" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mardi 26 février 2013

Haruki Murakami : " Les attaques de la boulangerie "



Deux très courtes nouvelles pour lesquelles il n’est pas nécessaire de résumer les histoires car tout est dans le titre. Quoique … ! Certains parleront de «  messages subliminaux « …
Amusantes, faciles à lire en tout cas, un tantinet farfelues mais aérées et saines. Quoique… !
 Le tout agréablement illustrées par Kat Menschik, une illustratrice berlinoise d’une trentaine d’années.
Les trois petites phases ci-dessous résument assez bien l’ambiance.


Extraits :

- Dieu est mort, tout comme Marx et John Lennon.

- Ce n’était pas très clair. Mais c’était quelque chose d’existentiel.

- Je devais avoir vingt-huit ou vingt-neuf ans (je ne sais pas pourquoi, je n’arrive jamais à me rappeler l’année de mon mariage)

lundi 25 février 2013

Daniel Charneux : " Maman Jeanne "



Il est comme ça, des gens qui n’ont pas eu de vie. Ou s’ils en ont eu, leur vie est si triste, si triste, qu’on peut penser qu’elle n’est pas, qu’elle n’a jamais existé, qu’elle ne compte pas. C’est le cas de maman Jeanne, née il y a un peu plus de cent ans quelque part en Belgique, mais peu importe…
Toi également, tu voudrais bien en savoir plus sur cette Jeanne, savoir comment s’est déroulée cette vie si triste, si triste. En à peine 80 pages.

Extraits :

-  Il m’avait fait trois enfants au pas de course. Comme au mégot d’une cigarette on allume la suivante. Camille, Fernand, puis l’autre. Le demeuré. Trois en quatre ans.

-  Après tout, certains meurent en naissant avec le cordon autour du cou, ça leur épargne pas mal de souffrance.

-  Il deviendrait avocat, ou professeur, ou peut-être écrivain.

dimanche 24 février 2013

Georges Simenon : " La neige était sale "



L’action semble se dérouler dans un pays de l’Europe de l’Est durant la seconde guerre. Frank, 19 ans, vit chez sa mère Lotte qui tient une maison close où travaillent Bertha, Minna et Anny. Le jeune homme magouille un peu -beaucoup: il finit même par tuer l’Eunuque. Holst, conducteur de tramway l’a vu. Un jour, Frank est enlevé, arrêté et enfermé dans une sorte de prison.
 La bonne moitié du roman raconte lentement tout ce qui lui passe par la tête, nous décrit la cellule, la nourriture, le sommeil, les rêves, les délires, les interrogatoires, … jusque la fin.

Un roman dur, très dur qui date de 1948. Nous sommes à mille lieues d’ « un bon p’tit Maigret ». Ce n’est pas un jugement, juste une constatation. Un roman particulièrement sombre.


Extraits :


-  Ils se «  crochent «, ils se prennent par le bras. Cela fait toujours plaisir aux filles.

-  Pourtant, elle était très petite, mince et dodue à la fois, brune de cheveux, avec une peau dorée sans le moindre défaut. Elle faisait penser à un travail d’orfèvrerie. Elle n’avait pas dix-huit ans, et elle était déjà une teigne.

-  C’est drôle comme les grandes personnes continuent à faire toute leur vie ce qu’elles ont fait à l’école.

samedi 23 février 2013

Liège en 1974

                                                 
                                                               Hôpital de Bavière

                                               
                                                             charbonnage


-  La Meuse, vendredi 15 février 1974

Au T.E.J. (tourisme-étudiant-jeunesse) de Liège, la «  Mason «, rue Sœurs-des-Hasques vient d’ouvrir une galerie d’art spécialisée dans le prêt d’œuvres d’art louées au mois. Des œuvres d’artistes contemporains (peinture, sculpture, gravure, photo, sérigraphie, …). Outre l’inscription (à partir de 100f, 250 frs) la location est de 50 à 300 francs par mois suivant l’œuvre.

- Jeudi 14 mars 1974

Le festival national du printemps sur le parking du Sarma à Ans. Avec la Meuse : - bouquettes à gogo (tout est dans le titre) - La Canne d’or (les meilleurs groupes de majorettes) – les grands galas avec Démis Roussos, Frédéric François, Christian Vidal, Stéphane Steeman, Marion, Tonia, Luc Varenne, Jacques Careuil, Paul Cardinal, … - le grand prix des variétés (trois catégories : orchestre, accordéon, chanson).

-   Coût de la vie

> percolateur Moulinex : 740 frs
> tarte aux fraise 6 personnes : 70 f
> tv noir et blanc 51 cm : 8.375 f
> tv couleur Sony 46 cm : 27.990 f
> rôti premier choix le kg : 204 f
> le litre de super : 15 f
> pain de 800 gr : 16 f
> chou-fleur : 25f – poireaux 20 f la botte – pommes 8 f le kg
> paquet de cigarettes : 27 f (à partir du 1 janvier 1975)

-  La Meuse 3 mai 1974

Aidez les enfants sourds du centre d’audio-phonologie de la rue Saint-Pierre en participant les 4 et 5 mai à l’opération 100.000 souris (en chocolat)

-  Lundi 6 mai 1974

«  Do you speak Martien ? «, comédie musicale kitch des Liégeois Marc Jolivet, musique de Jean-Paul Van Den Bossche. Chaque spectateur reçoit un Martien. Actuellement à Paris.

-  Lundi 13 mai 1974

Miss Belgique 1974 : une Liégeoise. En désignant Anne-Marie Sikorsky, comme Miss Belgique 1974, les jurés du casino de Knokke ont consacré la beauté tranquille. (…)

-  Mardi 21 mai 1974

La rue Saint-Paul est en cours de transformation pour devenir : «  Shopping Street «.
Plus de 82 millions pour commencer l’urbanisation de l’ilôt St-Georges


 -  Mardi 28 mai ‘74

José Brouwers devient directeur artistique du théâtre «  Gymnase «  (suite au décès de Charles Joosen).

- La Gazette de Liège, lundi 14 janvier 1974

A Liège, c’est toujours la sécheresse. Sept années consécutives anormalement sèches.

- La Gazette de Liège, lundi 11 mars 1974

En 1939, le bassin houiller liégeois comptait 46 sièges d’extraction et produisaient 5.521.000  tonnes de charbons. En 1952, il restait 35 sièges. (…) En 1973, quatre sociétés charbonnières subsistaient seulement dans les bassins liégeois avec cinq sièges d’activités (…)

- La Gazette de Liège, mars 1974

(…) Au centre ville, deux points très limités sont particulièrement poussiéreux et pollués : les abords de la cité administrative et l’hôpital de Bavière ( plus loin encore, l’hôpital des Anglais et Valdor ne sont pas en reste). Les installations de chauffage de ces deux grands complexes sont coupables. Pendant combien de temps l’admettra-t-on encore ?

-  La Meuse, vendredi 12 juillet 1974

Six Liégeois dans l’anthologie de «  La Nouvelle Poésie française « : Philippe Dôme, Daniel Fano,  Christian Hubin, Jacques Izoard, Jean-Pierre Otte, Eugène Savitzkaya.

-  La Meuse, jeudi 1 août 1974

Les plus grands travaux jamais entrepris à Liège commencent aujourd’hui : premiers coups de pioche à la Place Saint-Lambert (…)
(…)
Pendant ce temps-là, Papa Prosper (74 ans) est parti pour Londres : il passe à la BBC. Il est accompagné de sa petite fille (7 ans) qui est la ballerine vedette de ses spectacles de rue. Le père Prosper vient de succéder à Frère Alfred au sein de la commune de Saint-Pholien-des-Prés. Il a reçu le titre d’ambassadeur itinérant des quartiers «  folkloriquement sous-développés «.




-  L'Avenir du Luxembourg , 22 août 1974
Incendie du Grand Hôtel des Boulevards

- La Meuse, jeudi 10 octobre

Le premier Salon international du livre de Liège se tient jusqu’à dimanche prochain à l’Emulation. (…)

-  La Meudse, lundi 1 juillet 1974

Installation du procureur de Liège, M. Glesener qui a déclaré : «  Etre né à Liège face au pont des Arches, près de la Meuse, c’est un don de Dieu ! « 



-  L'Avenir du Luxembourg, mardi 31 décembre 1974
Pour sauver un des plus anciens quartiers de Liège menacé de démolition, les habitants de Pierreuse ont organisé une protestation en forme de fête populaire


Merci aux journaux La Meuse de Liège , La Gazette de Liège et l'Avenir du Luxembourg.
Merci aux journalistes anonymes.
Merci à l’Albertine de Bruxelles.



Et plus particulièrement dans mon quartier, Sainte-Marguerite :

- La Meuse, jeudi 7 mars 1974

Six Marocains ont aménagé,  en moins de trois jours, une vieille maison de la rue Ste-marguerite au numéro 39, en centre culturel (café, restaurant, et salle de réunion) pour les deux mille compatriotes de la province.

- Idem, vendredi 15 mars ‘74

Attention à la mort aux rats au quartier Sainte-Marguerite : une centaine de sachets de poison ont été ramassés sans doute par des enfants sur l’aire de l’ancien charbonnage. (…) Si vos gosses sont en possession de sachets en plastic transparents, contenant des grains ressemblant à des bonbons, ils risquent la mort (…)

- Idem, lundi 18 mars

Le service de dératisation de la province de Liège a déposé dans différents endroits de la ville des sachets contenant des grains ressemblant à des bonbons. Ces grains ne sont nullement dangereux pour les êtres humains et les enfants.

-  Idem, samedi 11 et dimanche 12 mai ‘74

Ce week-end, des centaines d’habitants du quartier aménageront un espace vert, une aire de jeux et de sports et un coin de détente au Parc Naimette-Xhovémont. (…) La première opération propreté a eu lieu en novembre 1972. Jeunes et adultes volontaires remplirent plus de huit camions de détritus et d’immondice. (…) L’opération se limitera au site de «   l’arbre rouge «, un vieux poirier dont le tronc a été peint en rouge par des gosses.

-  La Meuse, jeudi 18 juillet 1974

Tout le passé du quartier Naniot à travers l’histoire de cette maison Renaissance mosane (début du XVII ème siècle) qu’on est en train de restaurer. (…) (long article avec photos)
Le propriétaire est M. Georges Yerna, depuis un an. Sise, 100, rue Naniot, elle est le symbole de ce coin de Liège. (…)

-  La Meuse, vendredi 16 août 1974

Mini camp de 3 jours pour permettre aux jeunes de Naimette-Xhovémont d’installer un terrain d’aventure et un bac à sable au site de l’Arbre-Rouge. Une organisation de la maison des jeunes «  Top J «.

-  Idem, mardi 26 novembre 1974

Le «  Sevada «, deuxième du nom a ouvert ses portes, 27, rue Saint-Séverin à Liège, géré par le patron lui-même, «  Amédée «  pour les amis. Le premier se situe à Flémalle-Haute. Agencé dans un style bien de notre époque, ce luxueux établissement vous servira toutes les boissons de la société … ( tû-û-û-û-tt).





                                                         Théâtre " Al Botroule ", " Au Nombril "


-  La Meuse, samedi 14 et dimanche 15 décembre 1974

Un théâtre de marionnettes traditionnelles intitulé «  Al Botroule «  (Au Nombril) installé rue Hocheporte,3, à Liège dans de superbes bâtiments du XVIII ème siècle, présentera : «  Lî Naissance «  par «  Les Marionnettes de Thorix «  à partir de ce samedi 14 décembre jusqu’au 11 janvier prochain.
Jacques Ancion, qui anime «  Al Botroule «,  avec son épouse Françoise, s’occupe de marionnettes depuis une dizaine d’années. «  Al Botroule «  fut ouvert officiellement le vendredi 13 avril 1973. A ce  moment, la capacité de la salle était de douze adultes maigres. Actuellement, elle peut recevoir quarante personnes. (…) Prix de la place : 20 francs.

- Idem, samedi 28 et dimanche 29 décembre 1974

Les travaux d’électrification de la ligne de chemin de fer Palais-Guillemins vont nécessiter la démolition de trois immeubles situés à l’entré de la rue St-Séverin. Le Ministère des Communication a autorisé la Ville à récupérer certaines façades intéressantes au point de vue architectural. Dont la façade à colombages de l’immeuble n° 1 de la rue St-Séverin qui sera entreposée à la Chartreuse en attendant d’être remontée dans un autre endroit de la ville.

mercredi 20 février 2013

Jean-Marie Gourio : " Sex Toy "




Elle, c’est Didrie, treize ans, la boule à zéro, elle porte des pantalons-treillis et boit de la bière ou de l’alcool, du matin au soir + la nuit. On la surnomme «  Sex Toy ». Elle a une mère qui s’occupe d’enfants autistes, un père qui bosse à France-télécom, la boite où l’on se suicide volontiers ; un grand frère de 17 ans et une petite sœur qu’elle adore. Elle a un vrai fiancé : Frankie.
Elle traîne avec des amis et finit par perdre le sens des choses, elle embrouille tout, quoi.

«  Manu a quatorze ans, Yousef en a quinze, moi treize. On voudrait mourir jeunes qu’on s’y prendrait pas autrement. »
«  Tic se découpe les bras au rasoir et il se plante des aiguilles ou il se brûle avec des cigarettes. Ca lui fait pas mal. Même ça lui fait du bien. Il doit pas peser plus de vingt kilos et encore tout mouillé de téquila. « 
«  Il paraît que le docteur avait dit qu’une pré-cirrhose à quatorze ans, il avait encore jamais vu ça »
«  Frankie a tout de suite vu que j’avais envie de picoler et m’a prévenue qu’il fallait que je me calme. T’as vu l’âge que t’as, m’a renvoyé méchamment Frankie, t’as vu l’heure, t’as vu le bar, t’as vu ce que tu as fait, t’as vu dans quelle merde on est, toi tu veux picoler du blanc, tu plaisantes ou quoi. »

Sexe, drogue, alcool et violence, c’était au 20 ème, dans les années ’60 par là. Voici la version du début du 21 ème siècle et c’est quelque chose … Et en plus, maintenant, on les prend au biberon.

Un roman féroce qui vous gobe tout cru. Le style de Jean-Marie Gourio est percutant : de petits bouts de phrases qui vous flinguent sur place, vous arrachent les tripes et c’est Sex Toy qui raconte sa courte vie.

Ca arrache !    Grave !

samedi 16 février 2013

Hommage à Jacques Blanjean




Jacques n’était pas un ami proche, plutôt un bon camarade, d’un abord agréable. Avec le recul de quelques jours maintenant, j’aimerais brièvement écrire ces quelques mots – car curieusement, ces anecdotes ne sont pas si futiles que cela- ; et me souvenir, avant qu’ils ne tombent dans l’oubli,  de ces moments si singuliers où nous nous sommes côtoyés.

Je me souviens de toi au volant de ta Simca 1000, fin des années ’60 à bord de laquelle nous allions faire des tours, ici et là, à Gouvy, ou un peu plus loin, dans le style des « virées » que l’on retrouve dans le film «  American Graffitis «. Nous étions le plus souvent (beaucoup) plus que quatre dans la voiture… Ambiance !

Je me souviens de la pièce de théâtre que nous avions monté à la Maison des Jeunes, sous la direction sévère mais amicale de Gilbert Neybuch. Je crois qu’il s’agissait de «  Occupe-toi d’Amélie «  de Feydeau. Je fus exécrable lors de notre unique représentation sur les planches du «  Ciné chez Nous «, tandis que, toi, Jacques, tu te révélas être un comédien brillant.

Nous nous sommes aussi pas mal côtoyés dans les bistrots- par exemple chez Thérèse, au « Harnais », chez Frank, ou au buffet de la gare- plus particulièrement dans les années ’60-’70 avec des tas de « mauvais camarades «  dont je ne vais pas citer les noms ici (on n’en finirait pas). Ce fut également mémorable, que dis-je inoubliable (hé ! faut que jeunesse se passe).

Je me souviens, quand Jacques passait dans mon magasin, au tout début des années 2000, qu’ il ne manquait jamais de s’enquérir sur le bon suivi de mon sevrage alcoolique, avec à chaque fois, un mot d’encouragement – je savais que je pouvais compter sur son aide en cas de rechute – Merci, Jacques !

Ce fut aussi toi qui nous (mon amie et moi) conduisis avec ta super voiture de la gare de Gouvy à l’école nomade de Limerlé que nous désirions visiter. Je crois que c’était en 2010.
Nous nous sommes revus, une dernière fois, à l’hôpital Saint-Joseph à Liège, pensant comme les membres de ta famille et beaucoup de tes amis, que tu allais passer outre, … et puis…

Je te salue ici, toi que j’appelais «  Maitre Jacques «  avec un accent tonique bref mais sonore sur le «  a « et merci encore, le plus sincèrement du monde,  pour tout !

P.S.-Addendum : le mardi 5 février, le lendemain de ton décès, je me suis rendu dans la première église du boulevard d'Avroy au numéro 54 , à 17h45 pile, pour y écouter les soeurs bénédictines chanter les vêpres du soir. Si cela ne devait pas changer le cours des choses, ça ne pouvait pas faire du mal. En ta mémoire !

jeudi 14 février 2013

Georges Simenon : " Antoine et Julie "



Antoine et Julie habitent un appartement rue Daru à Paris. Il est prestidigitateur. Ils ne roulent pas sur l’or mais assurent leur quotidien. Ce n’est d’ailleurs pas là le problème, il est ailleurs. Il le sait, Antoine ne devrait absolument pas boire mais toutes les occasions sont bonnes pour s’arrêter dans un bar, siffler en vitesse un gin ou un cognac, peut importe. Julie, elle, a un autre problème. Même deux puisque sa santé est maintenant gravement atteinte.
Georges Simenon, grâce à son immense talent, nous fait littéralement entrer dans l’intimité de leur vie, sans nous ennuyer le moins du monde, que du contraire. Il nous décrit, par exemple, par  le menu détail, comment se passe leur dimanche ou une certaine nuit de Noël qui tourne à l’invraisemblable, à l’ignominie même. «  Nous sommes tous des salauds «  répète à l’envi Dagobert, un collègue d’Antoine (et si c’était vrai ?)

Encore un excellent Simenon comme tant d’autres … ! ! !
Sans compter que l’auteur de Maigret (comme on le qualifie souvent) à l’art consommé de nous rendre mal à l’aise car il fouille là où normalement on ne trifouille pas …

Extraits :


- Les vrais œufs durs, ceux qui ont un sens, ce sont ceux qu’on dévore à quatre heures du matin, les mains bleues de froid, les pieds douloureux, après avoir compté ses dernières pièces au fond de sa poche, parmi des gens qui sentent la bête malade.

-  Ils ont peu d’argent, juste assez pour durer. Et c’est par peur de déranger les autres locataires qu’elle se déplace comme une souris avec l’air de demander pardon d’exister. (…)

- Demain, elle affirmerait qu’elle n’avait pas ouvert la bouche et qu’il s’était battu seul contre ses fantômes.

- Si le monde existait réellement, encore restait-il à savoir ce qu’il y faisait et ce que faisaient les gens qui autour de lui, mettaient un tel sérieux, une telle passion à s’agiter. (…) Un jour, il finirait par trouver la réponse. Il n’était pas imaginable que, depuis que le monde est monde et que les hommes naissent et meurent, personne ne l’ait trouvée. Il y en avait des milliers, des millions qui vivaient comme s’ils savaient, et ils ne pouvaient pas tous feindre.

- Il ne bat pas sa femme avec une ceinture, lui, et n’a pas besoin de ça pour se croire un homme. Il sait qu’il n’en est pas un, plus exactement, il sait maintenant ce que vaut un homme : rien du tout. Ce qui compte, c’est de faire semblant.

- Il se baissa pour la toucher et, quand il se releva, il sut qu’il était veuf.

dimanche 10 février 2013

Daniel Charneux : " Comme un roman fleuve "



Ce dernier roman de Daniel Charneux est d’abord une invitation à des promenades dans cette cité, dite «  ardente «  qu’est Liège (Lîdge pour les intimes). A commencer par les ponts, qui constituent la respiration du roman,  ceux-là même qui sont suspendus au dessus de la Meuse, de celui de Fragnée à L’Atlas. Puis, les quais, les rues, les parcs, les bistrots, les ruelles, les odeurs, les sons … les gens. Bref, tout ce qui fait que Liège est Lîdge. Et Daniel Charneux va même dans des détails … croustillants, comme une, ou si pas LA bonne manière de manger des frites-mayo, de boire un «  liégeois « (orangeade + grenadine) ; ou encore l’évocation du mémorable match des la saison footballistique 1960-1961, cette mythique rencontre au sommet Standard versus F.C. Liège.
De belles lignes, de belles pages liégeoises, qui gageons-le, rentreront pour certaines dans des anthologies, pas maintenant mais plus tard, quand nous seront bien vieux, à la chandelle, dévidant et filant …
Mais, en filigrane à cette déclaration d’amour à la ville, à sa ville, vient se greffer une histoire d’amour. Il vous faudra peut-être attendre, deviner quel secret se cache entre François et Sonia. On soupçonne quelque tragédie et, effectivement, elle est de taille. Seconde invitation donc.

Un roman à classer parmi  «  Pédigrée « de Georges Simenon  «  Un gamin d’Outremeuse «  de Jean Jour, certains romans de René Henoumont, …


Extraits :

 -  Rêve que tu rêves, petit, ça vaut mieux que de croire que tu vis.

- (…) l’essentielle différence entre hommes et femmes : elles nous comprennent si bien, songeait François, et nous ne les connaissons jamais ; nous passons notre vie à dessiner une carte d’un pays dont les frontières sans cesse reculent.

-  Et puis chacun, en somme, était le handicapé d’un autre : moins beau, moins fort, moins rapide, moins souple, moins intelligent … cela n’empêchait pas la plupart des humains d’accéder au bonheur.

vendredi 8 février 2013

Liège en 1967



Tous les extraits d’articles ci-dessous sont issus du journal «  La Meuse de Liège «  de 1967.

- «   La Meuse «, vendredi 6 janvier 1967
La nouvelle piste pour autobus du boulevard d’Avroy à Liège a été inaugurée par le ministre Bertrand. Après l’inauguration, le ministre a dit : «  Ce tronçon de site propre doit normalement s’intégrer dans un axe nord-sud allant du Pont de Fragnée jusqu’à Coronmeuse en passant par les Guillemins et la Place St-Lambert. (…)

-  Mardi 10janvier
Début prometteur de la nouvelle compagnie théâtrale liégeoise du «  Bateau Ivre «  rue Lambert-le-bègue. (…) La troupe est constituée en majeur partie de jeunes étudiants. Des spectacles sur de thèmes d’actualité, propres à réveiller la conscience collective de la société.

- Samedi 21 et dimanche 22 janvier
Prévu à Liège : l’élargissement du quai St-Léonard et (peut-être) un tunnel pour piétons sous la Meuse qui remplacera la passerelle Saucy. (…)

-  La Meuse, vendredi, 10 février 1967
Voici la situation du chômage :
A Liège : 7.751 hommes        2.876 femmes       Total : 10.627
Province de Liège   10.542 hommes     4.144 femmes    Total : 14.686

-  Samedi 25 et dimanche 26 mars
Plus de trams verts place de la République française !
 Depuis 1933, chaque motrice a parcouru 2.250.000 km (plus de 56 fois le tour de la terre)

- Vendredi 4 avril
L’opération «  H «  (du 24 au 26 avril) doit permettre de réunir les millions nécessaires pour construire une maison baptisée «  L’Horizon «  pour garçons moralement abandonnés, rue Chauve-souris, à Liège. (…) Pour 500 francs, vous pouvez offrir un lit, pour 250 frs des couvertures, pour 100 frs des couverts, et pour 50 frs 10 briques.

- Mercredi 10 mai
Les «  Bains «  liégeois de la Sauvenière (25 ans d’existence) ont enregistré 175.000 entrées en ’66 contre 23.000 en ’43.

-  Quelques prix :
>   Le paquet de cigarettes passera de 13 frs50  à 16frs50, le 1er juillet
>   le journal : 3 francs
>   Coccinelle VW à partir de 25.000 frs
>   enregistreur à cassettes Philips : 4.450 frs
>   Sncb, une belle journée à la mer, Liège-Ostende, aller et retour : 225 frs
>  pension pour un employé marié : 6.380 / mois
>  pension pour un ouvrier marié : 4.934
>  pension pour un mineur marié : 5.947
>  pension pour un indépendant marié : 3.063
>  tourne-disque Teppaz à partir de 2.175

- La Meuse, mercredi 22 juin 1967
La nouvelle batterie de 22 fours de la S.A. Cockerill-Ougrée Providence, inaugurée à Seraing, produira 365 tonnes de coke par jour.

-  Lundi 3 juillet 1967
Pour la première fois, le camp des jeunesses musicales de Belgique aura lieu dans la province de Liège, à Saint-Roch, Ferrières, du 23 juillet au 16 août.(…) Le but de ce camp est de permettre aux musiciens une saine détente et de les aider à trouver, dans le calme de la nature, une sensibilité musicale éprouvée par l’acticité des villes.

- Mercredi 4 juillet
Le plancher du 1 er étage à cédé : un tonne de bonbons a «  envahi » la boucherie de Gérardrie à Liège.(…) Des dragées dans le salami. Dans cet immeuble ancien, la firme Van Parijs avait fait entreposer à l’entresol une tonne de dragées en boites et patatra …

-  La Meuse, mardi 25 juillet 1967
Odette Dricot est la jeune liégeoise de 21 ans qui fut proclamée «  Marianne 1967 «  à l’occasion des fêtes du 14 juillet à Liège. (…) Elle trouve les hommes formidables …. Jusqu’à trente ans. (…)

- Samedi 30 septembre et dimanche 1 octobre 1967
Aujourd’hui et demain, sur le canal Albert, si le vent n’atteint pas les 30 km/sec, déménagement extraordinaire du Pont de Vivegnis, pesant 1.200 tonnes, qui est d’une longueur de 90 mètres, un kilomètre plus loin. Il voyagera sur deux péniches. (…)
(note, avec quelques heures de retard, mission accomplie).

-  Jeudi 5 octobre
Accident ferroviaire.
Les internationaux liégeois de football qui partaient en train pour Bruxelles racontent la tragédie de Fexhe-le-Haut-Clocher. 11 morts, 47 blessés dont 38 graves. (…)

- Vendredi 13 octobre
Liège va les applaudir : Darius Milhaud (le 25 octobre) et «  Le Ballet du XX ème siècle «  de Maurice Béjart (le 21 décembre) vont venir à l’Opéra de Wallonie.

-  Lundi 30 octobre 1967
L’Université de Liège fête ses 150 ans !
Vingt-trois rues de Liège portent les noms d’un ancien professeur (…)
(Longs articles ce jour et les suivants.-
A dix kilomètres du centre de Liège, dans un domaine de 577 hectares, l’Université du Sart Tilman sera l’une des plus belles d’Europe.

-  Mercredi 8 novembre 1967
Roger Francel a été pris d’assaut par une dactylo, une strip-teaseuse, une covergirl. Détail au Théâtre du Gymnase dans «  Demeure chaste et pure «, dès samedi. Incroyablement drôle !
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Merci au journal «  La Meuse de Liège «  et aux journalistes anonymes   ! ! !

lundi 4 février 2013

Liège en 1963







                                                  Les bains de la Sauvenière


                                                  Gerd Müller et Jean Nicolay


Quelques prix de 1963
 >  le journal «  La Meuse » : 2 francs 50
>  poulet, le kilo : 52 frs
>  rasoir Philips deux têtes : 895 frs
>  paquet de cigarettes : 15 frs
>  Simca 1.000 : 59.900 frs



-  «  La Meuse », mardi 1 janvier 1963
Mgr Kerkhofs, évêque émérite de Liège est mort à quatre-vingt-quatre ans





- «  La Meuse », lundi 14 janvier 1960
Les gosses sont à la fête car l’étang du parc de la Boverie s’est transformé en solide patinoire



-  « La Meuse » samedi 19 janvier 1963
La neige sans nuage est phénomène courant à Thulé ( Groenland), rarissime dans nos régions. Il est tombé sur Liège de la neige polaire. En sortant de chez lui, un retraité de 70 ans a été foudroyé par une congestion provoquée par le froid. Un élève de l’école d’hôtellerie a eu les cheveux gelés en sortant des bains de la Sauvenière. Le thermomètre éclate à – 20 °



-  Vendredi 28 février
Le perron place du Marché pris dans la glace



-  Le café « Maigret », place de l’Yser



- Mercredi 1 mai 1963
Le grand cortège liégeois du 1 er mai a duré plus de 2 heures



-  Vendredi 3 mai 1963
Quelques centaines de mètre avant l’arrivée de Liège-Bastogne-Liège, le virage en épingle à cheveux de la Montagne Sainte-Walburge



-  Lundi 6 mai 1963
La dernière côte de Liège-Bastogne-Liège, montagne Sainte-Walburge. Arrivée au parc de la Citadelle. Vainqueur : Melchenbeek



-  Vendredi 10 mai 1963
Le collège St-Servais a 125 ans



- Lundi 20 mai 1963
Les concurrents d’un rallye-auto au boulevard de la Sauvenière



-  Lundi 10 juin 1963
Samedi soir à Sclessin, le Standard a présenté toutes ses équipes. Comme en 1958, le Standard termine avec 44 points et, comme en 1958, il n’a concédé que 21 buts

- La Gazette de Liège, lundi 10 juin 1963

Cinq ans après le début des travaux, le Pont Neuf se termine … Encore quatre mois ! Sur la rive gauche, un gratte-ciel de près de 50 étages (113 m. de haut).



- Samedi 3 août 1963
Il était exactement 12h31, vendredi, lorsque ce spectaculaire accident s’est produit au coin de la rue Feronstrée et la rampe du pont Maghin entre une «  américaine «  et un tram 4. S’ensuivit une sensationnelle perturbation




- Mercredi 19 septembre 1963
La nouvelle cité administrative – 65 mètres de haut, 18 niveaux, 28 services, 600 employés – a été inaugurée



-  Lundi 23 septembre 1963
Le «  Tchantchès », premier bateau-pousseur belge a été baptisé.
Sur la photo : « Le Tchantchès » poussant deux barges qui contiennent au total 2.500 tonnes de charbon a traversé la ville pour atteindre Seraing après avoir fait escale au palais-des-Congrès



-  Samedi 14 décembre 1963
Trois mille ampoules illuminent le décor de Noël de la place Saint-Lambert, devenue un gigantesque chapiteau




Et plus particulièrement au quartier Sainte-Marguerite :



- «  La Meuse », 12 février 1963
Le Cercle Ste-Marguerite va fêter son 75 è anniversaire
Actuellement le Cercle Sainte-Marguerite compte 150 membres. Le comité est jeune, dynamique. Il a remis tous les locaux en état. Ces locaux-là accueillent régulièrement un cercle de billard, un club de ping-pong ;  on y trouve un bowling, une salle de théâtre, un bar et une bibliothèque. Et c’est là que les «  Bûches Chantantes » répètent.



-   «  La Meuse », samedi 14 février 1963
Manou (7 ans) et son papa sont morts asphyxiés dans la maison en feu de la rue Saint-Séverin



- «  La Meuse », mardi 19 février 1963
Partout de fleurs aux funérailles de Manou et de son papa mort pour elle. Sur les cercueils, dans les bras des écolières, et il a fallu un corbillard rien que pour les gerbes et les bouquets des habitants de Saint-Séverin



- Vendredi 8 mars 1963
Le Cercle Sainte-Marguerite a fêté ses 75 ans

  La Meuse du jeudi 2 mai 1963

L’étonnant sans gêne de quatre gosses de Liège.
A l’heure même  où deux petits frères d’Amercoeur s’offraient du cinéma – «  Exodus «, en scope et en couleurs – avec 450 francs volés à grand-maman, deux enfants de 5 et 10 ans de Sainte-Marguerite s’amusaient à se faire ramener dans la camionnette de la police. Parce qu’ils feignaient de ne plus savoir où ils habitaient, ils ont fait plus de 50 km à travers Montegnée, Glain, Hollogne-aux-Pierres, Grâce-Berleur … Au petit jeu «  ce n’est pas ici qu’on habite ce serait plutôt ailleurs «, ils ont failli faire perdre patience aux policiers.




-  Mercredi 8 mai 1963
On place un grand collecteur d’égout entre les rues Ste-Marguerite et Mississipi



-  Mercredi 3 juillet 1963
Nouveauté rue Léon Mignon : l’auto-building cadran





- Lundi 20 juillet 1963
L’énorme révolver n’a pas effrayé Eugénie Fagnoul, l’épicière de la «  Fruiterie de Fontainebleau »





-  Mercredi 7 août 1963
Les «  Bûches Chantantes » habitent le quartier Sainte-Marguerite



-  Mardi 15 octobre 1963
Dans la «  Tour du Diable », rues St-Hubert / rue de la Montagne, des Liégeois font écouter du vrai jazz dans un décor vieux de dix siècles



-  27 octobre 1963
Marseille au Cercle Ste-Marguerite avec le «  Marius » de Pagnol. Mise en scène de Guy Villers





- Vendredi 22 novembre 1963
Le dernier apéritif du criminel de Sainte-Marguerite



-  Lundi 23 novembre 1963
Dévalant la cote, le camion aux freins brisés percute une file de véhicules rue Sainte-Marguerite



-  Jeudi 28 novembre 1963
Cent cinquante anciens au centenaire du patronage Saint-Joseph



-  Samedi 7 décembre 1963
Contre les inondations au quartier Sainte-Marguerite : un collecteur de 116 m. est placé rue des Bons-Enfants

-  Samedi 29 décembre 1963
Des milliers de dégâts à la suite du crash de la rue Sainte-Marguerite. La collision entre deux poids-lourds au carrefour de la rue Henri Baron a lancé l’un d’eux dans quatre façades.

Merci au journal «  La Meuse » ! ! !
Merci à ses journalistes anonymes  ! ! !
Merci à la bibliothèque Albertine de Bruxelles ! ! !


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En bonus :

- Liège-Bastogne-Liège en 1963 :


dimanche 3 février 2013

Georges Simenon : " L'Ours en peluche "




Curieux roman que cet «  Ours en peluche. Imaginez que vous soyez le double de l’obstétricien Jean Chabot, son ange gardien, que vous soyez juste, là, à côté de son cerveau. Vous voyez donc bien son épouse, son fils qui veut devenir reporter, sa fille qui veut être actrice. Vous voyez également sa mère qui déteste les riches, sa secrétaire Viviane. Vous le voyez opérer dans son hôpital, rassurer ses patientes, … Pourquoi donc finirez vous par tuer quelqu’un ? A cause de la fatigue accumulée car vous ne dormez jamais plus que 6 heures par jour et vous ne prenez jamais de vacances ? Parce que vous avez dépassé vos limites ? Mais il y a peut-être d’autres raisons, plus enfouies, celles-là ?

Oui ! Vraiment un drôle de roman que cet ours ; mais un brillant, une fois de plus !

Extraits :


-  Elle avait vingt-quatre ans et, à ses yeux, un homme de quarante-neuf ans était déjà un vieillard.

-  (à propos de Chabot et de Viviane qui sont amants)
Ils ne s’embrassaient pas, ne se serraient pas la main.

-  Je pourrais aussi t’appliquer des tests … Tu te souviens de celui de Catell, (…) le test de Rorschach (…) le teste de Mira où l’on peut mesurer son degré d’agressivité.