la nuit du 21 septembre.

Le lendemain, on délibère : vaut-il mieux s’enfermer dans la ville et attendre l’ennemi, ou vaut-il mieux aller à sa rencontre ? (… ). Ce sont les partisans de l’offensive qui l’emportent.

Voilà pourquoi, ce 23 septembre au matin, on peut voir dans la plaine de Hesbaye s’avancer cette étrange armée. ( … ). L’armée liégeoise aurait pu espérer un instant être supérieure en nombre. Mais en face d’elle, près de 10.000 combattants bien armés, soldats de profession menés par les plus grands capitaines de Bourgogne, de Savoie, de Picardie, de Hainaut, de Hollande. Faire retraite est impossible. Il ne leur reste plus qu’à se battre, - désespérément. (… ).

La bataille est inégale, elle s’achève en boucherie : 13.000 Liégeois y sont tués. Selon Jean de Stavelot : 8368. Cette bataille est une des plus tristement célèbre de notre histoire, mais aussi le début d’un long et terrible conflit : celui de Liège et des ducs de Bourgogne.

jeudi 26 mai 2011

C'est nouveau, ça vient de sortir !
















A côté du livre de poche, voici le livre ultra , toujours de poche. Démonstration :

http://www.youtube.com/watch?v=3FbH9iGr8ro

A côté de l’ordinateur, de poche et portable, voici l’ardoise tactile. Démonstration :

http://www.youtube.com/watch?v=i82g5NDwKEw&NR=1

Le Book, pas mieux ! :

http://www.youtube.com/watch?v=Q_uaI28LGJk

Zoom sur l'i Pad ( j'en veux un aussi ! ) :

http://www.youtube.com/watch?v=gKp_eNPKvjU

Faire de la magie avec un i pad :

http://www.youtube.com/watch?v=LAhP-yLJJ9s

mercredi 25 mai 2011

Corinne Maier : " No Kid "






















Figurez-vous qu’il existe des personnes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants. Même pas des « cachés « - ce qui est fort à la mode -. En english, on les appelle, non plus les childless ( les sans-enfant ), mais les childfree – admirez la nuance qui est de taille. Vous pourriez même dire d’eux « les débarrassés de moutard « .

Dans cet essai bien enlevé et jubilatoire, Corinne Maier nous conte quarante raisons de ne pas avoir d’enfant. Chacun les siennes car elles sont souvent multiples. Quelques titres de chapitres : le désir d’enfant, une inspiration tarte – métro, boulot, biberon, non merci ! – l’enfant, un tue-désir – enfant, trop cher - l’occuper, un casse-tête - les pires corvées des parents – l’enfant, un pot de colle –élever un enfant, mais vers quoi ? – trop d’enfants sur terre .

Donc les raisons ne manquent pas pour vous abstenir de procréer. D’autres ne sont pas évoquées ou simplement suggérées. Mes suggestions :

Procréer, une abomination – procréer et l’égoïsme nombrilisme – procréation et les pulsions femelles, …

Perso, Corinne Maier, à travers son livre, prêche un converti vu que j’ai toujours ressenti une aversion dans le fait de transmettre une copie plus ou moins conforme de moi-même et de l’imposer à la race humaine. Trop, c’est trop, te veel is te veel, too much is too much. De plus, ce n’est vraiment pas un coup à lui faire à ce moutard ! Un scénario qui appartient aux pires de mes cauchemars !

Extraits :

- Chaque enfant né dans un pays développé est un désastre écologique pour la planète toute entière.

- Michel Houellebecq, dans son livre , « La possibilité d’un île « , évoque le dégoût légitime qui saisit tout homme normalement constitué à la vue d’un bébé.

- Rien n’est plus limité que la conversation du parent sidéré parce qu’il a réussi à créer un être humain.

- Avoir un enfant est le meilleur moyen d’éviter de se poser la question du sens de la vie, puisque tout tourne autour de lui : il est un merveilleux bouche-trou à la quête existentielle.

- Pas d’enfant, non merci. Il vaut mieux ne pas. La dénatalité est notre seul espoir.

- De Michel Houellebecq : l’enfant est une sorte de nain vicieux, d’une cruauté innée.

- En fait, la lecture est la meilleure ennemie de la réussite. Le malentendu est total : les enfants qui aiment vraiment lire deviennent des barjots, j’en suis la parfaite illustration. Quand j’étais enfant, rien ne m’intéressait, ni l’école, ni la musique, ni les promenades, ni les vacances. Résultat : je suis asociale et incapable de travailler en équipe.