" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

mercredi 27 novembre 2013

John Fante " Mon chien Stupide "





                                                      un akita

Henry Molise et son épouse Harriet habitent au bord de l’océan pacifique du côté de L.A. Depuis le temps, ils tiennent le cap en faisant des concessions de part et d’autre. Molise aurait tant aimé écrire un vrai bon roman mais doit se contenter de scénarios pour des films et séries télévisées. Ils ont quatre enfants : citation d’un jour où Henry est dépressif « Dominic l’aîné  rejette la race blanche et va épouser une négresse ; Denny rêve de devenir acteur ; Tina est amoureuse d’un clochard des plages et  Jamie, trop jeune pour participer à la désintégration de la famille «. Un jour, ils trouvent un chien errant, un akita japonais, un molosse avec d’énormes pattes et une queue touffue, qui sera baptisé «  Stupide « . Caractéristique du cleps : il déteste les femelles, est uniquement homo et saute sur tous les mâles qui croisent son chemin ( hommes compris).

Un roman typiquement amerloque avec un chouïa de saveur italienne ( John Fante étant originaire de la péninsule et ses romans largement inspirés de sa propre vie).
«  Si vous avez des idées noires, plongez-vous dans Mon Chien Stupide. Vous en sortirez revigoré «  nous affirme-t-on en quatrième de couverture ». Et comme on dit à Liège : «  C’est encore juste ! « 


Extraits :


- Mon fils m’a vraiment dit ça. Merci pour tout. Merci pour l’avoir engendré sans lui demander la permission. Merci pour l’avoir fait rentrer de force dans un monde de guerre, de haine et de fanatisme. Merci de l’avoir accompagné à la porte d’écoles qui enseignaient la tricherie, le mensonge, les préjugés et les cruautés en tous genres. Merci pour l’avoir assommé d’un Dieu auquel il n’avait jamais cru. (…)


-  ( à propos de la marijuana)   C’est mauvais pour les écrivains. Norman Mailer prétend que l’herbe fait des trous dans le cerveau, par lesquels tous les mots fuient. (…) La marijuana m’aurait certainement aidé. Certains la considèrent comme un remède miracle quand le monde s’écroule autour de vous.

dimanche 24 novembre 2013

Une interview exceptionnelle de Jean d'Ormesson




Une interview exceptionnelle ce dimanche 24 novembre 2013 sur France 2 : «  Le roman d’une vie, celle de Jean d’Ormesson «  présentée par Laurent Delahousse.
Avec beaucoup d’émotion, celui qu’on surnomme parfois Jeannot ou Jean d'O, nous parle des hommes politiques comme Sarkozy, Hollande, Chirac, Mitterrand, De Gaulle. Du Front national, de la France en colère, de l’Europe, du déclin de la France et de l’Europe. De ses parents, sa carrière, du temps, des femmes et de la mort.
 36 minutes à regarder et écouter avec attention.





Jean Echenoz : " Ravel "




Les dix dernières années de Maurice Ravel, non pas la version de Wikipédia mais celle de Jean Echenoz, ce qui fait évidemment toute la différence. Vous aurez l’impression de suivre la vie du compositeur, si pas seconde par seconde, en tout cas minute par minute, tout cela en 124 pages… Comme dirait l’autre : «  faut le faire ! ».
La traversée de l’océan à bord du transatlantique «  France «  vers New York, les concerts dans de nombreuses villes de USA, son retour en France, la création du célébrissime «  Boléro », les manies du musicien , son caractère, et in fine, la tumeur «  qui lui rongea toute sa musique » comme le chante si bien Léo Ferré.
Ah ! Qu’il fut agréable de lire ce roman avec, à portée de main : internet. En quelques clics, glaner quelques infos sur les bios de Ravel, Jean Echenoz ; accéder aux bouquins de Joseph Conrad via  http://www.critiqueslibres.com/ ; ce que sont «  La Madone des Sleepings « , « Patouillard et sa vache » ; se remémorer de ce que fut le transatlantique «  Le France » ; écouter sur you tube «  Frontispice «  courte œuvre de Ravel pour deux pianos et cinq mains.

Un goût est venu : lire tous les bouquins d’Echenoz.


Extraits :

-  Il se plonge dans la lecture intégrale de «  L’Atlantique «, quotidien que fabrique l’atelier d’impression du paquebot à partir des nouvelles reçues des stations côtières par la TSF.

-  Il visite la chapelle qui, traditionnellement comme on le sait, est le premier espace aménagé sur un paquebot lors de sa construction puis le dernier à investir en cas de malheur.

-  Voilà. Il a cinquante ans. Il a bouclé depuis treize ans son œuvre pour piano avec « Frontispice «, pièce qui ne compte pas plus de quinze mesures, ne dure pas plus de deux minutes mais ne requiert pas moins de cinq mains.


( troisième technique pour accéder au sommeil). S’imposer une énumération. Se remémorer par exemple, tous les lits dans lesquels il a dormi depuis l’enfance.

vendredi 22 novembre 2013

Georges Simenon : " L'inspecteur Cadavre "




Pour rendre service à un ancien collègue, Jules ( Maigret) a accepté de se rendre dans une petite ville où un crime a été commis. Et pour cause, de (sales) rumeurs mettent dans l’embarras le beau-frère de cet ami. Notre commissaire fait connaissance de la famille, dont la fille Geneviève, qui, en cachette, attend un enfant d’Albert, ce jeune gars du village qui vient de se faire assassiner. Il rencontre également Justin Cavre (surnommé Cadavre), un privé engagé par Alban Groult-Cotelle,  «  notable «  plus ou moins rentier. Cadavre marche sur les plates-bandes de Maigret (qui râle sec). Et tous ces gens du village qui «  savent «  dont Louis, l’ami d’Albert. Il y a des picoleurs parmi eux, et des fameux ! Sans oublier la postière qui espionne les conversations téléphoniques, .... Bref, toute une ambiance chère à Maigret/Simenon. La toute fin (le départ de Jules) est particulièrement sombre mais si vraie…
Très agréable à lire ! Dans ce roman encore, Simenon aime à décrire le caractère particulier («  bien trempé » c’est comme cela que l’on dit …) de son commissaire favori qui flanque une torniole magistrale à Groult qu’il traite de «  saloperie ! «. Ambiance !


Extraits :

-  Solitaire, oui et sans doute célibataire. Cela se sentait à Dieu sait quoi, mais cela se sentait. Prétentieux. Inutile. Plein de manies et de bizarreries et fort satisfait de les avoir. (…)
Agé d’une quarantaine d’années, il était long et maigre, d’une maigreur qu’il devait juger aristocratique. Ce qui trahissait l’homme sans femme, c’était peut-être cette apparence poussiéreuse de sa personne pourtant soignée, ce visage terne, ce front déjà déplumé. Il portait des vêtements élégants, de teintes rares, qui semblaient n’avoir jamais été neufs, mais qui semblaient aussi ne jamais devoir vieillir ni s’user, de ces vêtements qui font corps avec le personnage et dont on ne change pas.


Cela rappelait au commissaire certain assassin presque illustre qui, après vingt-huit heures d’interrogatoire, pendant lequel il s’était défendu pied à pied, s’était brusquement oublié dans son pantalon, comme un enfant effrayé.

jeudi 21 novembre 2013

Quelques mots du front de 14-18





Le sac (du soldat de 14) ne pesait d’abord vide que six cents grammes. Mais il s’alourdissait vite (…) : - bouteilles d’alcool de menthe et substitut de café, boites et sachets de sucre et de chocolat, bidons et couverts en fer étamé, quart en fer embouti, ouvre-boite et canif -, en vêtements- caleçons court et long, mouchoirs en coton, chemises de flanelle, bretelles et bandes molletières – brosses à habits, à chaussures et pour les armes, boite de graisse, de cirage, de boutons et de lacets de rechange, trousse de couture et ciseaux à bouts ronds -, en effets de toilette et de santé – pansements individuels et coton hydrophile, torchon-serviette, miroir, savon, rasoir avec son aiguisoir, blaireau, brosse à dents, peigne- ainsi qu’en objets personnels- tabac et papier à rouler, allumettes et briquet, lampe de poche, bracelet d’identité, petit paroissien du soldat, livret individuel.
(…) ensuite on arrimât sur lui, à l’aide de sangles, divers accessoires échafaudés. Au sommet, d’abord, sur une couverture roulée surmontant une toile de tente avec mâts, piquets et cordeaux incorporés,(…) trônait une gamelle individuelle,(…) à l’arrière un petit fagot de bois sec pour la soupe au bivouac, une marmite, (…) deux outils de campagne, hache ou cisaille serpe, scie, pelle, pioche ou pelle-pioche, au choix – ainsi qu’une vache à eau et une lanterne. L’ensemble de cet édifice avoisinerait alors au moins trente-cinq kilos par temps sec. Avant qu’il ne se mette, donc, à pleuvoir.


                                                   Jean Echenoz : " 14 "




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- Ma grand-mère m’avait raconté leur histoire plus de cent fois. L’un s’appelait Jacques, était poète et jouait au tennis. Il était parti à la guerre de 14 en emportant dans son paquetage une raquette avec laquelle il tapait des balles, qui sait où. L’aîné s’appelait Pierre, et avait attrapé la gangrène dans les tranchées ; on avait dû lui couper la jambe. Comme il était dans le coma, le chirurgien s’était passé d’anesthésie. Mais la douleur avait réveillé son patient, d’un coup d’un seul. Il était mort peu après. Son frère, désespéré, l’avait suivi dans ce destin tragique, après quelques actes de bravoure, dont on ne savait s’ils étaient héroïques ou suicidaires.

- Nous sommes à cinquante mètres au maximum des Boches. Et nous allons sans doute faire la connaissance de nouveaux engins tels que crapouillauds, pétards, grenades et gaz asphyxiants contre lesquels on nous munit très spécialement. N’effrayez pas ma famille avec tous ces noms, car vous vous doutez bien que je me garde d’en parler.

-  Mon cher papa, ma chère maman,
     Journée inoubliable pour moi aujourd’hui, et dont le souvenir restera toute ma vie ; j’ai tué mon premier Boche au fusil, du moins le premier dont je sois absolument certain ; je l’ai épaulé comme à la cible et bien qu’à 300 mètres, et marchant très vite en se baisant, la première balle l’a soulevé de terre littéralement pour le projeter contre le sol, les bras en avant ; j’ai eu pendant un long moment l’effroi de mon acte et la sauvagerie avec laquelle il faut se battre, mais j’ai pensé à Verdun et aux camarades qu’ils ont tués aussi froidement que moi. C’est un vrai moment à passer, celui-là, et je ne peux rendre l’effet que cela fait ; je prie pour le Boche en tout cas, et pour les siens.
Quand il écrit ces lignes, Jacques n’a que dix-neuf ans, un léger duvet lui sert de moustache. Il a cette fraîcheur qui passe si vite sur les visages adolescents. Il la laissera dans les tranchées.

                              Qu’elle vienne au-devant de moi ! J’irai debout,
                              Calme, sur mon chemin : puisqu’il faut bien qu’on meure,
                              Que ce soit en soldat, et vivant jusqu’au bout !
                                                                 Jacques de Champfeu

                Extraits de «  Tout à coup, le silence «  de Thierry Bizot

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Léon Vivien
22 mai 1915, 11:20
L'artillerie vient de se taire. On sait ce que ça signifie : les Allemands vont charger. Baïonnette au canon ! Le couteau de boucher à la ceinture. Et la pelle à portée de main, bien affutée, au cas où il faudrait se battre au corps-à-corps dans la tranchée, là où le fusil est trop long, pas maniable. Je ne suis plus un homme du vingtième siècle, je suis un soldat de Crécy, un soudard du Moyen Âge, un fantassin sans armure. J'ai peur, Madeleine. Je t'aime. Ils arriv



Léon Vivien
16 mai 1915, 15:50
De leurs aéronefs, les Boches nous larguent des fléchettes en métal, dont la pointe est lestée pour bien fendre l'air à la verticale. À les soupeser, comme ça, dans le creux de la main, on ne croirait pas les dégâts qu'elles peuvent causer à un être humain. Ce matin, j'ai vu un grand gaillard de la 3ème compagnie transpercé de part en part, verticalement, depuis le sommet du crâne. C'est pour ça qu'on a tant regretté de ne pas l'avoir descendu, le Boche dans le ciel, tout à l'heure.


Léon Vivien
13 mai 1915, 15:40
Même quand tout est calme, il faut se méfier. Par ici, la Mort rôde sans se lasser. Ce matin, quelques gars jouaient aux cartes en rigolant, quand un obus de 105 est tombé en plein milieu. On a retrouvé des jambes à plusieurs mètres, séparées du tronc. Les trois autres étaient morts sur le coup, eux aussi. Le plus affreux dans tout ça, c'est qu'on s'y habitue. On se forge l'indifférence nécessaire. On a enterré les corps vite fait, on les a poussés dans un trou à côté. Et les types ont disparu en terre comme ça, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. C'est comme si le monde du dessous les avait happés subitement. Et après, la vie a repris autour. On a bu du vin dans les quarts et on a discuté comme s'ils n'avaient jamais vu le jour ni vécu parmi nous.




Léon Vivien
8 mai 1915, 16:10
Hier, à l'heure dite, le lieutenant Grimbois a serré sa jugulaire. Il nous a crié : "Pour la France !" et le pistolet au poing, il est monté sur le parapet où une balle lui a traversé le crâne. On a reçu des débris de cervelle. Un liquide gris dilué de rouge. On était paralysé. L'adjudant a pris le relais. Il a hurlé mais j'ai failli ne pas sortir. Ce salaud de Grimbois m'aurait logé une balle dans la tête si j'étais resté dans le trou. Mais il était mort. J'y suis allé parce qu'on me poussait, comme pris dans une foule.



Léon Vivien
22 avril 1915, 20:30
Notre horizon ? Des cadavres et de la boue. Une boue visqueuse, plus froide encore que tous ces corps inertes. Glaciale au point que les vivants, à force d'y trembler, finiraient presque par envier les morts.


Léon Vivien
16 avril 1915, 11:20
Nous avons traversé un village où les blessés s'entassaient en attendant d'être évacués. Nous sommes passés devant un poste de secours installé dans une grange, qui rejetait jusque sur la chaussée des linges et des tampons d'ouate sanglants. Sensations glaçantes. L'odeur de l'iodoforme et de l'eau de javel flottait dans toute la rue. Des cris et des gémissements s'échappaient des portes et des murs pour nous sauter au visage. Ceux qui tenaient encore debout nous regardaient tous, l'œil vide, le teint hâve, les cheveux collés par la poussière, la sueur et le sang. Certains clopinaient, en appui sur deux bâtons. Beaucoup avaient le front barré de pansements obliques, la mâchoire soutenue par des bandes en mentonnière d'où coulaient des filets de sang. On ne savait plus très bien si l'on croisait des morts ou des vivants.


                               (extraits de la page facebook de Léon Vivien)


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-  Une explosion. Ils ‘embrassaient tous les deux pour le moment et pour toujours mais le cavalier n’avait plus sa tête, rien qu’une ouverture au-dessus du cou, avec du sang dedans qui mijotait en glouglous comme de la confiture dans la marmite. Le colonel avait son ventre ouvert, il en faisait une sale grimace. Ça avait dû lui faire du mal ce coup-là au moment où c’est arrivé. Tant pis pour lui ! S’il était parti dès les premières balles, ça ne lui serait pas arrivé.
                                   «  Voyage au bout de la nuit «  Louis-Ferdinand Céline

-  Ca se remarque bien comment que ça brûle, un village, même à vingt kilomètres. C’était gai. Un petit hameau de rien du tout qu’on apercevrait même pas pendant la journée, au fond d’une moche petite campagne, eh bien, on a pas idée la nuit, quand ça brule, de l’effet qu’il peut faire ! On dirait Notre-Dame ! Ça dure bien toute une nuit à brûler un village, même un petit, à la fin on dirait une fleur énorme, puis, rien qu’un bouton, puis plus rien.
                                                 «  Voyage au bout de la nuit «  Céline

-  Il s’agissait de vivre une heure de plus au fond pour nous tous, et une seule heure dans un monde où tout s’est rétréci au meurtre c’est déjà un phénomène.

                                                     Idem




-  Il a pris un obus en pleine poire, mon vieux, et puis pas un petit, à Garance que ça s’appelait … dans la Meuse sur le bord d’une rivière … On en a pas retrouvé «  ça «  du gars, mon vieux ! C’était plus qu’un souvenir, quoi … Et pourtant, tu sais, il était grand, et bien balancé, le gars, et fort, et sportif, mais contre un obus, hein ! Pas de résistance !

                                                     Idem

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-  Et c’est alors que le Poilu fit son entrée dans le monde. Le Poilu ! Il y avait eu d’abord, le 1 er août, le Poilu aux joues rouges. Plus tard, il y aura le Poilu bleu-horizon. Pendant la retraite, il y eut le Poilu rouge. En pantalon garance et képi idem, la tête rougie de soleil et de sang, du poil plein la gueule depuis les oreilles jusqu’au fond du menton, il va, le Poilu. Son fusil lui pend sur le cul, et son échine ballote dans sa capote de boue. Le sac de travers, les musettes à la débandade, il clopine comme un crapaud. Il est sale de poudre, de défaite et de pluie. La fatigue lui dégouline dans les joues en sueurs et en maigreurs. Ses longues dents trouent ses mâchoires depuis le haut jusques en bas. Sa tignasse lui colle aux tempes en paquets de vase durcie. Des fils de salive cousent sa bouche à sa barbe. Le nez lui coule sur les pieds. Il est laid. Il est beau. Ses yeux emplissent son visage. Son cœur emplit son corps. Le Poilu, c’est un œil dans le poil. Le Poilu, c’est un cœur à poil.

-  Un jour, on monte à l’attaque. C’est l’heure H. La gnolle gargouille dans les tripes. L’œil crache de la mitraille. Un coup de sifflet, et l’on y va. Pourquoi ? Comment ? Bah ! Qui tombe, tombe. Les tirs de barrage, on connaît ça ! On saute ! On pète ! On crève ! On crève un tas de Boches dans leur truc. On prend 10 mètres de Tranchées. La dix-milliardième partie du sol français, quoi !

-  Seize attaques déferlent successivement, successivement brisées net. Chaque grenade ouvre un trou de dix hommes. Des vagues de gaz endorment pour toujours des vagues d’hommes. Fer et feu hachent en cauchemars les viandes d’assaut. Ce Mort-Homme n’est bientôt plus qu’un horrible charnier. Les cadavres s’amoncellent sur les pentes, en tas verts. Le coteau de terre disparaît sous un coteau de morts. Ce soir-là, cent mille cadavres dormaient devant Verdun.

-  Les assauts d’ennemis sont reçus à la baïonnette. Plus de tranchées. Mais des amoncellements d’éclats d’obus, on creuse des tranchées de fer. Chaque jour, les cadavres boches s’épaississent en remparts. Vaux croît, Vaux monte au ciel ! Un lieutenant, blessé en bondissant à l’assaut, chante la Madelon pour encourager les troupes. Au refrain, il meurt. Ces Poilus contre-attaquent avec des baïonnettes ébréchées, en chantant la Madelon. Quand le Boche entra dans Vaux, il ne trouva que des mourants et des morts.


                                                                    Joseph Delteil : " Les Poilus "

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Je fais cette déclaration comme un acte de défiance volontaire de l'autorité militaire, parce que je crois que la guerre est délibérément prolongé par ceux qui ont le pouvoir de mettre fin, je suis un soldat, convaincu que j'agis. au nom de soldats. Je crois que cette guerre, à laquelle je suis entré dans une guerre de défense et de libération, est devenu une guerre d'agression et de conquête.
 (...)

 J'ai vu et enduré les souffrances des troupes, et je ne peux plus être partie à prolonger les souffrances des fins que je crois être le mal et injuste. Je ne suis pas pour protester contre la conduite de la guerre, mais contre les erreurs politiques et insincérités dont les combattants sont sacrifiés. Au nom de ceux qui souffrent maintenant, je fais cette protestation contre la tromperie qui a été pratiqué sur eux; (...) " 

                         Un extrait de la lettre écrite par le soldat anglais Siegfried Sassoon à son commandant en juin 1917. Cette lettre fut publiée dans le journal " Times " de Londres.

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Laurent Gaudé : «  Cris « 


-  Le premier obus, dans le hasard infini de cette nuit sans yeux, a explosé en plein milieu de la colonne silencieuse qui venait de nous dépasser pour monter au front. J’ai couru avec mes hommes pour aider. Il y avait des corps partout, sur la route et sur les bas-côtés. Certains commençaient lentement à se relever. D’autres ne bougeaient plus. D’autres encore hurlaient à la mort.

-  Je voulais voir le médecin. (…) De la guerre, comme nous,  il connait le crépitement des fusils et les explosions de soufre. Mais de la guerre il sait l’infinité des cris que l’homme peut pousser lorsqu’il a mal.

-   Je remplis mes poumons. Il faut y aller. Je crie «  à l’attaque ! «. J’enjambe le parapet. Tous les hommes me suivent. Je cours maintenant. Ils sont derrière moi. J’entends le cliquetis de leur équipement. J’entends les pas de notre course. Plus vite qu’un guépard. Tout droit. Sans faiblir. Je ne pense à rien. Je me concentre sur ma course. Les lignes ennemies approchent. Je les vois maintenant. Je discerne des silhouettes qui dépassent des tranchées. C’est vers eux que je vais. Ce sont eux les ennemis. Eux qu’il faut tuer. Ils sont près. Je cours encore. Je ne sens aucune fatigue. Je me sens rapide comme un fauve. Je vais …


-  J’ai entendu un coup de feu. Et j’ai vu Barboni, lentement, baisser son bras. Le canon de son arme était encore fumant. A ses pieds gisait le corps du prisonnier. Abattu. Une balle en pleine tête. A bout portant. Son visage est un vaste cratère sanglant où l’on ne voit plus ni nez, ni lèvres, ni yeux mais la chair ouverte, juste, la chair à vif.



-  Je ne peux pas dire combien de temps cela dura. Plusieurs heures peut-être. Je n’ai vécu que de cinq secondes en cinq secondes. L’explosion, le soulagement, l’attente et l’explosion à nouveau. Chacune de ces cinq secondes m’a fait vieillir plus sûrement qu’une vie.


-  Les voilà. Nous avons entendu un grand cri sourd monter de l’horizon. Et je vois maintenant, aussi loin que porte mon regard, une vaste ligne d’hommes se détacher et se ruer vers nous. Ils sont des milliers. Une vague immense de petits points noirs qui ne cessent de s’approcher. Sur des kilomètres de front. Comme un seul grand corps, ils sont sortis de leurs tranchées et courent vers nous.


                                   
                                                Queues de cochon pour empaler l'ennemi

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-  J’en avais vu des visages apeurés : celui des jeunes recrues qui montent pour la première fois au front, celui des vieux qui craquent d’un coup parce que c’en est trop et qu’ils ne supportent plus le pilonnage qui les rend fous, celui des survivants qui poussent la porte de l’infirmerie en sachant qu’ils auront du mal à reconnaître leurs copains à la gueule arrachée.

                                                                 Laurent Gaudé : " Je finirai à terre "

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 «  Mon très cher Papa et Maman,
Je vous écrit cette lettre pour vous dire que je suis toujours en bonne santé et j’espère que vous êtes aussi en bonne santé que je prie tous les jours pour vous et pour que vous ne vous inquiété pas sur moi. Le Curé il dit si c’est qu’on est tué, on ira droit à l’Paradi en qualitée de martyre, et s’est un bien brave homme, et bon pour les homme. Je serez contant que la guerre sera vite fini, parceque au front, faut toujour gueulé et moi je voudrez etre à la maison pour vous caressé et pour vous aidé un peu, parce que j’ai peur que vous devez avoir dificil sans moi, mais je met ma solde de côté pour vous apporté quelquechose quand je reviendrez. Je vous embrasse de loin.

                                                           Votre petit Louis qui vous aime. « 


                                         Fr. Martial Lekeux : «  Mes cloîtres dans la tempête »

mardi 19 novembre 2013

Thierry Bizot : " Tout à coup, le silence "




Paris, douze heures quarante-sept. Patricia sort de chez son gynécologue. Dans la rue, le temps s’est arrêté : les voitures sont figées, les êtres humains sont immobilisés dans leurs dernières poses. Tout ce qui bouge est à l’arrêt : les voitures, les bus, les gens, l’eau ne coule plus, les montres n’avancent plus etc… Et toutes les bactéries sont endormies : les pains restent chauds, les légumes toujours frais, etc… Partout des momies « vivantes «. Patricia explore Paris,  inerte. Et ce silence, absolu.
 Patricia ira voir ses parents, retrouvera Henry son fiancé, immobile, au volant de sa voiture. Elle lavera et habillera des vagabonds, nettoiera des rues entières, .... Il lui arrivera des nombreuses aventures magnifiquement décrites dans ce livre savoureux ( dont avec Claire et un bébé). Et puis vous connaîtrez quelques-uns de ses jardins secrets … Ce roman est truffé d’extraits de poèmes dont vous en trouverez facilement l’utilisation.
Livre remarquable donc pour au moins deux raisons : 1. C’est une réelle prouesse, pour un homme, de se mettre à ce point dans la peau d’une jeune femme.  2. Cette histoire pourrait être le sujet d’une nouvelle de 30 , 50 pages maximum et Thierry Bizot en fait un roman de 260 pages délicieuses jusqu’à la fin.
Je mettrais bien un peu plus de 4 étoiles et demi sur cinq !



Extraits :

- Toutes les Patricia que j’ai connues avaient un brin de délure, un truc de traviole qui les rendaient sympathiques. Je suis fière de mon prénom : il me semble digne d’un personnage de film. Dans mon esprit, on ne peut pas s’appeler Patricia sans être un peu exceptionnelle.

-  Les hommes se moquent de la paternité jusqu’au jour où ils font une dépression.

-  Plus tard, je deviens une  fille «  facile «. Les garçons n’ont pas peur de m’aborder et j’en dépucelle plus d’un. Tandis qu’ils râlent trop vite dans mes bras, je pense à ma mère, qui me croit pure, et tout en regardant le plafond, je souris.

-  Elle ne me pose pas de questions gênantes, comme si elle connaissait la géographie de ma pudeur.


Un monde sans les hommes, sans leur violence, leur vanité, leur odeur, leurs pressants besoins. Un monde de douceur, d’entraide, de parole échangée, de compassion.

mardi 12 novembre 2013

Robert Ruwet : " Le Sablier d'Isabelle "


Hier, dans un restaurant, Hugo, «  la quarantaine triomphante « a emprunté la salière à Isabelle, «  la quarantaine inquiète ». Ensuite, ils ont «  sympathisé «  et même plus ….
Aujourd’hui, c’est le réveil avec croissants, café, et, whisky pour Hugo. Ces deux-là ont décidé de jouer au jeu de questions et réponses sur leur passé respectif. Un jeu pourtant réputé dangereux, mais a Dieu vat ! Plusieurs personnages vont alors défiler devant nous, bien typés, et grâce au fameux sablier, tout est dit sur eux, en quelques mots, juste ce qui est nécessaire et suffisant. Tout à l’air de bien se dérouler mais la fin de cette joute est, pour le moins, assez inattendue …

Cette excellente pièce de Robert Ruwet a été jouée de nombreuses fois en 2008 à Liège et elle mériterait une version cinématographique.
(Note : je verrais bien comme réalisateur : R. P…i
                                                 Isabelle : S. M...U
                                                 Hugo : F. L…i.)


Extraits :


- Hugo
Oui, je sais, séparation par consentement mutuel... j'ai connu ça aussi. C'est ce qu'on raconte après, quand on écrit l'histoire, mais en réalité... c'est quand même toujours la femme qui largue le bonhomme quand elle en a son compte. Nous ne sommes que des marionnettes dont vous tirez les ficelles, Mesdames.

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- Hugo

Ce n'est pas comme entre nous. Hein ? Question dialogue, on doit être les champions. On se connaît depuis... un peu plus de douze heures et on a déjà causé davantage que beaucoup de vieux couples. (Il s'approche d'elle) Dis, Isabelle ? Tu ne crois pas que c'est un signe ça ?

dimanche 10 novembre 2013

Georges Simenon : " La maison du juge "





«  Mme Maigret, elle-même, ignorait pourquoi il était tombé en disgrâce et avait été nommé commissaire central à Luçon ». Et oui ! notre bon Maigret a été mis sur une voie de garage… Une certaine Adine ( Didine pour les intimes) lui ( à Jules) demande de venir jeter un œil à la maison de son voisin, un notaire, destitué également. Là, il découvre un homme couché, sans doute mort, que plus tard le notaire en question tente de traîner vers l’extérieur ( j’espère que vous suivez !). Qui a tué ? Le notaire ? Sa fille Elise très jolie mais dont les facultés mentales sont altérées ? Albert, le fis du notaire ? Marcel, l’amant d’Elise ? D’autres encore que le lecteur ne manquera pas de suspecter … Et qui est ce macchabé et pourquoi a-t-il été tué ?
 Voici une sympathique enquête de notre ami Georges, peut-être pas la meilleure, mais brillante. Comme d’hab. !

samedi 9 novembre 2013

Liége en 1914



                           Troupes allemandes début août 1914 sur la place Saint-Lambert

                       En vrac :

- La Meuse, lundi 5 janvier 1914
Union des accoucheuses de la province de Liége. L’inauguration des séances de perfectionnement aura lieu ce jeudi 8 janvier à 3 heures ½ à l’école moyenne professionnelle de la rue Hazinelle à Liége. (…)



- Mardi 20 janvier 1914
Diverses actions dont des conférences sont organisées dans la salle académique de l’Université par l’union des femmes belges contre l’alcoolisme. (…)

-  La Meuse, jeudi 22 janvier
Le comité de la Ligue Antiflamingante a tenu, lundi soir, une très importante séance en son local du petit Trianon, rue St-Gilles, 425. (…)

-  Lundi 22 février 1914
«  Le Vieux Liége «  fête son 20 ème anniversaire. (…)

- Lundi 9 mars 1914
L’établissement des Bains Grétry est à vendre, les charges financières étant trop lourdes. (…)

- La Meuse, vendredi 8 mai 1914
Le corso fleuri d’enfants du 17 de ce mois dans le beau parc de la Citadelle à l’occasion de la fête du printemps est assuré, dès à présent, d’un beau succès. (…)




-  La Meuse, dimanche 24 mai 1914
Les élections législatives du 24 mai 1914. Brillante victoire libérale à Liége et dans le pays. Sensible recul clérical. (…)





- Juin 1914, incendie de la Linière du quai Saint-Léonard

A suivre >>>>>>>>>>>>

- La Meuse, vendredi 8 janvier 1914
Conscrits de la classe 1914 et 1915. Voulez-vous que la vie militaire vous semble plus douce, plus agréable ? Venez à la section de Préparation Militaire des ex-Militaires de tous grades de Liége. C’est une école du patriotisme, de santé, de bonne humeur. Par votre effort volontaire, vous apprendrez la discipline qui fortifie le caractère, le devoir qui rend noble (…) Pour tous renseignements et inscription s’adresser à M. Demoulin, rue Natalis, 17 et à Mr Arthur Libotte, rue Ste-Julienne, n° 90 à Liége

-  La Meuse, samedi 24 janvier 1914
La fête des chauffoirs et de la bouchée de pain au Kursal, rue Pont-d’île. Il s’agit, comme on le sait, de venir en aide à une œuvre dont les ressources sont aujourd’hui précaires alors que le froid sévit. Il y a  donc, pour les Liégeois, un beau geste de charité à faire.



- La Meuse mercredi 11 février 1914
Œuvre de soupe scolaire. Née en 1901 d’un élan de philanthropie d’un groupe d’amis, l’œuvre de la Soupe Scolaire fait participer 3.000 enfants à ses distributions quotidiennes de soupe. Pour le mois d’octobre, il fut distribué 111 mille 314 litres de soupe ce qui représente 220.447 portions (…)

- La Meuse, mercredi 11 mars 1914
Devoir de la population civile en temps de guerre. Si un jour, nos troupes devaient assumer la noble mais lourde tâche de défendre le sol de la Patrie et la vie de nos femmes et nos enfants, tout Belge aurait, certes, à cœur de faciliter leur mission, d’en atténuer les fatigues et privations. (…)

- La Meuse, lundi 27 avril 1914
Les ballons allemands en Wallonie. Pendant la journée de dimanche, la contrée de Theux-Juslenville a été visitée par des ballons allemands. Il fut d’abord donné à voir quelques ballons d’essai, pourvus de drapeaux et volant à très haute altitude, puis, vers 4 heures, un ballon pourvu de nacelle.(…)                                  ( commentaire de 2014 : c’est louche !)

-  La Meuse, mercredi 6 mai 1914
Traitez les animaux avec douceur. On nous écrit : «  Il faut croire que l’excellente Société Protectrice des Animaux n’est pas suffisamment sévère, malgré sa vigilance, pour ces misérables charretiers qui frappent leurs chevaux sans le moindre discernement, car, ces derniers jours, les habitants de l’avenue de l’Observatoire étaient encore indignés de la conduite de certains charretiers frappant courageusement leurs chevaux qui ne parvenaient pas à gravir cette pénible avenue, traînant de lourds chariots de graviers blancs. (…)

-  La Meuse, 25 mai 1914
Rentrée de troupes. La classe de 1912 de l’infanterie a été rappelée sous les armes samedi et les miliciens ont regagné leurs casernes respectives ce dimanche après-midi. A Liége, le 12è et le 14 è de ligne se trouvant au camp, on en a profité pour former les unités bis de ces régiments. (…)

- La Meuse, mercredi 1 er juillet 1914
Le premier départ des colonies liégeoises. Ce mercredi matin, vers 8 heures ½, une animation toute spéciale et particulièrement joyeuse, régnait à la gare des Guillemins. D’importants groupes d’enfants, fillettes et garçonnets, conduits par les instituteurs et les institutrices, s’embarquent à destination des colonies scolaires liégeoises qui sont établies à Franchimont et à Jehanster. (…)

-  La Meuse, samedi 14 juillet 1914
Un urinoir malpropre, nous écrit-on, c’est celui de la rue de la Montagne. Par ces temps de chaleurs torrides, il s’exhale une odeur pestilentielles capables de rendre malade tous les habitants des environs. C’est évidemment grave. Des mesures seront prises

- La Meuse, mardi 14 juillet 1914
La saison des «  cûtès peûres «  qui s’ouvre. Les premières marchandes des « cûtès peûres « qui, semble-t-il, sont quelque peu en avance sur l’année dernière, viennent de faire leur apparition dans nos quartiers populaires. (…)




- La Meuse, mercredi 15 juillet 1914
Il fait chaud. Tout le monde sue. Les chiens attelés laissent pendre des langues longues de 15 centimètres et se précipitent, tête baissée, sur les fontaines. Les arroseurs publics deviennent les dieux du moment. On leur pardonne tout, même lorsque, oh ! involontairement, ils vous envoient à travers les jambes le jet rafraîchissant. On voudrait se plonger dans l’eau, manger dans l’eau, dormir dans l’eau, manger dans l’eau. Ceux qui ont essayé en sont morts. Alors ! …

- La Meuse , samedi 16 et dimanche 17 juillet 1914

Vieilles fontaines. Nous constatons avec joie que nous possédons de vieilles fontaines. Elles alimentent un certain nombre de maisons. C’est ainsi que les fontaines Roland desservent 44 immeubles, les eaux de l’Areine de Messire Douffet 8 et les eaux de l’Areine de Richonfontaine, 77. Les maisons desservies par les eaux alimentaires sont au nombre de 22.302. Au total 22.432 immeubles alimentés.
Notre consommation d’eau en l’an 1913 se résume comme suit : la moyenne journalière amenée en ville a été de 20 mille 600 mètres pendant le premier semestre et de 26.610 mètres pendant le second. (…) On sera heureux d’apprendre que nous possédons 1.335 vannes de tous diamètres, 603 robinets de décharge et près de 2.700 bouches d’incendie. ( …) Le nombre de compteurs qui fonctionnent est d’environ 20.900 (…) Les compteurs d’eau sont une bonne affaire pour la caisse communale. Ils rapportent plus de 100.00 francs.


- La Meuse, samedi 18 juillet 1914
Le service d’électricité de la ville de Liége comptait en 1908 le nombre restreint de 252 abonnés. Au 30 juin 1913, il y en avait 1.056. La vente de courant pour la dernière période s’est élevée à 3.046.046 kwh. (…)

- La Meuse, samedi 18 juillet 1914
Nous avons 47 écoles primaires qui ont été fréquentées par 11.089 élèves ; les écoles d’adultes ou ménagères sont au nombre de 31 avec une population de 3.573 élèves ; 22 jardins d’enfants ont reçu 3.700 élèves. Les six établissements d’enseignement moyen ont eu 3.281 élèves ; les deux écoles normales 181, et les 14 écoles professionnelles 2.670 élèves. Les classes de vacances ont été fréquentées par 1.493 élèves ; 736 ont été envoyés en colonies de vacances. Les patronages laïcs des écoles communales au nombre de 19 ont été fréquentés par 3.897 élèves. Quant à la soupe scolaire, elle a coûté frs 21.822  ; on a distribué 156.769 litres de soupe à 2.800 élèves. (…)




- La Meuse, mardi 28 juillet 1914
La vie de  Liège – L’angoisse

Nous venons de vivre quelques instants d’angoisse. Jusqu’alors, la guerre n’était pour nous qu’une chose lointaine. Tout au plus, la voyions-nous sous un aspect divertissant ; elle variait le menu de nos lectures quotidiennes et les bons pères de famille en saisissaient l’occasion pour apprendre la géographie à leurs fils. Hélas ! voilà que tout d’un coup, cette question des Balkans dont nous ne nous sommes jamais préoccupés de connaître la portée exacte, menaçait de déchaîner autour de nous le fléau de la guerre. Et une angoisse nous a saisis.(…) A la place de cela, nous avons entrevu la misère, la claustration au logis, l’inquiétude des mères pour les fils, de femmes pour les maris, partis à la guerre. (…) Si cette lourde menace s’écarte définitivement, vous verrez que nous reprendrons un goût singulier à la vie. Il n’est pas mauvais parfois d’avoir de ces angoisses. On est souvent malheureux d’être trop heureux.    (signé) ELLER



-  La Meuse, mercredi 29 juillet 1914
 Les trois Liégeois du Tour de France reçus en héros. Rossius, Devroye et Coomans ont été accueillis par une foule d'admirateurs aux Guillemins. (...)

-  La Meuse , samedi 1 août 1914
La situation de notre caisse d’épargne en temps de crise. Les craintes et les alarmes du public en ce qui concerne notre situation financière sont tout à fait déraisonnables. C’est ainsi que certaines personnes retirent une partie de leur économie déposée à la Caisse d’Epargne. (…)



- Le Peuple, samedi 1 août 1914

* Vendredi matin, de nombreuses personnes se sont présentées dans les banques de la ville pour y retirer l’argent qu’elles avaient en dépôt. (…)

*  La place de Liège, sous la direction du général Leman, travaille fiévreusement à l’exécution des différentes mesures à la défense de la région. Actuellement, quatre régiments avec un effectif de 13.000 hommes sont casernés à Liège et dans les environs. (…)



- La Meuse, dimanche 2 août 1914

*  Le transport des chevaux réquisitionnés a continué toute la journée et toute la soirée. Un train spécial en a emmené une partie vers Louvain et Anvers. De nombreux groupes de ces animaux ont été conduits à la gare du Haut-pré et embarqués.


*  Nos dernières nouvelles. On a appris par nos éditions spéciales de l’après-midi et de la soirée de samedi les nouvelles des importants événements survenus à l’étranger. A 10 heures du soir, nous arrivait la nouvelle de la rupture diplomatique avec l’Allemagne, la Russie et la France, et, à 11 heures et demi, nous apprenions la déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie. A ce moment, il y a une foule de personnes devant nos bureaux, et en quelques minutes, cette édition spéciale était enlevée dans toute la ville par des passants et des clients des cafés, qui se mirent à commenter la nouvelle avec une extraordinaire animation. (…)

- La Meuse, dimanche 2 août 1914
L’état-major de la position fortifiée de la province de Liége informe les habitants qu’il reçoit tous les jours à ses bureaux rue Sainte-Foi (quartier Nord) les engagements de volontaires pour l’armée belge. (…)


- La Dernière Heure, mardi 4 août 1914

* L’ultimatum adressé à la Belgique par l’Allemagne. La réponse de la Belgique est nettement négative. (…)
* On ne téléphone plus – Le service téléphonique et télégraphique n’est plus accessible au service privé. Il a été entièrement réservé aux autorités militaires et au service diplomatique. Cette mesure a contribué à affoler la population.
* Le tocsin – Ce matin on a sonné le tocsin aux diverses églises pour convoquer la garde civique qui fait le service de police. Le canon a tonné dans plusieurs forts de l’enceinte, c’était un signal ou une expérience militaire. Il n’en a pas fallu plus pour faire supposer que les allemands avaient commencé l’investissement de la place. (…)

* Les aéroplanes militaires surveillent la frontière. Contrairement à ce qui a été dit, il est inexact que les troupes allemandes aient traversé la frontière. (…)








                                                   La Meuse du mercredi 5 août 1914


Les Allemands envahissent la Belgique – La défense du territoire – Les premiers engagements
(…)

* Pour la Patrie. C’en est fait : la bataille est engagée, et déjà les troupes ont résisté avec succès à la pénétration des forces allemandes sur notre sol. Nos braves soldats, conduits par des officiers intelligents et intrépides, ont fait merveille. Les forts de Pontisse et de Barchon ont admirablement soutenu l’action de nos troupes. (…)

* A Liège, une ovation indescriptible à la 11 è brigade. Il était 7 ½ , mardi soir, lorsque de nombreux groupes désertant place St-Lambert se ruèrent vers l’extrémité du terre-plein du côté du Palais. Dans une demi-obscurité, on apercevait un défilé. Qui passait là ? On s’en rendit bientôt compte. C’étaient les hommes de la 11 è brigade, commandés par le général Bertrand. Ils défilèrent, mais au milieu de quelles ovations, grand Dieu ! La foule, formant deux haies, se mis à pousser des cris d’enthousiasme, en agitant chapeaux et mouchoirs, interpelant officiers et soldats : » Allons, mes amis, en avant ! « Et le public, littéralement emballé, continuait : «  Quel plaisir de les voir ainsi marcher ! » Et d’autres disaient : «  I rotet avou cœur ! «  ou encore : «  Allons, camarades, flahi, savez là ! « Et les hommes chantaient et criaient : «  Vive la Belgique ! « Moment d’émotion profonde. (…)

*  Plusieurs établissements industriels du bassin de Liège – charbonnages compris – ont été fermés mardi. Ingénieurs, contremaîtres et ouvriers sont chargés de travaux divers autour des forts de Fléron, Chaudfontaine et Pontisse. Mardi après-midi, à partir de 5 heures, les voyageurs n’étaient plus admis sur les trams Est-Ouest. Ceux-ci ont transporté des escouades d’ouvrier vers Fléron.

*  Les préparatifs pour les blessés. Il y a , en ce moment, 250 lits à l’hôpital des Anglais, 150 à l’hôpital de Bavière et 700 à l’école des Rivageois.

* Les engagements. Les volontaires qui se présentent au bureau des engagements dans l’armée sont de plus en plus nombreux. Tous les propriétaires d’autos et de motos font preuve aussi de beau patriotisme en se mettant au service de l’armée.



- La Meuse, mercredi 5 août 1914, numéro du soir

*  Des troupes françaises sont en marche vers Liége. D’une information que nous croyons devoir tenir comme officielle. Il paraît que ce mercredi matin une brigade de dragons français se dirige vers Liége ; elle est précédée, nous dit-on, d’une section de cyclistes. Ces troupes françaises viennent soutenir notre action défensive contre l’armée allemande.

* Bravoure. Nous avons rencontré en ville de nombreux propriétaires d’autos qui ont mis obligeamment leur machine à la disposition de l’autorité militaire. L’un de ceux-ci est allé, à deux reprises, alimenter le fort de Pontisse, et les deux fois, il a essuyé le feu des Allemands. Son auto porte les traces des projectiles.

*  Les volontaires. Deux groupes de volontaires ont quitté Liége ce matin. La foule les a acclamés chaleureusement comme elle l’avait déjà fait hier et comme elle le fera encore demain.


*  A la citadelle. Les volontaires arrivent continuellement à la citadelle. Des ouvriers sont occupés à abattre et à scier les arbustes qui entouraient la vieille forteresse. Là-haut, on apercevait très distinctement, vers 10h ¼, les fumées produites par le tir des forts de Chaudfontaine et de Fléron.


- La Meuse, mercredi 5 août 1914
* Environ 190.000 hommes de troupes allemandes, renforcées par des batteries d’artillerie et avant probablement le concours de ses aviateurs, vont tenter de forcer nos positions. Nos officiers, nos soldats sont prêts au combat ; ils attendent résolument l’attaque annoncée.
Salut à notre armée ! Haut les cœurs !

*  Une véritable nuée d’espions allemands se sont abattus sur notre région. On en arrête tous les jours, tant en notre ville que dans les communes suburbaines. Ils sont déguisés de toutes manières, voire même en officier et soldat belge.


-  Le Soir, mercredi 5 août 1914

* L’Allemagne déclare la guerre à la Belgique. Le sort en est jeté.
* Une panique à Liège. Liège a été lundi matin, le théâtre d’une panique irréfléchie, voici dans quelles circonstances, qui nous sont contées ici (…) Le bruit se répandit en un instant que les Allemands étaient à Liège. On vit alors les passants se sauver dans toutes les directions, se bousculant mutuellement, pour rentrer chez eux et fermer la porte à clef. Les rues furent vidées en quelques minutes. Le soir, par une heureuse réaction, ce fut une animation et un enthousiasme délirants. Les femmes demandaient des armes.
* Les épiceries et les grands magasins ont été envahis et chacun s’en retournait chez soi emportant des provisions.  Beaucoup de boulangeries sont fermées, la farine étant réquisitionnées pour les troupes. (…)
* Les hostilités. Les Allemands sont massé à la frontière – Les Belges font sauter les ponts de la Meuse en aval de Liège – Les Belges font sauter les ouvrage d’art sur les lignes de la province de Liège – On se bat devant Liège : les troupes allemandes se sont présentées devant les forts à l’est de Liège. Un combat à lieu en ce moment. (…)


- Le Matin, vendredi 7 août 1914
Dans la nuit de mercredi à jeudi, nos troupes ont résisté vaillamment encore aux forces allemandes. A l’heure actuelle, tous les forts et les coupoles sont toujours intactes ; il en est de même des massifs bétonnés. Il n’y a aucun Allemand dans Liége, à l’heure actuelle ( 16h 40). Il y a eu quelques Allemands qui sont rentrés dans Liége ; ils ont été tués.
(…)
A Liége, on n’est nullement affolés, comme on s’efforce à le faire croire. Ici, encore, ce sont de pêcheurs en eau trouble qui font courir ces bruits.

Il est exact que les Allemands ont mis à sac tous les villages des environs de Liége ; ils ont tout détruit, tout incendié. Ces villages et communes ne sont plus qu’un amas de ruines fumantes.




                                     troupes allemandes entrant sur la place St-Lambert en '14

-  Gazette de Charleroi, mercredi 12 août 1914

*  Ville de Liége . l’administration communale rappelle à ses concitoyens et à tous ceux qui se trouvent sur le territoire de Liége qu’il est strictement interdit, par le code des lois de la guerre, qu’un civil se livre à des actes quelconques d’hostilité contre les soldats allemands qui occupent le pays. Toute agression commise contre les troupes allemandes par d’autres que les militaires en uniforme, non seulement expose celui qui s’en rendra coupable à être immédiatement passé par les armes, mais encore entraînera les répressions les plus violentes contre tous les habitants et spécialement contre les Liégeois qui sont retenus comme otages à la citadelle de Liége, par le commandant des troupes allemandes. Ces otages sont :

1. Mrg Rutten, évêque de Liége ;
2. M. Kleyer, bourgmestre de Liége ;
3. M. Grégoire, député permanent ;
4. M. Armand Fléchet , sénateur ;
5. M . Van Zuylen, sénateur ;
6. M. Edouard Peltzer, sénateur ;
7. M. Colleaux, sénateur ;
8. M. De Ponthière, représentant ;
9. M. Van Hoegaerden, représentant ;
10. M. Falloise, échevin.
(…) Lundi, tous les otages ont été relâchés et ont pu rentrer chez eux après avoir  fait le serment qu’ils feraient respecter les troupes allemandes par la population liégeoise.


*  Une utile recommandation. Recommandation expresse est faite aux parents de militaires de ne communiquer à qui que ce soit l’endroit d’où leur fils leur adresse des nouvelles. Pour de raisons tactique, il est hautement désirable que l’ennemi soit laissé dans la plus complète ignorance de l’emplacement et des mouvements de nos corps de troupes.







-  Gazette de Charleroi, samedi 15 août 1914

* L’occupation allemande de Liége
Tous les jours, nos forts subissent des assauts furieux de la part des Allemands. Mais nos vaillants petits soldats sortent toujours victorieux de ces terribles combats. C’est par milliers que l’on compte les tués et les blessés allemands dans les alentours de nos forts. Certains les évaluent à environ 30.000 hommes mis hors de combat (...)   L’armée allemande, qui a envahi notre province de Liége et fait le siège de nos forts, est forte  d’environ 200.000 hommes. (…) Le fort de Barchon a eu particulièrement à souffrir (…) Le commandant du fort a dû rendre les armes. Le fort de Barchon est dans un tel état de délabrement, ses canons sont tellement usés, faussés, que les Allemands ne pourront en tirer aucun parti. Les onze autres forts de la position fortifiée de Liége sont en excellent état à tous points de vue.  (…) Le bruit se répand de plus en plus que les Allemands vont nous quitter d’ici peu  (…)




Les Allemands, au nombre de plusieurs milliers, occupent notre bonne ville de Liége. On en voit sur toutes les places, aux principaux carrefours. Deux «  Zeppelin «  sillonnent notre ciel liégeois pendant plusieurs heures par jour. Les promeneurs sont plutôt rares dans les rues du centre. Il y a peu, très peu de consommateurs dans les cafés. Les nuits sont plutôt calmes. Cependant, des projecteurs électriques allemands et belges fouillent l’horizon dès 9 heures du soir jusqu’à l’aube. (…)   Les troupes allemandes occupent tous les bâtiments publics : palais de justice, musées, etc. Les magasins sont ouverts et les soldats y font des emplettes qu’ils paient sans marchander en espèces sonnantes. (  …)  

A l’Hôtel de Ville tous les services fonctionnent comme d’ordinaire mais il faut obéir aux ordres de l’autorité militaire. C’est le major von Bayer qui commande actuellement la place, le lieutenant- général étant allé s’installer sur le territoire de Sclessin. Tous les matins, il envoie ses ordres à la mairie et le bourgmestre doit s’y conformer. (…)  Les restaurants sont ouverts, fréquentés par de nombreux officiers. Les soldats cantonnent dans les rues et les habitants peuvent circuler paisiblement dans la ville.  (…) Les journaux ne paraissent plus – et pour cause !  Les tramways ne peuvent circuler dans les rues encombrées de troupes et de véhicules militaires. La Compagnie du Gaz n’ayant plus de charbon, l’éclairage public ne fonctionne plus. Au surplus, à neuf heures du soir, toutes les lumières doivent disparaître. Les Allemands en rassemblant tous les chalands qui se trouvaient en Meuse ont construit un solide pont de bateaux au-delà du pont Maghin, capable de supporter le gros charroi. (…) Toutes les gares de Liége sont occupées par les Allemands. (…) Le moral  des troupes allemandes est loin d’être bon. Les officiers ont perdu la morgue des premiers jours ; les soldats paraissent mornes et abattus. Les otages de Liége sont relâchés. Les Allemands ont porté cette nouvelle à la connaissance de la population par des affiches apposées en ville.


 - L’Etoile Belge, samedi 15 août 1914

D’après ce qui s’est passé dans la province de Liège, il est certain que les Allemands prennent prétexte du moindre coup de fusil tiré par un civil pour exterminer des citoyens inoffensifs et commettre de véritables cruautés. Les faits qui nous sont signalés nous engagent à conjurer la population civile à se montrer d’une extrême prudence car la répression pour tout acte d’hostilité est terrible.




                                         Place du XX août en '14

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Note : En août 1914, trois de nos titres existaient : La Meuse de Liége, La Gazette de Charleroi et la Province de Mons. Le premier a arrêté sa diffusion dès le 5 août, lendemain de l’invasion : les deux autres le 20 août, suite à l’occupation de Bruxelles.






Et tout particulièrement dans mon quartier, Sainte-Marguerite



                            Retraite des troupes belges le 6 août 1914, rue de Hesbaye


- demande d’autorisation d’établir en 1914 (extraits) :
Le sieur Sainte Alphonse, rue de Hesbaye, 16, un moteur électrique de la force d’un cheval – Mme veuve Beaufort, rue des Remparts, 7, une porcherie pour 2 porcs – Waha, François, maintenir son atelier de carosserier avec forge, rue Bas-Rhieux, 84 – Emile Debay, rue Bois-Gotha, 101, un atelier de marbrier ( taille et sculpture de pierre) – Portal-Renard, rue Ste-Marguerite, 54, une porcherie pour 2 porcs – Bogaert (le nouveau propriétaire de la salle  Fontainebleau) , N° 137, rue Ste-Marguerite, un cinématographe, une dynamo et un moteur à gaz pauvre fonctionnant par aspiration de la force de 28 ½ chevaux –
A suivre >>>>>>>>>>>>>>>>>>

- La Meuse, samedi 3 et dimanche 4 janvier 1914
Les arbres de la rue de Campine. Une trentaine d’ormes magnifiques seraient condamnés. La vente de ces arbres aurait lieu lundi prochain 5 janvier. (…) Espérons que ces massacreurs s’humaniseront, et que les pouvoirs compétents s’opposeront à l’abattage de trente ormes qui constituent pour la rue de Campine une superbe parure.

- La Meuse, mardi 6 janvier 1914
Les arbres de la rue de Campine seraient sauvés. Il paraît qu’il n’y a eu qu’une offre de 56 francs. Aussi a-t-on décidé que la vente n’aurait pas lieu «  présentement ». Tant mieux ! Tant mieux !

- La Meuse, vendredi 13 février 1914
Le Bossu en Agimont. Le succès remporté dimanche par la Section dramatique du Patronage communal d’Agimont a dépassé les prévisions les plus optimistes car c’est devant une salle archi-comble que se sont déroulées les intéressantes péripéties du grand drame de Cape et d’épée «  Le Bossu ou le Petit Parisien «. (…)

-  La Meuse, mardi 17 mars 1914
Le quartier saint-Séverin vient de perdre sa doyenne-d ‘âge en la personne de Mme veuve J. Janssen, née Gertrude Willems, qui a succombé à l’âge de 98 ans et était aussi presque contemporaine des lointains événements de Waterloo. Elle a conservé jusqu’en ces derniers temps la plénitude de ses facultés intellectuelles. La vénérable défunte était, sans conteste, l’une des personnes les plus âgées, non seulement de notre ville, mais encore de toute la province.

- La Meuse, mercredi 25 mars 1914
Notre réseau d’égout qui subit de constantes améliorations va motiver encore de nouveaux travaux qui intéresseront, cette fois, la rue En-Bois. La canalisation actuelle sera prolongée sur cent cinquante mètres. (..)

-  La Meuse, vendredi 24 avril 1914

Un suicide. Un vieillard de 63 ans, Auguste B…, maçon, était sans travail depuis 6 mois ; dans la misère et ne trouvant pas à s’occuper, il résolut de mettre fin à ses jours. Mercredi, il se pendit dans sa chambre, rue Eracle, au moyen d’une corde de store. (…)



- La Meuse, dimanche 24 mai 1914
Dans un bureau de la rue Ste-Marguerite, présidé par un avocat conseiller provincial, un incident amusant s’est produit. Un électeur présente sa convocation. C’est un électeur à trois voix. On lui remet ses trois bulletins de vote, puis on passe à l’électeur suivant. Mais sur ces entrefaites, un témoin remarque que l’électeur à trois voix ne s’est pas rendu dans l’isoloir. En effet, notre homme, ses trois bulletins en poche, a regagné la sortie. On le rattrappe, et on le ramène devant le président du bureau qui lui fait remarquer que s’il ne veut pas voter, il doit lui remettre ses trois bulletins et qu’il sera considéré comme défaillant. Finalement, après toute une discussion, l’électeur se résigne. Est-ce pour Narenne-di-bour, est-ce Eloy de Plainevaux, est-ce une liste prise au hasard qui aura bénéficié de ses trois voix récalcitrantes ?

- La Meuse, mardi 14 juillet 1914
Invitation pour la fête du 21 juillet. Les très nombreuses demandes d’invitations adressées au Comité de l’œuvre scolaire des bons de pains pour le grand bal de bienfaisance qu’il organise le 21 juillet prochain dans le vaste établissement de Fontainebleau assurent dès à présent un gros succès. Les portes seront ouvertes à 7 heures. Première danse à 8 heures. La direction du théâtre vient d’être reprise par M. Bogaert qui a fait transformer toute la salle et établir l’éclairage électrique (anciennement au gaz). L’entrée est de 50 centimes au profit de l’œuvre scolaire des bons de pains. (…)



- La Meuse, lundi 20 juillet 1914
Chansons obscènes. La police de la 4 è division a dressé procès-verbal à charge d’Egide M. qui chantait des chansons obscènes la nuit dernière au quartier Sainte-Marguerite.

- La Meuse, mercredi 22 juillet 1914
Au quartier Ste-Marguerite. Commencés il y a environ un mois, les travaux de construction de trottoir en petit pavés cubiques dans la partie de la rue Ste-Marguerite, côté droit, compris entre les rues des Arzis et la Basse Chaussée, viennent d’être terminés et c’est une excellente amélioration de la chaussée. A ce propos, les habitants de la place du Flot, qui fait partie de la rue Ste-Marguerite, se demandent pour quelle raison cette place n’a pas été comme la place des Arzis aussi dotée de trottoirs en pavés cubique. (…)

- La Meuse, vendredi 31 juillet 1914

Il serait peut-être criminel de cacher la situation ou de vouloir faire supposer que toute crainte est dissipée. (…) L’imagination de certains bonhommes se donne libre cours. Les femmes écoutent et colportent des nouvelles qu’elles arrachent aux maraichères, aux marchands de rue. C’est ainsi que ce matin même, dans le quartier de l’Ouest (Ste-Marguerite), on y répandait la nouvelle que le gouvernement avait envoyé 150.000 hommes dans les forts de Liége. (…) De grâce, ne les croyons pas. Conservons notre sang froid et attendons.




                             Troupes allemandes défilant rue de Hesbaye, fin août 1914




Merci aux journaux «  La Meuse «  et « La Gazette de Liège «   ! ! !
Merci à tous ces journalistes anonymes ! ! !
Merci à la bibliothèque de la Place du XX août de Liège et du Sart-Tilman ! ! !



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 Liège en août 1914





Liège, de septembre à décembre 1914 :