" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 29 avril 2013

Robert Ruwet : " Vingt légendes du pays de Liège "







Des légendes, pour la plupart crées de toutes pièces par l’écrivain liégeois Robert Ruwet, où se mêlent habillement l’histoire de la fameuse Cité, dite ardente. Comprenez qu’on y apprend des chôses. Elles sont donc efficaces, première qualité d’un écrivain.
Avertissement : ne comptez pas y trouver des histoires de princesses enfermées dans des châteaux, de princes charmants et fols d’amour, de preux chevaliers, … Que nenni ! (ce n’est pas trop le genre de la maison). L’auteur préfère les fantômes – il en a d’ailleurs rencontré un, > lire «  le fantôme du vieux gymnase «-, les vampires, les malandrins, brefs des gens pas très recommandables. Il aime également flirter avec les arcanes de l’espace et du temps, la quatrième dimension, la mécanique quantique. Oufti !

 L’occasion nous est donné de parcourir les rues de Lîdge,- lire entre autres > «  Cervelle et boyaux «,  des lieux oubliés – «   Le curé de Saint-Nicolas-aux-mouches «, « Le bête du Chaffour «, «  Le Bingo du diable «, «  La cigogne de pierre «. Le quartier Sainte-Marguerite est lui aussi bien visité –   «  La ruée vers l’or «, «  Thomas, gardien des enfers «.

On le sait maintenant, rapport à ses déjà nombreux écrits, Robert Ruwet manie l’humour – le plus souvent noir, hé ! - avec une dextérité redoutable et vous risquez bien fort de vous surprendre, ici et là, en train de vous esclaffer de rire. Il aime également vous prendre à témoin (quitte à vous rouler royalement dans la farine), autre qualité intrinsèque de notre homme.  On ne s’en plaindra pas.

 Voici donc un splendide ouvrage pour tout public (presque), historique,
didactique et humoristique.



Extraits :


-  Naguère, une autre voie reliait la rue Souverain-Pont à la rue de la Madeleine (…) elle portait un nom qu’on ne peut  oublier : la rue Ma Tante Sara. Personnage historique, et appartenant de plein droit au panthéon de nos gloires locales, cette ma tante était dam di scole (« institutrice «  en wallon) dans un minuscule local situé dans une minuscule rue. (…)

-  La paroisse de Saint-Nicolas-aux-mouches ; l’église en était minuscule, le presbytère avait des allures de niche pour chien de taille moyenne. Il s’agissait pourtant d’une bien vieille paroisse (an 1030) (…)

-  Edmond Jamar naquit à Liège le 14 mai 1853. (…) Il marqua de son empreinte trois illustres bâtiments liégeois : en 1901, la Grand-Poste (abandonnée), en 1905, la gare du Palais (détruite !), et en 1914, l’église Saint-Pholien. Trois bâtiments au style néogothique évident…

-  ( Robert Ruwet parle ici d’un moment particulier de sa vie)
C’est dans cette « Musara «  que j’ai décroché mon premier vrai rôle dans un vrai théâtre. Avant cela, je n’avais connu que des spectacles du style patronage que d’éphémères bandes d’illuminés montaient à droite et à gauche. Et pour ce premier grand rôle, j’avais droit à la salle du Gymnase ! C’était inimaginable. (…)

dimanche 28 avril 2013

Ca crache !





Si vous aimez l'orgue, tout est dans le titre :

Instantanés de ma vie liégeoise ( suite 21)




Cela faisait déjà des lustres si pas des lunes que je n’ai pas écrit mes instantanés liégeoises. Donc voici des nouvelles de môa – quel scoop, pas vrai ! – Je ne voudrais pas vous laisser plus longuement en manque …
Une semaine très musicale :

*  Dimanche 21 avril 2013, «  Concert apéritif «  aux Chiroux, que je suis fidèlement depuis des années déjà. De la musique classique. Un assez bon cru annoncé comme suit : « La prestigieuse harpe, dont l’origine remonte à l’antiquité, sera associée au trombone et à la percussion, ce qui n’est pas commun. Les guitares (pas grattées) seront partenaires du quatuor à cordes et en ensemble. En soliste, du piano et du violon évidemment et cette fois la séquence vocale sera consacrée à la mélodie ». Des morceaux de bonheur …
* Jeudi 25 avril, concert de midi en la salle académique de l’Université de Liège place du XX août. Et quelle salle !, rénovée, et quel plafond !, hallucinant, une pure beauté !  Normalement, c’est de la musique classique qui est proposée au public mais une fois n’est pas coutume. Place au quintet «  Houben’s Factory «. A signaler une composition de Greg Houben qui la présenta ainsi : « une musique exclusivement sexuelle mais comme elle est sans parole nous n’en saurons pas plus «. Ou encore de Steve Houben : «  une composition intitulée «  métallica, pour son côté … métallique «  Oufti, toi ! Le tout jeune percussionniste Antoine Pierre a fait pèter l’applaudimètre.
* Vendredi 26 avril, concert du trio de Nathalie Loriers au centre culturel d’Ans –Alleur. Là on flirte de très près - et même lors de quelques instants carrément au sublime. Par exemple : «  Les 3 petits singes «. Frissons garantis ! Et puis comme le suggérait si bien Nathalie, nous avons pu ressentir la présence jazzuistique de Jacques Pelzer et autres musiciens  liégeois entrés dans la légende…
* Samedi 27 avril, répétition générale de «  La mélodie du bonheur «  interprétée par la troupe d’opérette «  Belcantissimo « à l'institut St-Laurent ; samedi, car dimanche  les plus de 300 places de l'auditorium étaient déjà réservées. De bons moments, émouvants et  / ou drôles. Toujours bons à prendre évidemment.
* Et en bonus, ce dimanche 5 mai, à l'OPL boulevard Piercot, un concert sur les orgues du conservatoire avec des oeuvres de Bach ainsi que les extraordinaires " Tableaux d'une exposition " de Moussorgski. Géant, énorme ! Et une fois de plus et par surcroît, en bonne compagnie : celle de mon amie Marie.

* Les commerçants liégeois, comme tous leurs confrères  d’un peu partout dans le monde, ne sont pas toujours de première amabilité, ce qui est pourtant une qualité première dans la profession. Enfin, bref. Mais il en est quelque- uns qui sortent du lot. Par exemple
> La boulangerie Schamp, rue de la Régence. Monsieur, madame la boulangère toujours d’une grande amabilité, un bonjour, un sourire, un au revoir, un mot gentil. C’est rare ! Et la jeune dame, serveuse donc, oufti ! Quel plaisir d’entrer dans ce magasin. On ne chantera jamais assez les bienfaits du sourire de la boulangère …
> Juste en face, la librairie toujours appelée par les Liégeois «  Chez Bellens «, là également un mot gentil, un sourire, un bonjour. Pas si courant que cela.
> mon coiffeur attitré, monsieur Raymond, rue de l’Etuve. Ici pas de shampouineuse, l’homme travaille à cru (si j’ose employer cette image), juste un p’tit psssshhhiit pour humecter les cheveux et hop, c’est parti : 10 à 14 minutes chronos. Le prix 6 euros 50 et vous repartez comme un sou neuf en ayant eu de la conversation liégeoise en prime. Comme le disait si justement notre ami à tous Hannibal dans -  le silence des agneaux «-: «  La qualité la première, Clarisse, la simplicité ! «.
> Le libraire de la rue  Ste Marguerite, d’où ce que je vais chercher ma Meuse quand je vais au lavoir, à St-Jo, ou boire une jatte de café dans un bistrot du quartier. Toujours un mot, lui aussi, une plaisanterie, la dernière vanne du moment, etc… Pourtant,  ce n’est pas avec ce que je lui achète qu’il deviendra riche un jour mais il est comme ça l’homme : sympa !
> Ya bien les serveuses dans les cafés, les bistrots, mais on ne peut pas s’y fier : l’humeur y est changeante et d’un jour à l’autre elle(s) ne vous acompte(nt) plus … Misère ! Note qu’au bistrot «  le parking «  au pied de l’affreux haut building de la Ville, on vous souhaite toujours bien le bonjour poli-aimable pas uniquement commercial (du moins j’ose l’espérer). Enfin pour les autres bistrots, en gros, ça va quand même.


* Autrement, je circule à Liège, un peu partout au centre-ville et aux alentours immédiats. Promenades quasi quotidiennes du côté de la terrasse des Minimes, du sentier de la ferme de la vache, des coteaux de la citadelle, du bois des carmélites. Mais quand, par hasard, je m’aventure dans d’autres contrées qui sont d’ailleurs fort proches, je tombe todi de ma maclotte et je me dis que je ne connais absolument rien de ce qu’on appelle le grand Liège. Donc il faudra y remédier au plus vite ! A suivre >>>>>>>>>>>>>>

mardi 23 avril 2013

Jean Jour et Michel Elsdorf : " Les commerces liégeois d'autrefois "




   

                              " Chez Culot, rue Léopold, dont le patron ressemblait diantrement à Victor Hugo "

                                        

                                     Le fameux théâtre Gymnase

      

                                        Métier oublié et plus qu'insolite : réparateur de poupées.


                                 Les chaussures Miklaski, rue Saint-Séverin  
                                            (cliquez sur les images pour les mieux voir)


Note : en espérant que messieurs Jean Jour, Michel Elsdorf et leur éditeur ne m'en voudront pas d'avoir scanner ces quelques photos.
 Merci à eux !




Un étonnant et amusant flash-back, comme on dit en angliche, dans le passé de Liège via des photos, parfois cocasses,  souvent insolites, drôles, agrémentées de notes, commentaires et légendes du journaliste et écrivain liégeois Jean Jour. Tout cela est empreint d’une nostalgie certaine ressentie par l’auteur qui éprouve – à juste titre, sans doute - ce «  bon vieux temps « en regard d’un présent, d’une modernité qui peuvent parfois rester en travers de la gorge des plus anciens d’entre nous. Mais il faut bien faire avec, comme on dit, tout en veillant à éviter de re-commettre les erreurs du passé, (soyons vigilants !).

Sept grands chapitres : l’alimentation – l’habillement – la maison – les loisirs – les grands magasins – les services – la publicité.
Et comme je suis de plus en plus branché sur Sainte-Marguerite-, signalons que quatorze photos de commerces de ce quartier sont présentées dans cet ouvrage ainsi que deux affiches.

Encore une merveille sur notre bonne ville de Liège !

Aux Editions " Noir Dessin Production " en 2007.


Extraits :


-  La plupart des pâtisseries d’alors pratiquaient l’abonnement : pour un sou quotidien, on pouvait picorer dans les gâteaux, les dragées, les meringues, et tout cela finissait évidemment par donner soif. Bien entendu, la boisson n’était pas comprise dans l’abonnement !

-  Rue de la Montagne, qui monte du boulevard de la Sauvenière vers Saint-Martin, la maison Matagne se qualifiait de «  chef-d’œuvre des pâtissiers ». (…) Le nom Matagne conservera sa popularité, à partir des années 1940, en devenant une maison renommée de … grands passages temporaires pour couple de même.

-  Le soldat d’origine russo-polonaise, Léon Miklaski, prisonnier des Allemands pendant le Première Guerre, parvint à s’enfuir et trouva refuge à Liège. En 1918, il racheta des godillots de l’armée US et s’en alla les proposer à pied, de faubourg en faubourg. Il repartit au pays chercher sa dulcinée, et revint à Liège ouvrir un petit magasin de chaussures rue des Prébendiers, puis dans le quartier Saint-Séverin, alors en plein activité, où l’on connaissait cependant treize  commerces du genre. Ne  tenant pas devenir ni avocat ni pharmacien, son fils Raphaël prit la relève d’un commerce où l’on avait l’habitude de se lever tôt et se coucher tard car il fallait servir les mineurs du charbonnage voisin qui passaient au magasin pendant leurs pauses.

-  Le théâtre Gymnase a laissé des souvenirs chez plusieurs générations passionnées de théâtre, y compris chez les étudiants qui assistaient aux matinées classique et deviendront pour la plupart des abonnés inconditionnels.


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Bonus. Ce qui suit n'a pas grand chose avec le livre, mais pour le fun (comme on dit en anglische), voici la confession de Michel Elsdorf :

http://www.facebook.com/photo.php?v=10151321960998503&set=vb.812073502&type=2&theater

samedi 20 avril 2013

Marie Delcourt : " Cuisiner. Méthode à l'usage des personnes intelligentes "






Marie Delcourt, née à Ixelles le 18 novembre 1891 et morte à Liège le 11 février 1979, est une philologue classique, helléniste et historienne de la littérature belge francophone. Elle fut également une militante wallonne et fit partie de l'équipe dirigeante de l'Union des femmes de Wallonie avec Léonie de Waha.
Elle fut la première femme chargée de cours à l'Université de Liège, à partir de 1929, y créant le cours d'histoire de l'humanisme. En 1932, elle épousa l'écrivain Alexis Curvers.

Tout en étant un excellent livre de cuisine, Marie Delcourt nous livre ici quelques réflexions-maison, pratiques, souvent drôles, parfois pas piquées de vers, et/ou non-conventionnelles. Oui ! de belles pages de littérature itou. Publié en 1947 à Bruxelles et plusieurs fois réimprimé ensuite, ce livre a fini par devenir aussi introuvable qu’il est souvent recherché encore.

Un livre de cuisine archi complet et en fin de volume des classifications des aliments, par valeur nutritive, par ordre alphabétique ; la teneur en vitamines, rations nécessaire par portion, tableau des poids et mesures, plats express pour personnes très occupées.



Extraits :


-  ( dans l’avant-propos)  Comment faisait-elle donc ? Je la voyais qui d’une main écrivait sur Euripide ou Thomas More cependant que de l’autre main elle tricotait diligemment des vêtements chauds pour enfants démunis à l’approche de l’hiver. L’été venu, elle détricotait ces lainages pour les retricoter à la mesure des enfants qui avaient grandi. ( note : c'était durant la guerre 40-45 ou tout était assez rare et cher)

-  La valeur alimentaire des frites égale vingt et une fois celle d’une quantité égale de pommes natures.

-  La cuisine d’ailleurs, allez la manger ailleurs. Dégustez le cassoulet à Toulouse, la quiche en Lorraine, le waterzooï à Gand, la bouillabaisse à Marseille.

-  Et que vos poêlons versent bien, car un poêlon qui verse mal amène la cuisinière à invoquer souvent en vain le nom du Seigneur. (…)
Servez-vous toujours et uniquement de cuillers en bois. Le fer donne un goût à tout ce qu’il touche. (…)
Mais combien de personnes s’avisent de mesurer le double décimètre naturel que chacun de nous porte sur soi, son «  empan «, l’écart entre le pouce et le petit doigt de la main tendue au maximum ?

-  N’achetez que des produits de bonne qualité. Tout compte fait, c’est encore ce qui revient le moins cher. Je n’ai jamais compris l’horreur de ménagères traditionnalistes pour les conserves en boites. Rien n’est plus commode que d’en avoir chez soi un répertoire complet (légume, poissons, crustacés, viandes, pâtés) (…)

-  Vider une volaille est assez dégoûtant, mais ce n’est pas sorcier. Le mieux est de se faire montrer une fois, par une personne expérimentée, la façon de procéder. (…)

- Raie : (…) laisser tremper deux ou trois heures. (…)
- (temps de cuisson des moules) Mettre la casserole à veuf vif, y jeter les moules et les remuer pour toutes touchent le fond. Elles s’ouvrent aussitôt, perdent leur eau et sont immédiatement cuites. Le tout doit être terminé en deux ou trois minutes (« trente secondes » dit Sivan, exagérant un peu).
- Œufs sur le plat. Verser les œufs dans la poêle, sur le beurre fumant. Quand le blanc est aux trois quarts pris, on peut le soulever délicatement et retourner l’œuf à moitié. Celui-ci prendra la forme d’un chausson aux pommes où le jaune restera cru, mais chaud, enveloppé par le blanc bien rôti. Saler et poivrer à table.

-  Si c’est par respect pour la vie animale que  les végétariens s’abstiennent de viande, leur calcul est absurde, car il faut tuer cent limaces pour préserver deux laitues.
    (note de bibi – si j’ose- : étonnant raisonnement de la part d’une intellectuelle …,  ! Bref, la parenthèse est fermée.)

-  Bouillon de légumes. On peut faire de très bons potages avec l’eau de cuisson des asperges, des céleris, des haricots et du chou-fleur. (…)
Les ménagères belges font en général bouillir la soupe beaucoup trop longtemps. Il est tout à fait inutile de dépasser le temps qu’il faut normalement pour cuire les légumes.

- Tisane au citron. Couper un citron non pelé en tranches très minces et arroser d’eau bouillante. Servez avec du sucre et, si vous voulez faire un grog, un peu de rhum. Cette tisane est stomachique et apaisante.

vendredi 19 avril 2013

Léon Vivien nous raconte la guerre 14-18 sur son compte facebook


                                                       
                                                                Léon Vivien



Léon Vivien est un poilu de la guerre 14-18. Il nous raconte ce qu'il vit quasi en direct sur son compte facebook. Il poste des photos et répond aux commentaires de ses amis.

C'est par ici :

http://www.facebook.com/leon1914?fref=ts



Un article sur la genèse du compte de votre nouvel ami Léon Vivien :

http://www.france24.com/fr/20130415-facebook-leon-vivien-premiere-guerre-mondiale-poilu-tranchee-musee-meaux-14-18


Georges Simenon : " Vacances obligatoires "





Une dictée qui va du 19 juin au 23 août 1976. Rappelons ce qu’est une « dictée ». Au début des années ’70, Simenon décide, presque du jour au lendemain, de ne plus écrire de roman. Il achète un magnétophone et raconte au micro  tout ce qui lui passe par la tête. Ensuite, il publie en bouquins ce qui ressemble quasi à des mémoires. A propos de ses dictées, il déclare : « C’est un moyen pour moi de me débarrasser de mes fantômes. »

Les thèmes abordés dans ce volume sont en vrac et non exhaustifs : la vieillesse – le chant des oiseaux- ses promenades – le permis de procréer – le viol –Theresa- ses enfants – petits et plus grands problèmes physiques – ses angoisses – l’éduction – la façon dont il écrit (écrivait), ses rites – la sexualité – la politique et les militaires – son anticonformisme – l’exploitation de l’homme par l’homme – une certaine forme de désillusion, - les mensonges, etc.

Toutes ces dictées sont très agréables à lire, recommandées et recommandables.


Extraits :

-  Je me suis toujours levé tôt. J’habitais la place des Vosges. En pyjama de soie rouge, je me promenais dans mon studio pendant un certain nombre de minutes puis je me précipitais vers ma machine et j’écrivais un conte, tantôt de cent, tantôt de deux cent cinquante lignes. Je me récompensais d’un ou deux verres de vin, m’asseyais dans mon fauteuil et, après une demi-heure environ, je me relevais en sursaut pour retrouver ma machine à écrire et écrire un nouveau conte.

-  Un matin, on s’éveille sûr de soi et de ses instincts ; le soir, déjà, le doute s’infiltre, et on a un peu honte d’avoir eu une idée ou semblant d’idée. On ne sait plus. (…) Plus on avance en âge, plus on doute, peut-être parce qu’on a connu un grand nombre d’expériences.

-  Je me suis souvenu du jour où j’ai acheté ma première pipe. J’avais alors aux environs de 13 ans. Le mois précédent, pendant les vacances, j’avais connu mon initiation sexuelle. (…)

-  Je m’excuse, une fois encore, de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais, entre un général et un assassin, je ne fais, au fond, aucune différence.

- (à propos de ses dictées) C’est un moyen pour moi de me débarrasser de mes fantômes. D’autres se contentent de les exorciser en se racontant au café, dans un salon ou au bistrot du coin.

-  (la solitude à deux) C’est ce que je souhaite à tout le monde, car j’ai pitié des vrais solitaires et je ne serais pas capable d’en être un.

mercredi 17 avril 2013

Andrée Simons : " Marie de Saint-Séverin "




On la connait, c’est une femme
Sa vie s´écoule sans humeur
Sans joie, sans colère et sans drame,
Marie de Saint-Séverin
Depuis qu´un homme l´a fait sienne
Pour le pire et pour le meilleur
Elle attend que le meilleur vienne,
Marie de Saint-Séverin

Elle écoute pas les nouvelles
Elle entretient son intérieur
Entre le linge et la vaisselle,
Marie de Saint-Séverin
Et pour tromper sa solitude
Elle préfère ce chanteur
Qui l´endort dans ses habitudes,
Marie de Saint-Séverin

Elle gagne sur la cuisine
Cent cents ici, dix euros ailleurs
Pour acheter des magazines,
Marie de Saint-Séverin
Qui lui parlent de ses idoles
Avec des photos en couleurs
Pour pas lui donner la parole,
Marie de Saint-Séverin

Elle ne fait pas de politique
C´est comme si elle avait peur
D´avoir envie qu´on lui explique,
Marie de Saint-Séverin
Et c´est pourquoi, certains dépensent
Tant d´énergie et tant d´ardeur
A cultiver son ignorance,
Marie de Saint-Séverin

Qu´on la trahisse ou qu´on lui mente
On ne lui sait pas de rancœur
On dit qu´elle est toujours contente,
Marie de Saint-Séverin
Alors, on la laisse en veilleuse
Pour pas réveiller par erreur
Les majorités silencieuses,
Marie de Saint-Séverin

Pourtant, malgré les apparences
Dans ce fouillis de brocanteur
Et ses épagneuls de faïence,
Marie de Saint-Séverin
N´est plus tout à fait seule au monde
Et sous le silence des pleurs
Quelque part la révolte gronde,
Marie de Saint-Séverin

Un jour viendra que tous les nôtres
Les pauvres gens, les travailleurs
Les centaines de milliers d´autres
Marie de Saint-Séverin
Auront, quand sonnera l´alarme,
Unis dans la même fureur
Entre les mains, le choix des armes,
Marie de Saint-Séverin.  

                                                                              Andrée Simons

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Le titre de cette chanson d’Andrée Simons, qui date de 1977, s’intitule «  Marie de Grâce Berleur « . Je me suis permis de l’adapter à notre quartier, via une petite modification dans le nom du lieu,  ce qui donne «  Marie de Saint-Séverin ». Evidemment, la rime est cassée mais peu importe au fond car le but ici est de rendre hommage, à travers le temps, à une artiste talentueuse de chez nous. J’espère que cela ne heurtera personne.
                                



Andrée SIMONS passe comme un petit oiseau blessé, effarouché par la vie, dans le monde parfois très dur de la chanson. Elle meurt en 1984, discrètement, à l’image de sa vie : "seulement en visite sur notre planète" comme le dit si bien Georges Pradez qui recueille un temps à Bruxelles cette "orpheline en partance".


Tout commence pourtant bien pour cette jeune fille douée à la fois pour le chant et pour l’écriture. Elle n’a pas seize ans lorsqu’elle se produit pour la première fois en public à la Cantilène, chez Freddy Zegers. Un premier 33 tours sort en 1969, un second l’année suivante et, en 1973, l’émouvante Andrée Simons chante Brassens. Elle monte à Paris en 1976. Sort L’Amour flou en 1979, avec cette belle chanson que reprend Christiane Stéfanski : Marie de Grâce-Berleur. Un dernier album est produit en 1980, puis c’est la chute, brutale et tragique … Reste cette voix limpide et fragile, ces textes lucides et souvent désespérés dans leur générosité un peu acide.
Andrée Simons, née à Bruxelles en 1949 a vécu dans la région de Verviers. Elle meurt d’un suicide à Paris en 1984.

( sources : Francis Chenot in Dictionnaire de la chanson en Wallonie et à Bruxelles - Éditions Mardaga, 1995 et Ghislain Debailleul )


* Andrée Simons : " Marie de Grâce Berleur " :

https://www.youtube.com/watch?v=0QdeWVtAubw


* Andrée Simons a sorti en 1973, un 33 tours reprenant une bonne dizaine de chansons de Brassens. Une interprétation magistrale et délicieuse à souhait. Voici «  Le grand chêne « :


* Une ballade hollandaise, «  Les canaux de Hollande « :

* «  Mais si au moins «  :
https://www.youtube.com/watch?v=LfFyVsPq9pM

* Le site de Ghislain Debailleul à propos d'Andrée Simons :

http://users.skynet.be/jlpierret/simons_andree/gd191200.htm


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                          « L’Avenir du Luxembourg », vendredi 3 août 1984





mardi 16 avril 2013

Joseph Deleuse : " Le Vallon de la Légia "




Ce présent recueil, signé par Joseph Deleuse (ancien professeur au collège St-Barthélemy, animateur-conférencier et guide dans des promenades-découvertes),   brosse un tableau très complet de ce que fut la Légia, cet ensemble de ruisseaux qui a largement contribué à la création et au développement de la cité de Liège. L’auteur nous raconte la progression de la Légia à travers la ville et son évolution au fil du temps. Tout au long de son parcours, nos aïeux liégeois ont construit des moulins; des fontaines ont jailli presque miraculeusement ; une étonnante quantité de métiers s’est créée en amont et en aval, au sens propre comme au sens figuré.

 Le texte est clair, précis, abondamment documenté et illustrés (plans, photos, archives, dessins, …) tout cela dans un langage compréhensible par tous (ah ! la pédagogie !). Et puis monsieur Deleuse  profite de l’occasion pour nous raconter sa ville, qu’il aime, qu’il adore (et cela ne date pas d’hier !).
Quelques mots –clés : les beaux restes du cours de la Légia – le tracé – galeries, puits, conduites, araines et égouts – l’eau potable – les moulins – les vignobles – le charbon- suggestion de promenade, etc…

Un ouvrage pour mieux comprendre, en finesse, la ville, la Cité : Liège.


Extraits :

- La Légia primitive était un ensemble de ruisseaux descendant du plateau Hesbignon pour converger vers un des nombreux bras de la Meuse (…)

- Les moulins de la Légia sont vraisemblablement apparus dès le 12è siècle. (…) Au 18è siècle, on en compte entre 14 et 23 ( ?) sur tout le parcours de la Légia, dont six à Ans. (…) Les moulins servaient à moudre les céréales panifiables, le malt pour la cervoise, les écorces de chêne pour les tanins et même les fruits et la nourriture pour les animaux.

-  En plus des meuniers et des boulangers, des métiers annexes sont venus se greffer autour des charbonnages. Ce sont les marchands de houille, les charretiers, les maréchaux-ferrants, les forgerons mais également les « bôtis «, les « botrèsses «, les côtiresses «, les porteuses d’eau, les lavandières-repasseuses, les tailleurs, les cordonniers, les «  mangons «, sans oublier les cabaretiers qui fermaient obligatoirement durant la messe dominicale … !

- La Hesbaye est un réservoir d’eau potable exceptionnel. On y dénombre 45 km de galeries de captage et 17 km d’aqueducs dont la construction à seulement commencé en 1847 pour se terminer en 1863. Ces galeries sont  des tunnels creusés dans la craie et les dimensions sont de l’ordre de 1,80m de haut et 1.50 m de large. Elles produisent, par jour, 50 000 m3 d’eau pour 350 000 personnes, ce qui est insuffisant puisqu’il faut ajouter les eaux du Néblon.





               Lors de la visite de la Légia, rue des Remparts, Liège le dimanche 14 avril 2013
                                 Joseph Deleuse et une partie de son public attentif.



Joseph Deleuse organise des visites guidées tout au long de l’année.
Celle du vallon de la Légia et celle des fontaines Roland. Elles sont très agréables et on y apprend une foule de choses.
 Voici d’ailleurs l’agenda complet de toutes les visites de l’année organisées par la ville : 

Bonnes balades !

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Un article dans Proximag



samedi 13 avril 2013

Nathalie Loriers new trio : " Les 3 petits singes "






Une annonce d’un concert vue l’autre jour aux Chiroux m’a fait découvrir le dernier album en date de Nathalie Loriers (2012) : «  Les 3 petits singes «. Et celui-ci encore est un p’tit bijou dans le genre.
J’ai été la voir plusieurs fois en concert : à Gouvy (oups ! pardon : à Sterpigny), à Andenne, son pays natal, lors de festivals de Liège, de Gand, etc, . et j’irai l’écouter le vendredi 26 avril au centre culturel d’Ans-Alleur.
Voici son site internet :


- La première plage de son dernier album


- Entrevues, une vidéo sur Youtube, 1998, 22 minutes :

- Une interview de 28 minutes :

- Des articles dans un bloc de choc :

vendredi 12 avril 2013

Rodolphe De Warsage : " Mémoires d'un vieux Liégeois "




S’il est un livre que toute personne s’intéressant un tantinet à la petite histoire de notre bonne vieille ville de Lîdge, se doit de lire, c’est bien ce légendaire «  Mémoires d’un vieux Liégeois «  de Rodolphe De Warsage. Bon, il va un peu dans tous les sens, - et je dois avouer, humblement, que je n’ai pas tout et toujours bien compris de quoi il s’agissait, ici ou là, mais j’en ai retiré, il me semble, la substantifique moelle. Ainsi, les quelques extraits repris ci-dessous.
L’ouvrage est constitué de six chapitres : un homme en rodage- des hommes et des institutions bon enfant – ambiance des rue d’autrefois – entre sports et cultures – Liège, ville de divertissements – impressions d’autrefois. + de nombreuses illustrations, parfois hallucinantes.

Extraits :

- Rien n’est moins anecdotique qu’une bonne anecdote
- Rodolphe de Warsage, alias Edmond Schoonbroodt est né en février 1876, (En-Neuvice) à Liège où il décédera le 27 janvier 1940.

- (Vers 1900), la jeunesse liégeoise se répartissait entre l’Athénée Royal et le Collège des Jésuites de la rue St-Gilles qui prit un essor extraordinaire lorsque le terrible père Renaud en devint le Préfet. Celui-ci faisait surveiller ses élèves, même en ville, par son fidèle rapporteur François qui avait, semble-t-il, le don d’ubiquité. Si on s’arrêtait à la vitrine d’un libraire, si on passait par une rue interdite, le lendemain vous apportait infailliblement le fameux billet de retenue.

- J’ai connu le temps pas bien loin de nous où la propreté corporelle était considérée comme un vice honteux. Nos habitations bourgeoises ignoraient la salle de bains et même le vulgaire et démocratique tub. Pour assurer le service de deux cent mille Liégeois, il n’y avait que les Bains Saint-Michel, dans la rue de l’Official. Encore ne s’y rendait-on guère que sur ordonnance du médecin et pour les maladies de la peau. Un bain était un remède et non pas encore un acte de banale propreté intime. Une vieille amie de la famille avait raconté sans malice d’ailleurs qu’elle avait passé les jambes au travers d’une gazette trouée, de crainte que la vue de ses orteils noueux ne l’induise en tentation charnelle. Rarissimes étaient encore les immeubles dont le W.C. – que l’on nommait le cabinet et d’autres le Bernaert, en souvenir d’un ministre qui avait voulu imposer les vespasiennes. Dans ce lieu – dépourvu de chasse d’eau – où, d’aucuns réfléchissent, on ne trouvait point de rouleau de papier dit hygiénique, et on y marchait sur une litière de vieux journaux. Les hommes ignoraient le caleçon de toile et portaient sur la chair, pendant de nombreuses années, le même pantalon dans lequel ils transpiraient pendant les canicules.
Les dessous des dames ne valent guère mieux. Pour d’aucunes, la jupe n’était qu’un jupon démodé ou déteint par un long usage. (…)

- La vaste salle de Fontainebleau avait été construite, au quartier Sainte-Marguerite, face au charbonnage, sur l’emplacement d’un ancien couvent de Capucins. On y donna à l’époque du carnaval des bals fort populaires, mais fréquentés uniquement par nos faubouriens. (…) Plus tard le théâtre fut administré par l’ancien gendarme, M. Mercy. Il devint le local d’une société de gymnastique et ce fut dans l’immense salle que les jeunes filles du quartier apprirent à monter à vélo.

- Près de la courte rue Saint-Michel se trouvait le Café Molière, le rendez-vous des artistes de notre théâtre d’opéra et celui de nos bohèmes de lettres. (…)
 Au même guéridon s’asseyaient, chaque soir, deux de nos Liégeois parmi les plus spirituels. L’un était Charles Gothier, écrivain wallon et imprimeur à la chaussée de St-Léonard ; l’autre le musicologue Paul Gevaert. Ils avaient la manie d’amuser et même d’étonner la galerie. Un jour, Gothier prétendit connaître si parfaitement sa littérature française, que,  si on lui récitait deux vers d’un poète, pas davantage, il pourrait aussitôt en désigner l’auteur. « - Peuh ! grogna Gevaert, en vidant sa chope, je ferai beaucoup plus fort que cela. Touche un doigt une note, une seule au hasard, sur le clavier d’un piano et je te dirai dans quel opéra elle se trouve «. Cette fois, Gothier s’avoua vaincu.

- La propriétaire d’un café dans la rue de l’université, Madame Veuve Coemans, avait obtenu le titre enviable de «  Mère des Etudiants « . Combien est-il d’homme sérieux occupant aujourd’hui les situations les plus hautes qui laissèrent à cette bonne dame une lourde ardoise !  Elle protégeait ses jeunes clients turbulents, les encourageait, les consolait maternellement. Le soir de guindailles héroïques, c’était toujours elle qui offrait  le premier tonneau.

- La place Saint-Lambert apparaît à nos yeux comme un immense et hideuse gare de concentration des malpropres tortillards de couleurs diverses (…)
 Il n’est de place, en aucune ville, qui ait cet aspect de place de gros village. (...)
La place est nue d’arbres. Elle n’est éclairée que par quelques réverbères.

mercredi 10 avril 2013

Fortis : " Que pouvons-nous faire pour vous ?" - Réponse : " Laisser une banque à Sainte-Marguerite, Liège "



                                            In " La Meuse " samedi 13 avril 13

Or donc, il semblerait bien que Fortis Bank veuille fermer son agence rue Ste-Marguerite et ce assez vite (en septembre ?). En moins de cinq ans notre quartier aura donc connu les fermetures de Dexia Bank, la Poste et à c’t’heure, Fortis.
Merci pour les gens qui vivent ici et qui vont devoir se taper des kilomètres pour aller retirer leurs sous. Vous me direz : « et qwè, valet, depuis quand donc les Banques font dans «  le social «  eh don ? Dans quel film ?  »
Toujours est-il qu’il a de quoi devenir enrager ! Ras-le-bol de nous faire envoyer toujours bouler !
Bon ! Faut rester poli, mais ya des cô où l’on voudrait gueuler avec certains : «  Bande de crapules capitalistes ! «.
 Ben voilà,m’fî : c’’est fait !


Un article du journal «  L’Avenir «  qui nous cause de tout cela :



A suivre >>>>>>>>>>>>>>>>>>

mardi 9 avril 2013

" Salut Maurice " de mars 2013



 (avec un peu de retard sur l'horaire) Il est paru. A savoir : le journal du quartier Sainte-Marguerite, " Salut Maurice ! "

Vous pouvez le lire en ligne ici. ( pour la petite histoire, je suis l'auteur de trois articles; mon égo est, vous le pensez bien , au zénith ! ! ! )


http://www.sainte-marguerite.be/joomla/images/stories/SalutMaurice/SM72.pdf

Christian Libens : " Liège impertinente "



Effectivement des rubriques impertinentes sur la vie, sur l’âme (n’ayons pas peur des grands mots !) liégeoises ; des dessins tout aussi impertinents. Et en seconde partie, de courts textes impressionnistes qui nous viennent tout droit de l’enfance de l’auteur.
Encore un must dans le genre !


Extraits :

-         «  Méthode de cuisine à l’usage des personnes intelligentes «. Il fallait une certaine dose de joyeuse impertinence pour oser un pareil titre, mais Marie Delcourt n’en manquait pas…

-         X, comme Xhovémont : l’intention de l’auteur est d’attirer l’attention du lecteur sur cette double initiale, Xh (les linguistes appellent ça un digramme), si souvent malmenée par les non-wallophones. Oyez, oyez donc, braves gens … En principauté, le Xh se prononce comme un h aspiré, qu’on se le dise (donc Xhovémont  se prononce Hovémont ; Xhoris , Horis,etc …)

-         Frère Alfred faisait campagne dans les golden sixties pour le parti vitaliste dont il était le fondateur et le seul membre. Son programme politique consistait principalement en deux points : favoriser la consommation de pain gris et décourager la prise de bains.( …)

Georges Simenon : " La mort de Belle "



Georges Simenon : «  La mort de Belle « 

Une jeune fille au pair est assassinée chez Christine et Spencer qui habitent pas loin de New York. Alors qu’il semble bien que Spencer n’est pas le meurtrier, tout son entourage semble toutefois le soupçonner. On le fuit, on s’éloigne du couple, le directeur où il est professeur lui demande de ne plus venir au collège avant que tout soit définitivement éclairci. Des interrogatoires à n’en plus finir, des questions déplaisantes, déplacées, une ambiance lourde…
Tout cela, vous vous en doutez peut-être, finira mal (comme si c’était la faute à Simenon …).
Un roman particulier. Appréciable !



lundi 8 avril 2013

Georges Simenon : " Maigret et le client du samedi "



Léonard Planchon, patron d’une petite entreprise en bâtiment, se rend tous les samedis au commissariat. Il voudrait parler à Maigret mais n’ose pas. Jusqu’au jour où il se rend au domicile du commissaire pour lui confier qu’il est à deux doigts de tuer sa femme. Elle a un amant et le nouveau couple souhaiterait que le mari trompé vide les lieux au plus vite. On dirait que, dans ce roman une fois de plus bien ficelé et qui explore magnifiquement la psychologie des personnages, Maigret se mue en assistant social … Planchon a promis à Maigret qu’il lui téléphonerait quotidiennement,  jusqu’au jour où c’est le silence radio.
Est-il si certain que cela que l’amant veuille racheter l’entreprise de Planchon à coup de millions ? Vous le saurez en lisant cette enquête qui date de 1962.
Plaisant et même plus !

Emile Gérard : " Faubourg Sainte-Marguerite "


                   

Une mine de renseignements que ce fabuleux ouvrage  «  Faubourg Sainte-Marguerite «  d’ Emile Gérard, écrivain et poète wallon (1851-1916). Une rue du quartier porte son nom, transversale qu’elle est à la rue de Hesbaye. Un ouvrage qui ne compte que 47 pages , édité en 1888 par l’imprimerie H. Vaillant-Carmanne, rue St-Adalbert, 6, à Liège. Mais quel régal !
Voici quelques nombreux sujets abordés, tambour battant : la Légia, Robertson (cui-là, i nos freu cangi à robette – celui-là, il nous changerait en lapins), les accents wallons du quartier, quelques personnages hautement pittoresques, quelques poèmes wallons, les armuriers et les pigeons, la fête paroissiale en juillet, le curé Fivé,  la station du Haut-Pré, Fontainebleau, place des Arzis et place du Flô ; l’ p’tite blanke femme (la petite femme blanche), l’neure poye (la noire poule), l’blanke gatte (la chèvre blanche), l’homme âx rogès tette (l’homme aux seins rouges) qui demeurait rue Wacheray, l’ coirbâ d’or (le corbeau d’or), l’poumi dè Saint-Esprit ( le pommier du Saint-Esprit), l’agne da Loxhay (l’âne de Loxhay) ; la cour de la pie, une cour des miracles miniature, …

Extraits :

-         P 5.  «  Au mois de juillet de l’an 559, dit M.J. Polain, dans ses récits historiques de l’ancien pays de Liège, Monulphe, évêque de Tongres, visitait les différents manoirs de son diocèse. Il longea un ruisseau qu’on lui dit se nommer la Légia, et atteignit bientôt un petit groupe de cabanes d’un aspect pauvre et misérable. C’était Liège, au sixième siècle de l’ère chrétienne. »

-         P 11.   A Châgne( portion de la voie qui s’étend entre la rue Basse-Chaussée et le pied de la montagne de Glain), Libert Kakaïe nourrit pendant 22 ans un porc qu’il gardait dans la seule pièce de sa maison, avec une véritable tendresse. L’intéressant quadrupède mourut de vieillesse entre les bras de son maître.


-         P.13  Un établissement d’aliénés a existé pendant longtemps place des Arzis. Cet établissement était tenu par MM. Pilet, père et fils.(…) A Glain se trouve un établissement semblable dirigé par M. Abry. (…)

-         PP.13-14   Ces sots, comme on les appelait, étaient généralement inoffensifs.

*  Li sot Lhonneux, avait la manie de tâter le pouls à toutes les personnes qu’il abordait, grandes ou petites.(…) Il faisait la joie des écoliers. Cent gamins dans la rue s’écriaient, en l’entourant : «  Lhonneux ! sentéz-m’ mi pôce, alléz ! « 
* Li sot Chôson avait la rage du violon ; jour et nuit, il raclait avec furie sur son instrument dont la fabrication semblait remonter aux temps de l’âge de la pierre. Se croyant sans doute l’émule des Vieuxtemps ou des Paganini, il avait placé au-dessus de la porte de sa demeure une inscription ainsi conçue : «  Au violon sans pareil « . Une nuit, un plaisant ajouta à la craie «  Pour déchirer les oreilles « 
* Li sot Chancet, qui se disait empereur de l’île de Madagascar (où diable alla-t-il pêcher cette idée là ?)
* Li sot Makaskou, qui ne sortait jamais qu’accompagné de son âne, qu’il tenait par la queue.
* Li sot Gilisse, qui prétendait être né dans la lune.


-         PP 21-22  Aux beaux jours, où les muskette, les anglaise, les barre, les romaine
, arrivaient à foison dans les ateliers, et que le travail était largement rémunéré, les armuriers avaient le verbe haut … et la figure fleurie. Les ouvriers des autres états, tels que les maçons, les tailleurs, les menuisiers, les cordonniers, etc., étaient regardés par eux comme des parias, digne de toute pitié.
 Les armuriers se faisaient alors remarquer par leur excessive prodigalité. On jetait, comme on dit vulgairement, l’argent par les fenêtres, au lieu d’imiter l’exemple de la sage fourmi qui récolte en prévision de mauvais jours.
(…)
Je ne puis exprimer une opinion plus favorable sur la manière de vivre des houilleurs ; eux aussi se disent que lorsqu’on gagne beaucoup, on doit dépenser beaucoup, raisonnement déplorable, qui mène inévitablement à la misère.
J’ai lâché le mot misère. Une véritable misère pour quantité  de familles, c’est la passion qu’a la généralité des ouvriers de posséder des pigeons. Les colèbeu pullulaient au faubourg.
Quelque intéressants que soient ces volatiles, il est cependant incontestable que leur entretien pèse lourdement sur les petites bourses.


-   P.22.   Les colèbeu du faubourg se glorifient d’avoir, dans leur localité, la plus ancienne société de pigeons qui existe à Liège. En effet, la société «  L’Hirondelle « , qui a son local au café tenu par MM. Distria, frères, à proximité de l’église, n’a pas eu de  devancière en notre ville, et peut-être dans toute la Belgique.

-          P.25   Il y a quelques années, le faubourg comptait encore un fort contingent de naturels amateurs de combats de coqs, distraction barbares et indignes d’un peuple qui a des prétentions à la civilisation.
Une loi , juste et sévère, est venue mettre un terme à ces atrocités.
La répression a eu les plus heureux résultats : à l’heure qu’il est, les combats de coqs ont complètement disparus.

-          P. 25-26   La fête paroissiale de Ste-Marguerite a lieu vers la mi-juillet. Je ne crois pas me tromper en disant qu’il n’est pas un Liégeois qui ne connaisse cette fête si courue et si animée.
(…)
La great-attraction de la fête est, sans contredit, Fontainebleau.
Ce nom seul, j’imagine, éveille dans l’esprit des jeunes Ste- Margueritoises les plus agréables pensées. Ne pas aller au bal de Fontainebleau, c’est s’abstenir de faire la fête.Le dimanche , la cohue y est énorme ; mais foule excessivement bruyante.
C’est le tout Liège.
Que de rubans bariolés, de colifichets excentriques, de toilettes fraîches et tapageuses.
Une valse entraînante de Mozart ou une mazurka délicieuse de Strauss met tout ce monde en mouvement.
Voyez combien de minois adorables, de sourires aux lèvres et … d’œillades assassines !
Le mardi, jour du concert(…) la foule est passablement guindée. Ce sont , en général, de sages filles qui dansent sagement sous l’œil de leurs sages mères.



-         P. 27.   La station du Haut-Pré vient d’être créée. On sent que nos pères sont toujours sous l’impression du profond ébahissement que leur cause l’établissement du chemin de fer.
Jadis, Fontainebleau était le rendez-vous de l’élite de la population de Liège, voire même de Huy, Waremme et Spa. Toute la province le connaissait. (…) Fontainebleau a été entièrement reconstruit il y a six ans. C’est une salle splendide, de forme elliptique, qui n’a pas de rivale à Liège.


-         PP46-47   .Que pourrais-je encore ajouter concernant le faubourg Ste-Marguerite, si ce n’est qu’il tend à se moderniser de jour en jour ? Officiellement, il a déjà brisé sa chrysalide : le faubourg est devenu rue ; cette substitution a permis aux faubouriens d’entrée d’emblée dans la catégorie des citadins «  pur sang. ».
Outre le téléphone qui commence à le sillonner de ses fils, le faubourg aura sous peu un tramway, à l’instar des autres quartiers de la ville.
Ses misérables bicoques qu’il affublait anciennement du pompeux nom d’écoles ont disparu pour faire place à de véritables palais, où l’enfance va puiser une instruction saine, en harmonie avec les idées du jour.



Georges Simenon : " Le fils "




On connaît «  Lettre à ma mère «  de Simenon. Voici « Lettre à mon fils » ; à part qu’ici, il s’agit d’une fiction. Ce roman ne s’adresse donc pas à ses fils ou singulièrement à un de ces fils, car pour cela, nous avons déjà le tout aussi célèbre : «  Je me souviens «  qui est devenu «  Pédigrée «.
Alain Lefrançois, né en 1908, habite La Rochelle. Il est actuaire (s’occupe de statistiques dans une compagnie d’assurance). Il est marié, a un fils, Jean-Paul. Cet homme  raconte sa vie sous forme d’une longue-longue lettre à son fils. Et on comprend vite que ce qui nous est conté là est la description de la vie d’une famille qui s’étale sur trois générations. Il s’est passé un véritable drame en 1928 et nous ne le connaîtrons, de façon extrêmement succincte mais avec une grande efficacité (en quelques lignes seulement) à la toute fin du livre ;  et par ce biais, ce récit palpitant nous démontre, une fois de plus, un des multiples talents de Simenon.
Nous trouvons également, dans ce remarquable roman, de petites phrases délicieuses et /ou percutantes. En voici quelques-unes :

Extraits :

-          Elle aussi a ce sourire qui ne vient pas de la surface, mais du fond de l’âme, et qui charme et rassure tout ensemble.

-          Je n’ai rien contre les gens, à plus forte raison pour nos hôtes. Je ne répugne pas à les voir, mais, après un certain temps, je me sens désaxé et il me faut ma solitude.

-          Cinq ans te paraissent long, mais les années deviennent de plus en plus courtes à mesure qu’on avance dans la vie, d’autant plus courtes qu’elles sont moins marquées par des événements importants.

-          Quelque part aussi, j’ai lu qu’après notre mort, nous jouissons d’une survie d’environ cent ans, le temps, à peu près, pour ceux qui nous ont connus, puis pour ceux qui ont entendu sur nous un témoignage direct, de disparaître à leur tour. Après, c’est l’oubli ou la légende.

-          Chacun de nous a besoin d’être conscient de son importance, c’est vrai pour le plus humble des hommes comme pour la plus humble des femmes. N’est-ce pas, en partie, une des causes de malaise de notre époque, que chacun ne puisse garder l’illusion sur sa propre valeur ?

-          Celui dont les goûts correspondaient aux miens il y a dix ans a évolué et j’ai évolué de mon côté, de sorte que les deux hommes que nous sommes aujourd’hui n’ont plus rien de commun.

-          Je me mis à douter, moi aussi, de l’amour maternel. Qu’il existe, c’est certain. Mais que beaucoup de femmes ne le connaissent jamais, ou ne le connaissent que pendant un certain temps, c’est incontestable.

-          Nous avons tendance à croire que l’homme est ce que nous voudrions qu’il soit.

-          Mon père lisait ; c’est encore un homme qui lisait le crayon à la main, soulignant les passages, inscrivant d’une écriture minuscule, mais étonnamment nette, des notes en marge.

-         Il m’a montré cette phrase dans le livre qu’il lisait : «  Ce n’est que quand ils n’ont plus besoin de lui que les fils comprennent que leur père est leur meilleur ami. »