" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 29 novembre 2011

Nicolas Ancion : " Quatrième étage "




La santé de Marie n’est pas très bonne – elle est carrément mauvaise -. Heureusement Thomas s’occupe de son épouse à temps plein et lui raconte des histoires pour qu’elle puisse dormir, apaisée. Une autre Marie – qui s’appelle en fait Louise – s’est éprise de Serge , un soi-disant plombier. Deux romances particulières racontées en parallèle au quatrième étage d’un immeuble, à Bruxelles.

Comme d’habitude, Nicolas Ancien aime nous raconter des histoires un rien bizarres, avec des personnages aussi farfelus les uns que les autres, un style singulier. Ainsi il affectionne les arrêts sur images. Par exemple, pendant qu’une jeune fille est en train de monter les escaliers, il en profite pour nous la décrire : voici ses jambes, son allure générale, son dos, …Ou bien il clique sur le bouton : mise sur pause ; et voilà donc la pauvre figée dans l'espace-temps et Nicolas utilise cette opportunité pour nous la décrire ; puis, sur sa télécommande, il appuie sur play. Malin !

Extraits :

- On y achète un appartement au prix d’un palais, on y mange du pain aux vingt-six céréales triées par des enfants pauvres dans le pays lointains. On y voit les plus grands de la planète, et les plus débrouillards, manger des assiettes presque vides pendant des heures interminables.

- Les mensonges, après tout, sont souvent plus utiles que les fleurs ou les pralines pour entretenir de bonnes relations.

- Ma mémoire est en aussi mauvais état que les trottoirs de Bruxelles. Pleine de trous et de détritus.

jeudi 24 novembre 2011

Georges Simenon : " Le chat "




C’est sans doute parce qu’ils ne peuvent pas vivre seuls qu’ Emile et Marguerite, tous deux retraités, se sont mariés mais ces deux-là ne sont pas faits pour être ensemble. Un jour, elle empoisonne le chat d’Emile et lui déplume le perroquet de son épouse. Désormais c’est la guerre : ils feront chambre a part, ils prépareront leurs repas séparément (de peur de se retrouver empoisonné sans doute) et, cerise sur le gâteau, ils ne s’adresseront plus la parole si ce n’est que par des petits mots incendiaires griffonnés sur des bouts de papier qu’ils se lancent à la dérobée. Emile tentera bien de prendre une chambre chez Nelly, une ancienne femme de petite vertu, maintenant patronne d’un bistrot, et qui le gratifie de temps de brefs petites « gâteries « , comme ça , bien fait vite fait, dans un coin de la cuisine. Mais l’attrait est trop fort : qui de Marguerite et d’Emile s’effondrera le premier ?

Encore un roman très dur de Simenon, un parmi les plus connus de son œuvre magistrale.

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Pierre Granier-Deferre en a réalisé un film avec Jean Gabin et Simone Signoret :

http://www.youtube.com/watch?v=mqbc5wp6iJw

Extraits :

- Elle connaissait mieux les hommes que lui et savait par expérience que, quand ils parlent de leur dignité, c’est que les choses vont mal.

- Et d’abord sache que je n’ai jamais pu dormir avec un homme … C’est une question de peau, l’odeur … Faire l’amour à la sauvette, d’accord … Mais suer côte à côte, se heurter à un bras ou à une jambe quand on ne s’y attend pas, non ! … J’ai essayé, au début, avec Théo … Et bien ! après quelques jours, je l’ai prié d’aller acheter un lit … Il dormait dans la chambre de derrière … Pourtant nous nous aimions bien.

lundi 21 novembre 2011

Georges Simenon : " Il y a encore des noisetiers "




François Perret-Latour, 74 ans, est directeur d’une banque privée, Place des Vosges à Paris. Sa première épouse est bien mal en point dans un hôpital à New York , leur fils Donald, la quarantaine, qu’il a peu connu, vient de se suicider. Le défunt laisse une femme et des enfants.
 Sa seconde femme, Jeanne, lui a donné deux fils, Jacques et Jean-Luc ; puis il y a sa petite fille Nathalie. On dirait que tout ce petit monde s’est donné le mot car chacun fait appel au Daddy. Et Perret-Latour va répondre présent , non pas pour montrer qu’il est un bon père, un bon mari mais plutôt un patriarche qui se soucie du bonheur, du confort moral et financier de sa progéniture. Par une excellente et drôle entourloupe judiciaire, il va même à nouveau être père d’un enfant … de mère inconnue …
A noter : Le narrateur fréquente les médecins, les juristes, apprécie l’art, les peintures, le luxe, les grandes maisons tout comme le père des Maigret. Et puis Nathalie n’a t-‘elle pas certains des caractères de Marie-Jo, la fille de Georges Simenon.
Encore un excellent roman de not’ Georges, très agréable à lire.


Extraits :
- Préface : « Au docteur Samuel Cruchaud, mon ami, ce livre, où personne n’est personne, et où, quand, par hasard, quelqu’un est quelqu’un, il est quelqu’un d’autre ».
- Elle m’a donné un fils, comme on dit. J’ai horreur de cette formule. Pourquoi serait-ce un cadeau, de la part d’une femme, de faire un enfant ?
- « Tu rencontreras tout ce qui compte dans l’art contemporain « « Contemporain de qui ? «
- De découvrir les faiblesses des grands hommes et leurs petites lâchetés, on a moins honte de soi. Et il ne me déplaît pas, je l’avoue, d’apprendre qu’ils ont souffert de telle infirmité ou de telle maladie.

samedi 19 novembre 2011

" Liège insolite " Michel Elsdorf




Chaque ville a son charme (certaines plus que d’autres), son passé particulier, ses hauts faits plus ou moins glorieux, ses personnages hors du commun. Justement, insolite : qui est différent de l’habitude et qui surprend, ses synonymes sont : bizarre, curieux, drôle, déroutant, original, pittoresque. Qui dit Liège sous entend tout cela : la Cité ardente est réputée pour être plus que particulière, surprenante, insolente, provocante … et parfois à côté de ses pompes. Ce livre en fait le tour : endroits, évènements, personnages insolites.

A pointer, peut-être tout particulièrement : l’horloge fleurie du carrefour des boulevards Avroy-Sauvenière ; le chauffoir public de la rue Saint-Séverin ; « Narène di Bour « un homme dont l’appendice nasale était fort développé et qui déambulait dans les rues en proposant ses petits pantins en bois. Il s’est présenté aux élections de mai 1914 avec un programme électoral futuriste pour l’époque ( suffrage universel pur et dur, pension ouvrière à 60 ans, impôt sur le revenu, … ) ; enfants de la rue Saint-Léopold ; tram futuriste sur le boulevard de la Sauvenière.

vendredi 18 novembre 2011

Cavanna : " L' oeil du lapin "




François Cavanna, né en 1923, nous livre ici une partie de sa biographie. Celle de son enfance, à Paris, dans les années 1920-1930. « Les Ritals « est le livre de son père, un immigré italien, maçon. « L’œil du lapin " est le livre de sa mère qui fait les ménages. On n’est pas bien riche chez les Cavanna mais ce n’est pas non plus la grande misère . Le p’tit est premier de classe ; il est maigrichon et pâlot et ce n’est pas brillant-brillant question filles . Heureusement il y a les potes et ce goût de vouloir tout connaître : le français, les maths, la terre, le soleil, l’Univers et tout ça. On y retrouve également les anecdotes de son père, en italo-français, l’approche de la religion , de la mort, de la guerre ; les malheurs de sa mère ; les démêlés de la « créature « à savoir une femme qui a des problèmes de voisinage avec son mari et qui habite au rez-de-chaussée, juste en face de la porte de la cave; et puis cette graine d’ananar que devient le petit François.

Que du bonheur, de la drôlerie. Cavanna est une plume. Comme Colette est une plume, comme Céline est une plume.

Extraits :

- Les filles, ce qu’elles veulent, c’est pas qu’on les aime, ni qu’on fasse des exploits pour elles, ni même qu’on soit beau. Ce qu’elles veulent, les filles, je n’en sais rien. Sans quoi, tu penses …

- Gisèle Bénotet n’a rien dit, elle avait juste les yeux qui haussaient les épaules.

- « Le théâtre, c’est comme la messe : si tu n’y crois pas, c’est pas la peine « . Elle a dit ça, maman.

- Diou te stramaledissa ! Que Dieu te supermaudisse !

- C’est plus fort que la vitesse du vent ! Et que la flexibilité de la queue de la vache. ! Et que la fragilité des queues de pipes !

samedi 12 novembre 2011

Nicolas Ancion : " Nous sommes tous des playmobiles "


Nous sommes tous des playmobiles, comprenez, nous sommes tous des êtres fragiles qu’un rien déstabilise . Nicolas Ancion est un écrivain belge, d’origine liégeoise. Ils nous parlent, de manière parfois délirante, souvent amusante, des gens de chez nous, ceux de Bruxelles , de Mons, de Liège, … Nicolas Ancion est également un rebelle et fier de l’être ( c’est assez rare pour le souligner et pour nous en féliciter ) , tant pis s’il égratigne ici ou encore là.
Dix nouvelles drôles avec, sous le titre, mon cachet et éventuellement mes étoiles. Tchac-tchac !
1. Moi je dis qu’il y a une justice ( Yvonne otage. Pauvre Yvonne ! )
2. La tache de sauce ( esclaves du textile. *** )
3. Châteaux en Espagne ( le photographe de la Grand’ Place se marie )
4. Bruxelles insurrection ( une fin tragico-comique pour l’académicien kidnappé )
5. Mon secret ( le vieux qui se sent vieux *** )
6. Bureau fais ton office ( l’emballeur saboteur dans un librairie *** )
7. Georges et les dragons ( ***)
8. J’apprends à bien tuer ( moi et Linda )
9. L’échappé belle ( enfermé dehors chez soi *** )
10. Haute pression ( mais où est donc passé le mec que j’ai renversé avec ma bagnole ? *** )

jeudi 10 novembre 2011

Georges Simenon : " Le Déménagement "




Emile Jovis est, non seulement , un employé modèle ( comme dit dans la chanson ) mais aussi un mari exemplaire ( avec Blanche, son épouse ), un père aimant ( avec son fils Alain ). Il est employé dans une agence de voyage ( il vend des vacances ). Tous trois ont déménagé dans un tout nouvel immeuble de la banlieue parisienne, avec cette fois tout le confort moderne. Y compris les cloisons en carton. La nuit, Emile entend et écoute ses voisins qui semblent avoir des activités louches. Et c’est ainsi que la vie de notre bonhomme va balancer dans une histoire interlope ( lope toi-même ! ) qui finira même très mal…

« Chacun n’a-t-il pas le droit de faire quelque chose de spécial, quelque chose qui le sorte de la routine habituelle « . « Et Alexa était exactement le genre de femme qu’il avait rêvé toute sa vie de posséder au moins une fois. »

On ne soulignera jamais assez le talent qu’a Simenon pour raconter – cinématographiquement - des histoires très simples mais qu’il exhausse, qu’il sublime si délicieusement.

Une particularité de ce roman, cette préface : « Certains critiques, rares il est vrai, quelques éditeurs étrangers habitués aux beaux gros livres, bien gras, m’ont reproché de n’écrire que des romans courts. Celui-ci l’est particulièrement. J’aurais pu le délayer. Je me serais senti, en agissant ainsi, coupable de tricherie vis-à-vis de mes lecteurs et de moi-même. - Georges Simenon - «

lundi 7 novembre 2011

Georges Simenon : " Tante Jeanne "




Voilà bien des années que tante Jeanne n’est plus revenue au pays. Et la voici, dans ce village pas loin de Poitiers, venue « chercher un dernier asile, parce qu’elle est tombée si bas, elle était si lasse et si écœurée d’elle-même qu’elle ne mendiait plus qu’un coin pour attendre la fin « .

Tante Jeanne est vieille, assez grosse, elle souffre des jambes et aime de temps en temps un ou deux verres de Cognac. Et la voici, devant la maison natale. Son frère, Robert, vient d’être retrouvé dans la pièce du haut, pendu. Dans la demeure, c’est la pagaille, on se chamaille à longueur de journée, les portes claquent, on a du mal à se supporter. Et puis, il y a les parts d’ombres, les cachoteries, les demi-viols même. On y est même ruiné, il va falloir vendre, tout, et partir. Pour tante Jeanne, restent trois solutions possibles, y compris celle choisie par son frère suicidé.

Courage, tante Jeanne. Et encore un p’tit Cognac - même deux -. Pour la route !

Et encore un excellent roman de caractères, signé tonton Georges ( de Liège )

Extrait :

- Les gens vivent dans la même maison, dorment dans le même lit, ou séparés seulement par des cloisons, se voient trois fois par jour pour les repas et sont tout surpris, un beau jour, de ne rien savoir les uns des autres.

dimanche 6 novembre 2011

Jean Teulé : " Le Magasin des Suicides "



Madame Tuvache et son époux, Mishima, tiennent le magasin des suicides. Ils ont trois enfants, Vincent, Marylin, et Alan qui va foutre la pagaille. En effet, ce dernier est toujours optimiste, chante de belles chansons d’amour et d’amitié , fait fuir les clients ou pire, les empêche de se suicider comme est en droit d'y aspirer le commun des mortels. La tache, quoi ! Et il va faire des émules. Grrrrrrr !

Autant certains livres de Jean Teulé m’avaient ravi comme « Je, François Villon « et « Manger-le si vous voulez «, mais là, je décroche et râle . Faut dire que des suicidés comme Montherlant, Stefan Zweig ou encore les deux Jacques - dadaïstes - ( Vaché et Rigaut ) sont mes idoles. Le bouquin débute assez bien mais embraye sur du Halloween. Là, non merci !

jeudi 3 novembre 2011

Georges Simenon : " Novembre "




Une particularité pour ce roman : la personne qui raconte cette histoire est une femme, ce qui n’est pas si courant dans le chef d’un écrivain-homme.

Le père et le fils sont tous deux amants d’une seule et même femme, Manuela, la bonne espagnole qui officie dans la famille. La mère a un problème de liqueur. La fille, elle, éberluée, observe ce petit monde. Un drame va surgir et elle devra prendre une décision importante.

Une histoire simple mais qui contient de remarquables observations.

Extraits :

- ( Laure ) Ce n’est pas mon rôle de les juger, bien que je le fasse malgré moi.

- « Parce qu’il faut que l’amour aboutisse à quelque chose, n’est-ce pas ? Tu comptes que le tien, avec ton professeur, aboutira à quelque chose ? «

- J’ai toujours été impressionnée, dans la rue, en croisant les passants, de penser que chacun est le centre de l’univers et que ses préoccupations l’emportent sur tout ce qui se passe dans le monde.

- On pourrait croire que, comme la plupart des gens, elle ne se met à sourire que quand on la regarde.

mercredi 2 novembre 2011

Premier novembre 2011 à Gouvy





En ce premier novembre, nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de nos parents. Un cliché photographique pour tenter de les ressusciter virtuellement. François Catin, mon père, dont , d’après les on-dit, je suis un saisissant copié-collé ( ben tiens donc ! ) . Ma maman, née Marguerite Nisen, la number one dans mon cœur, bien sûr – y a pas photo ! ; ma tante Marie-Thérèse qui a certainement dû me susurrer, un jour quand j’étais môme ; « si tu es bien malin, mî p’tit fî, reste célibataire, et n’aie pas de moutard ! », message reçu 10 sur 10 !

J’ai pu admirer, pour la première fois , les cinq éoliennes qui enjolivent le paysage de ce plateau ardennais tellement rude ( rebutant ? ). Quelle belle vision surréaliste ( dans le bon sens du terme ). Mais, d’après ce que j’ai pu entendre ici et là, mon goût ne semble pas être partagé par une partie de la population locale ( tu m’étonnes ! ).

J’ai serré des mains, embrassé à tout va, comme si j’étais candidat aux élections communales de 2012. J’ai évidemment entendu : « Ah ! Tu existes encore, toi ? Je croyais que tu étais mort ! « . Admirez la délicatesse !

Sacré Gouvy, va ! Pour vous y rendre, il faut rajouter le monde avec des planches ! ( fallait que je la place, celle-là ! ).

Ensuite, goûter chez ma p’tite sœur Thérèse en compagnie d’une autre de mes sœurs, Rose, d’une nièce, Carole, de son mari et de la petite Amélie. Pour le meilleur de repas qui soit, inspiré par quelques recettes de notre mère, qui a surpassé de mille coudées le meilleur resto de la place de Lîdge. Taquavoir !

Bref, encore une excellente cuvée, cette année. Merci aux acteurs !