" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 28 mai 2012

Muriel Cerf : " Le lignage du serpent "





Personnages hauts en couleurs que cette famille Morillon, Périgourdine. Commençons par la fin. La narratrice, Emma et son frère jumeau Balthazar – à pointer leur voyage utérin ! - ; l’autre frère Simon, creuseur de trous, archéologue. La mère, Louise, dite Bouzine, comédienne entre autres ; le grand-père Jules grand jardinier devant les Eternels – à pointer un véritable cours de botanique ! – Et le père des trois enfants, Geza Lazarus, homme de théâtre, mort tout aussi accidentellement que tragiquement durant la guerre – je ne vous décris pas la scène ! - . Plus tard, arrivée de Benguigui, stomatologue de son état avec à sa suite ses quatre filles – tout ce beau monde honni par les trois autres mômes ! –
Tout cela  n’étant que prétexte pour donner libre cours à la poésie hallucinée de Muriel Cerf – n’y a-t-il pas, quelque part, mimétisme issu des plumes de Saint-John Perse, Mallarmé, Baudelaire, Rimbaud, … ? –
Mythologies toujours omniprésentes. Attention : munissez-vous d’un dictionnaire ou faites comme bibi : ayez le réflexe internet, branché par exemple sur « l’internaute » ou « wikipédia ». Tout devient plus ludique encore. Et puis, miracle !,  on en ressort avec le sentiment d’être devenu plus intelligent, ce qui n’est pas rien ! Mais également  un tantinet frustré, rapport à tous les passages qui nous sont passés sous le nez tant cela ressemble furieusement à de l’ésotérisme. Mais c’est tellement beau. Il conviendrait, sans aucun doute, de déclamer ce texte puisqu’il est poésie. Ou musical – définition de musique : son agréable à l’oreille ! -
En outre, l’auteur de « L’Antivoyage «  ne manque pas d’humour. Mais exclusivement noir. De chez Noir !
Elle m’épate ! ! !


Extraits :

-  ( …) la raison d’Armand Becu qui, éconduit, se pendit dans le grenier des Bécu à une poutre dont on le décrocha tout tressautant alors qu’il venait de renverser d’une ruade le sceau hygiénique sur lequel il avait grimpé pour accomplir son acte fatal, le premier d’une série (…)

-  Voila, il est dehors le zizi, ça doit faire le sixième que je vois, long calvaire que la vie des petites filles. Tiens, pas circoncis celui-là, celui de Balthazar est mieux, au moins maintenant je distingue les Juifs des autres. Vraiment vilain, ce truc. S’il me demande de toucher, je refuse, même au cas où il me promet de faire pipi sur les immortelles de Léontine.

-  Pour que tu ne me quittes jamais, Balthazar, mon frère, je glisserai treize allumettes et autant de grains de sel dans une enveloppe que j’enflammerai en prononçant trois fois ton nom    
je te nourrirai de corail d’oursin, de noix de cola, de cantharide, de pollen, d’herbe à satyre et de yohimbine
   j’appliquerai de ma main gauche un peu de ton sperme sur mon pied droit
je frotterai ton sexe au camphre et au vif argent broyé, je l’enduirai de graine d’anis et de fiel de chacal
je mêlerai à ta boisson de la poudre de lotus bleu, du jus de mandragore, du suc de pavit et d’eau herculéenne
je porterai sur ma peau nue un reliquaire contenant les rognures de tes ongles et les restes d’un milan mort de mort naturelle
j’irai au cimetière, la huitième nuit de la quinzaine lumineuse de septembre déterrer les crânes, les chauffer à la flamme d’un foyer allumé avec le bois des croix et farder mes paupières de la suie tombée de leurs orbites vides
je dissoudrai dans le sang d’un pigeon blanc de la poudre diamantine dont j’emplirai le cœur d’une figue que je cacherai toute une nuit sous mon oreiller
et, pour que tu n’aies pas d’autre maîtresse que moi, je grimperai sur les rochers du Karakorum pour y recueillir l’exsudat qui suinte des pierres et rend les aigles fous
enfin, si tu t’en vas, je brulerai les pousses de la plante vajnasunhi et quand, me plaçant derrière le feu, je verrai monter au ciel une lune d’or sans alliage, je saurai qu’est venu le moment du départ.

vendredi 25 mai 2012

Muriel Cerf : " Les rois et les voleurs "




Ce livre, s’il peut être qualifié de para-autobiographique, est sans doute fortement romancé par l’auteur qui se qualifie elle-même : » moi, spécialiste du dérapage sur la réalité ».
Paris début des golden (sixties) pour Lydie, le temps de la classe élémentaire. Paris, 1963, toujours Lydie, 12 ans, la narratrice et sa meilleure amie Polline, 13 ans et demi, au lycée Lamartine. Les parents de part et d’autre,  un peu dépassés par les évènements à savoir les comportements des deux gamines (pardon jeunes filles). «  On avait vendu aux parents une poupée qui boit, mange, marche et parle avec le mode d’emploi mais tout fonctionnait à l’envers. »
La tante Ro  qui habite près de la mer, soupçonnée d’avoir empoisonné son mari «  connaissez-vous, mademoiselle, le chemin de la mer ? » Les trois sorcières, Baba Yaga, la Russe, Genghivane, la Tibétaine, Marila, la Brésilienne, s’efforçant chacune de séduire Lydie.
Huguette, la pute et Abdel, le mac, rue Richer sans oublier Angelo …
Ce bouquin est truffé de références à la mythologie : grecque, romaine, indoue, sud américaine. Et bien malin celui qui pourra en savourer toutes les subtilités… D’ailleurs, peut-importe, car vous le savez, avec Muriel Cerf,  on flirte sans arrêt avec la poésie, de la poésie en prose soit, mais c’est dans de l’éthéré. Toujours.
Tant de péripéties. Même des péripatéticiennes, au « Doux Logis «  par exemple en compagnie de la narratrice et un riche polonais, dans un claque donc ? Rôôô ! Et toute une pleine page sur les baisers, plein-plein-plein …Ou encore la description tout en finesse, en minutie du visage de Polline.
 Il ya vraiment des pages d’anthologie, là-dedans ! ! !


Extraits :

- (…) on n’avait jamais quitté la France mais, déjà, on se sentait partout chez nous comme les rois, les filles et les voleurs. ( Balzac)

-  Faire une passe, c’est le rêve de toutes les femmes, au fond. Si vous saviez ce qu’on rencontre comme bourgeoises mariées dans les hôtels.

-  (… ) je décidais de me livrer à mon exercice de concentration favori : celui de fixer mon attention sur une image jusqu’à ce que je rentre dedans et me dissolve complètement derrière la barrière des apparences (…)

-   Et la chienlit commença par une visite chez le toubib qui, après m’avoir plongé son spéculum dans le minou avec autant de délicatesse que s’il débouchait une bouteille avec un décapsuleur, conclut qu’il n’aurait pas juré sa tête sur le billot que j’étais encore pucelle.

-  Connaissez-vous, mademoiselle, le chemin de la mer ?

mercredi 23 mai 2012

Hommage à Muriel Cerf




Muriel Cerf, née le 4 juin 1950 à Paris, est décédée des suites d'un cancer le 22 mai 2012.

* sa " page facebook " c'est énorme :

https://www.facebook.com/antivoyage/?fref=nf

Retrouvons-la en 1979 dans l'émission de Jacques Chancel, radioscopie. Un bijou :

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/audio/PHD99232174/muriel-cerf.fr.html

* " (...) moi spécialiste du dérapage sur la réalité " - Muriel Cerf  in " Les rois et les voleurs ".

* " (...) une gamine rêveuse lunaire et mercurienne comme moi " - Muriel Cerf in " Le Diable Vert "

* Merci à Libé pour son article :

http://www.liberation.fr/livres/2012/05/25/la-romanciere-muriel-cerf-est-morte_821402

* A part la lecture de quelques uns de ses romans, je ne sais presque rien d'elle sauf qu'elle était sujette à une myopie aigüe, a eu une tendance à l'anorexie;  aime les images et la télévision, est d'origine juive comme son père qu'elle a perdu très tôt. Habita chez sa grand-mère. Considère sa mère comme une grande soeur. Aime Artaud, Caillois, Mallarmé, Colette, Henri Miller, ...

* Elle dans sa chambre avec son chât Pythie :

http://boutique.ina.fr/video/CPA7805030502/la-pythie-de-muriel-cerf.fr.html

* Un site ici :

http://mcerf.free.fr/06_portrait.html

* (...) enfin, si tu t'en vas, je brûlerai les pousses de la plante vajnasunhi et quand, me plaçant derrière le feu, je verrai monter au ciel une lune d'or sans alliage, je saurai qu'est venu le moment du départ.

                                                Muriel Cerf in " Le lignage du serpent "

* article dans Le Parisien :

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/mort-de-la-romanciere-muriel-cerf-25-05-2012-2016605.php

* Un de ses proches, Frédéric Taddeï, nous parle d'Elle . Suivez ce lien :

http://www.tumblr.com/tagged/ecriture

* Hommage dans un blog :

http://blogres.blog.tdg.ch/archive/2012/05/31/hommage-a-muriel-cerf1.html

* Quel bonheur de la retrouver dans cette vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=nqOhAfdSB_o

* Quelques " critiques " :

                                                         Muriel Cerf, Paris 12 juin 1975








* Hommage en diaporama :
https://www.youtube.com/watch?v=P3vPiBUyl0Q

* " Sa " page facebook " ( c'est énorme !) :

https://www.facebook.com/antivoyage/?fref=nf

Muriel Cerf : " Julia M ou le premier regard "







Muriel Cerf ( pronnoncez le " f " ! ) est une fée. Elle vous saoule ( dans le bon sens du terme ), vous fait tourner la tête. Voici un ouvrage de type autobiographique. Dans ce roman, six personnages principaux se connectent. Mamita, la grand-mère de Muriel, une vielle dame délicieuse, noble de coeur, qui décède au début du livre. Paule, la mère de Julia M. ( la narratrice) que Muriel aurait tant voulu " géniale ". Natalia, 17 ans, la petite Yougo de Nanterre. Satchel, le comédien toujours pressé, toujours indisponible, un fantôme. Et enfin, Kurt, artiste peintre-sculpteur. Tout ce petit monde tournoie, s'agite devant vos yeux éberlués.

Un grand amour va naître entre Julia M et Natalia. Un non-amour entre entre Kurt et Natalia, un amour chaloupé entre Julia M. et Satchel. Et puis, il y a les chats qui ronronnent, d'autres qui se suicident...Si vous aimez ces tigres à roulettes, vous serez comblés. Ils sont bien présents toutes les dix pages et Muriel Cerf excelle dans les analogies félines.

Ses phrases ? Le plus souvent d'une seule traite sur une demi-page, peuplés de virgules, d'exclamations, d'interjections, de parenthèses, de mises au point ( au sens propre, comme au sens figuré ). Elles fourmillent d'une multitude de qualificatifs chatoyants, sublimes, doux ou cruels. On y voit des couleurs, on y sent des parfums d'Asie. La Cerf brille dans de longues descriptions - de style cinématoscopique ! -, de véritables feux d'artifices quand elle décrit, par exemple, la ville de Séville, ou le feeling de Natalia. Telles des prières qui touchent de très près à de la poésie pure.
Et puis, ce n'est pas (trop ) grave si vous ne comprenez pas tout-tout. Laissez défiler une demi-page sous vos yeux - interrogatifs - ensuite vous retomberez, soudain, sur vos pattes, tel un chat. Prière de vous munir d'un dico : il pourrait vous être furieusement utile.

Muriel Cerf ? ( prononcez le ' f " ) . Une sorte de Henry Miller, en robe bleu ciel de lit ou en courte jupe de jean à volants. Un écrivain délicieuse à (re-) découvrir !!!

Son site : http://www.murielcerf.com/

 Cliquez sur la maison, les chats, et vous rentrerez dans son univers...

lundi 21 mai 2012

Georges Simenon : " Maigret s'amuse "




A Paris, Boulevard Haussmann, le cadavre d’Eveline, épouse d’un médecin bien connu, est retrouvé, nu, plié en deux dans un placard.
 Vous direz : voilà une enquête à la mesure du commissaire Maigret. Et bien que nenni ! Car le docteur Pardon a décrété que son patient en faisait trop, qu’il était temps pour lui de se ménager – rapport à son cœur - et pour commencer a suggéré, plus que vivement, de prendre des vacances loin du quai de Orfèvres. Notre policier, à contre cœur il faut bien l’avouer, choisit son lieu de convalescence : non pas aux Sables-d’Olonne comme annoncé auprès de ses collègues mais … à Paris (cherchez l’erreur). Accompagné de son épouse, il se promène dans la ville, s’arrête dans des restaurants, des tavernes, ils vont même au cinéma. Madame  Maigret, qui a les pieds sensibles, finit par se retrouver sur les rotules. Maigret suit l’enquête de loin, du moins en apparence, via les coupures des journaux ou les infos radiophoniques. Afin d’orienter l’enquête, il ne peut s’empêcher d’envoyer des lettres anonymes à l’inspecteur Janvier, qui sur le quai, s’est installé sans vergogne au bureau de son chef (qui tique …).
Si Maigret s’amuse comme un petit fou derrière son verre de bière, l’œil aux aguets, épluchant les journaux, il en va de même pour ses lecteurs. Une fois de plus.


Extraits :

-  C’est une opération difficile de déshabiller un mort.

-  Il avait pitié des lapins parce qu’il pensait que la nature ne les avait créés que pour servir de nourriture à des animaux plus forts.

-  Maigret n’avait jamais pu tuer une bête, même nuisible.

-  A quoi bon lui expliquer que, dans toute sa carrière, en dehors de quelques professionnels, il n’avait jamais rencontré un meurtrier ayant une tête de criminel.

-  Certains crimes crapuleux, commis par une petite gouape quelconque, ou par un déséquilibré, restent impunis. Un crime d’intellectuel, jamais. Ils veulent tout prévoir, mettre les moindres chances de leur côté. Ils fignolent. Et c’est leur fignolage, c’est quelque détail «  en trop «  qui les fait prendre, en fin de compte.

jeudi 17 mai 2012

Claudine Monteil : " Les amants de la liberté "




«  Aux yeux du monde, ils restaient un couple, une référence, un phénomène littéraire et politique «. Voilà qui résume assez bien cet ouvrage qui ne se veut pas du tout polémique. Sartre et de Beauvoir ont été les meilleurs amis du monde durant cinquante ans. Avec des tourmentes, on s’en doute bien. Jean-Paul était plutôt du type volage avec la gente féminine et Simone en resta longtemps affectée, bien que elle aussi connut d’autres amours.
Tout est parti d’un accord verbal : «  Entre nous, il s’agit d’un amour nécessaire ; il convient que nous connaissions aussi des amours contingentes. », dixit Sartre. Ils se retrouvaient le plus souvent possible, de préférence tous les jours, pour étudier et surtout pour écrire, chacun à sa table, construisant des œuvres singulières mais ils ne vivaient pas ensemble, en couple, encore moins mariés, avaient des domiciles distincts. Ils furent les pionniers des actuellement 4 millions de Français qui ont adopté ce genre de vie (comprenez en domiciles séparés).

Leur prise de paroles politique fait également partie de leur légende. La guerre d’Algérie, l’intervention musclée du pouvoir soviétique en Hongrie et en Tchécoslovaquie ; Cuba, le Vietnam, le MLF, le droit à l’avortement, etc.… autant de combats. «  Sartre et Beauvoir avaient un autre défaut grave aux yeux des puissants. Ils avaient le don d’exprimer avec des mots simples ce que ressentaient des hommes et des femmes dans le monde entier : le désir de liberté qui est le premier de leurs droits ; l’envie de lutter contre les injustices et les dictatures. »
A noter : Jean-Paul et Simone ont eu le bon goût de toujours se vouvoyer lors de leurs conversations. (je trouve cela très chic !).

Comme ces deux vies ressemblent à un vrai roman ! La lecture de cet ouvrage m’a donné le goût de lire ou de relire «  Le Diable et le Bon Dieu «  et «  Tous les hommes sont mortels «.


Extraits :

-  Pour la première fois résonna dans l’esprit de ses contemporains la phrase devenue célèbre : «  L’enfer, c’est les autres «. Elle devait donner lieu, selon lui, à d’infinis malentendus. Contrairement à l’analyse commune qui en était faite, il n’avait pas voulu dire que les rapports avec les autres étaient impossibles ; ils ne l’étaient que «  si je me mets dans la totale dépendance des autres «.

-  Le lendemain de la mort de Gide, une amie commune des deux amants télégraphia à François Mauriac : «  Enfer n’existe pas – Pouvez vous marrer. Prévenez Claudel. Signé : André Gide «.

dimanche 13 mai 2012

Catherine François, Françoise Raes : " Paroles de prostituées "





Ce bouquin de 92 pages a été publié en 2001 aux éditions Luc Pire. Les auteurs ont interviewé huit prostituées à Bruxelles : à la gare du midi, rue d’Aerschot, quartier nord Saint-Josse, et deux call-girls. Elles nous parlent toutes de leur enfance, comment elles ont débuté, pourquoi elles continuent à exercer ce métier, ce qu’elles pensent d’elles-mêmes et de leurs clients, etc ...

 Autant dire que tout cela est très instructif, pas toujours drôle et très souvent émouvant. En outre, on y apprend des choses, des détails.
A recommander vraiment pour ceux que ce sujet particulier intéresse !



Extraits :

-   Gare du Midi, en journée, il n’y a pas trop de problèmes. Nous partageons nos problèmes entre Belges parce que neuf sur dix n’ont pas de souteneurs.

-  Dans mes clients, j’ai mes habitués : quand ils ne viennent pas ils me manquent.

-   A Schaerbeek, la commune perçoit par serveuse, une somme de 100.000 francs par ans (2.500 euros ).

- (extrait d’une carte blanche) (…) Je ne veux pas faire l’apologie de ce métier. Il est souvent terrible, douloureux, destructeur. Mais des femmes ont fait ce choix. Laissez-les faire ce métier dans des conditions qui leur permettent de l’exercer dans le respect de soi. Signé, Sonia.

-  Je vends un service. Quand je suis dans un restaurant, le garçon m’apporte mon assiette sur la table, je le paie pour son service. Nous, c’est pareil, on est rémunérées pour ce service.

-   Quand je pense que, sur dix clients, il y en a huit qui veulent être sodomisés avec un «  gode «, qu’on doit frapper, qu’on doit les attacher. Maintenant, toutes les filles font du SM.

-  Les hommes ont de plus en plus peur des femmes. Les hommes savent de moins en moins baiser. Ils ont la trouille. Maintenant, ils ont peur des femmes parce qu’ils savent que les femmes peuvent jouir (…). Il faudrait qu’ils apprennent  qu’être un homme ce n’est pas que jouer au football et avoir une belle bagnole.

-  (..) Le sexe, somme toute, c’est une toute petite partie de la rencontre.

vendredi 11 mai 2012

Jean-Luc Hennig : " Brève histoire des fesses "






La fesse Airborne


Max Ernst : " La Vierge corrigeant l'enfant Jésus "



" Hermaphrodite endormi "


Tout d’abord, il s’agit de s’entendre sur le singulier ou le pluriel. La fesse peut prêter à confusion. Donc convenons que le pluriel convient mieux, elles vont d’ailleurs toujours par paires : les fesses.
Tout dépend de celui qui regarde. Ou qui ne regarde pas. Il est des ceuses que la chose n’intéresse pas du tout, détournent le regard et passent leur chemin.
D’autres ne sont pas contraire mais sans plus : en fait ils s’en fichent. Certains sont attirés, s’attardent, rêvent ou fantasment même. Il en est des ceuses qui flashent, s’illuminent, se définissent comme vrais amateurs.
Définitions, études sous tous les aspects possibles et imaginables, véritable scanner des fesses que ce bouquin très documenté et très drôle. Des écrivains mais surtout des artistes peintres, sculpteurs ont raconté ces parties invisibles de notre anatomie (il nous faut un miroir pour les examiner en leur intégralité, comme le sont la nuque, le dos, …).
 Le mieux, pour bien lire cet ouvrage alléchant, est d’avoir à porté de main internet-google/ images tant les références a des tableaux sont copieuses. Citons, à titre s’exemple, quelques peintres et sculpteurs ici invoqués : Bonard, Courbet, Manet, Lautrec «  femme nue accroupie », Matisse, Max Ernst «  la Vierge corrigeant l’enfant Jésus », Cranach, Rubens, Ingres, Boucher, Trouille, Dali » Jeune vierge (…) », Auguste Clesinger «  Femme mordue par un serpent, Edward Hopper, Fragonard.
Quelques chapitres : bain, baiser, bordel, courbes, croupe, fessée, libertine, main, noms vulgaires, œufs, pin-up, voyeur, …
Succulentes !

Extraits :

-  «  Le globe terrestre est couvert de volcans qui lui servent d’anus » - Georges Bataille.

-  A Dubreuil, un de ses élèves, Matisse indiquait : «  Toute forme du  corps humain est convexe, on n’y retrouve aucune ligne concave. » Ce qui est oublier un peu vite, relève Gilbert Lascault, le creux des aisselles, les fossettes, les oreilles, la fente du sexe féminin, la cambrure de certaines tailles, etc. C’est oublier que la fesse, pour être parfaitement saillante, implique la concavité des reins.

-  Certains esprits farceurs ont même cru, de bonne foi, pouvoir en tirer quelques conclusions sur les fesses des actrices de cinéma, lesquelles obéiraient à trois formules : le carré, le rectangle horizontal et le rectangle vertical. Le carré où s’inscrit le cercle parfait étant le privilège de la beauté classique (Louise Brooks, Marilyn Monroe), le rectangle vertical, cadran les fesses dites en courge ou en cornue, fesses superbes quoique trop vite alourdies (Mae West, Jane Mansfield, Jeanne Moreau, Béatrice Dalle), enfin le rectangle horizontal signalant plutôt la fesse de la très jeune fille ou le genre éphèbe de certaines sportives (Brigitte Bardot, Juliette Binoche), qui serait du reste la moins répandue des trois.

-  Marilyn Monroe, elle, avait adopté la démarche horizontale, dite encore «  sur roulement à billes ». Laquelle, disait-on, était due au port de chaussures à talons très hauts, dont l’un avait quelques centimètres de moins que l’autre.

-  Et comme le dit une rivale admirative, dans le film Niagara : «  Pour porter une robe comme celle-là, il faut commencer à y penser à 13 ans. »

- «  L’homme nu est un mollusque «, disait Lacan


En illustration vidéo : «  Four «  de Yoko Ono (épouse de John Lennon, Beatles),
«  film de sept minutes, réalisé en 1966, qui se révèle être plutôt un carnet mondain de 360 culs plus ou moins célèbres « 

mardi 8 mai 2012

Oscar Wilde : " Le portrait de Dorian Gray "







On connaît l’histoire, le mythe, son symbole. Dorian, un jeune et beau dandy anglais invective le Ciel, provoque le Destin, formule un vœu – hautement diabolique ! -. Texto :
 « Si seulement c’était moi qui devais rester éternellement jeune et le portrait qui devait vieillir ! Pour cela-pour cela- je donnerais tout ! Oui, il n’y a rien au monde que je ne donnerais pas ! Je donnerais mon âme ! « .

Tout est dit ! Il ne reste plus que l’entrée des personnages principaux pour que la tragédie apparaisse, à commencer par la déchéance de Gray. Voici Dorian, le blasphémateur ; Basil Hallward, peintre ; Lord Henri Wotton ; la jeune comédienne Sibyl Vane et son frère, …
Un des plus beaux bijoux de la littérature britannique, une des perles de la littérature mondiale, of course. N’est-il pas ?
Juste une petite réserve (si je peux me permettre ce culot plus que déplacé), le roman contient des flots de sentences toutes aussi philosophiques que cyniques. Excellentes pour les dissertations, les sujets de bac, les insertions de bon ton dans les discours d’hommes politiques, par exemple, mais qui sont, parfois, assez assommantes. Un exemple au hasard, texto sans coupure :

«  La raison pour laquelle nous tenons tant à penser du bien des autres, c’est que nous avons peur de nous-mêmes. Le fondement de l’optimisme, c’est la terreur absolue. Nous croyons être généreux en prêtant à autrui des vertus susceptibles de nous être de quelque utilité. Nous ne tarissons pas d’éloges pour le banquier qui tolère un découvert et trouvons quelque qualité au bandit de grand chemin dans l’espoir qu’il ne nous soulagera pas de notre bourse. Je pense tout ce que j’ai dit. Je n’ai que du mépris pour l’optimisme. Pour ce qui est des vies gâchées, seule est gâchée la vie de celui qui cesse de se développer. Si vous voulez abîmer un être, vous n’avez qu’à vouloir le changer. Pour ce qui est du mariage, bien sûr que ce serait bête, mais il existe d’autres liens plus intéressants entre les hommes et les femmes et que j’ai bien l’intention de cultiver. »


Délicieux et captivant ! ! ! Ah, perfide Albion !


Extraits :
-   Vous ne comprenez rien à l’amitié, Harry ou à l’inimitié. Vous aimez tout le monde, c’est-à-dire que tout le monde vous est indifférent.

-  Les enfants commencent par aimer leurs parents puis, en grandissant, ils les jugent. Il arrive qu’ils leur pardonnent.

-  «  Ce sont les femmes qui donnent aux hommes l’or même de leur vie » -
«  C’est possible, mais elles le reprennent en petite monnaie.

-   La cigarette est le type même du plaisir parfait. Elle est délicieuse et vous laisse insatisfait.

-  Lorsque le fiacre vint s’arrêter devant le théâtre, il eut le sentiment d’avoir vieilli de plusieurs années.

 -  C’est démoralisant de voir du mauvais théâtre

-  (…) Lady Narborough, une femme très intelligente et qui portait, ainsi que Lord Henry aimait formuler la chose, les restes d’une laideur vraiment remarquable.

-  «  Que disent de nous les Européens ? »
«  Que Tartuffe a émigré en Angleterre et s’y est installé comme boutiquier. »

-  «  Tous les chemins aboutissent au même point, ma chère Gladys « 
    «  Qui est ? »
    «  La désillusion « 

mercredi 2 mai 2012

Georges Simenon : " Maigret en meublé "




Alors qu’il surveille de nuit un immeuble où a été découvert un vol, quelqu’un  blesse sérieusement l’inspecteur Janvier. Comme Madame Maigret est au chevet de sa sœur (comprenez la belle-sœur du commissaire), Maigret en personne décide de louer une chambre dans l’immeuble en question, rue Lhomond (Paris –Panthéon) afin d’y mener son enquête. C’est ainsi que Simenon nous décrit dans le détail tous les locataires :
-  Mr Valentin, chanteur d’opérettes, pianiste
-  Melle Blanche, jolie jeune fille de 22 ans qui  lit toute la journée, en déshabillé, et reçoit parfois «  son oncle « 
-  Le couple Léotard et leur bébé
- Oscar Fachin, étudiant, qui copie de la musique pour gagner sa croûte
-  Melle Clément, bien portante, sympathique et curieuse
- Melle Isabelle, dactylo
-  Mr Kridelka, Yougoslave, infirmier dans un asile d’aliénés
- Paulus, jeune homme de 19 ans, timide, pauvre, vend des encyclopédies, le voleur
-  Les Saft, elle étudiante, lui polonais qui a fini ses études en chimie et est aide-pharmacien
-  Mme Keller, concierge
- Mr Boursicault, 60 ans, marin au long court et son épouse, Françoise, 48 ans en très mauvaise santé
Le coupable sera arrêté.
« Ce devait être, plus tard, une des enquêtes que Lucas racontait le plus volontiers, à tel point qu’à la P.J. on finit par connaître certaines de ses phrases par cœur »
Excellentissime ! ! !


Extraits :

- Il y a tellement plus de braves gens sur la terre qu’on ne le pense ! Je ne comprends pas comment on peut voir du mal partout

-  Il y a plus de Parisiens qu’on ne le pense pour qui la plus grande partie de la ville n’est qu’un territoire étranger et qui se confinent dans leur quartier comme dans un village. Il en existe dont l’univers n’est composé que de quelques rues et qui, pendant vingt ans et plus, fréquentent les mêmes brasseries ou le même petit bar.