" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

lundi 30 juin 2014

Georges Simenon : " Maigret et le marchand de vin "




Oscar Chabut est un marchand de vin, comprenez que ce qu’il offre sur le marché n’est pas de la haute qualité, mais plutôt de la piquette. Il s’en fiche : les affaires marchent du tonnerre. Il méprise tout son personnel, couche avec les  toutes ses secrétaires ainsi qu’avec la plupart des femmes de ses amis ou relations. C’est un de ses employés, qu’il humilie depuis si longtemps, qui le flinguera de plusieurs balles, alors que cette crapule de Chabut sort d’une maison de rendez-vous. Le meurtrier finira par se rendre chez le commissaire. Il faut dire qu’ils sont tous deux au bout de leur rouleau : l’assassin qui n’en peut plus d’être traqué et Maigret qui s’est chopé un méchant rhume. Face à face, ils boiront plusieurs grogs servis par la brave madame Maigret.


Extraits :

-  C’était un timide et c’est à cause de cette timidité qu’il éprouvait le besoin de se rassurer. Et rien ne le rassurait davantage que de savoir qu’il pouvait avoir la plupart des femmes.

-    ( Tout ce qui suit est quasi d’affilée)


Il avait la bouche pâteuse et il se demandait ce qu’il allait boire. Parce que la veille il avait pris un verre de rhum, il en commanda un. En réalité il en but deux, car le verre était petit. (…) Qu’est-ce qu’il y avait à manger ? «  - Du foie de veau à la bourgeoise. « C’était un de ses plats favoris. (…) C’était encore froid, le lendemain, qu’il préférait le foie de veau. Comme dessert, il mangea des noix, des figues et des amandes. Il n’avait bu que deux verres de bordeaux. (…) « - Prends une aspirine avant de partir «  lui dit madame Maigret. Docilement, il en prit une puis, pour en faire passer le goût, il se versa un tout petit verre de prunelle d’Alsace que leur envoyait sa belle-sœur. (…) Il choisit une de ses pipes rangées sur le bureau, la plus légère, et la bourra lentement. (…) Il finit par boire un peu de la fine champagne qu’il avait toujours en réserve dans son placard. (…) «  - Je crois que je vais m’offrir comme apéritif un petit verre de prunelle. » . Elle ne lui déconseilla pas et il ouvrit le buffet. Il avait le choix entre la prunelle et l’eau-de-vie de framboise. (…) Il se versa un petit verre de prunelle. « - Tu ne crois pas que cela va te donner chaud ? « .  «  - On boit bien des grogs contre la grippe. »

samedi 28 juin 2014

Cavanna : " Maria "




« Maria «  est le cinquième roman-récit autobiographique de Cavanna, qui date de 1985, s’inscrit à la suite, entre autres, des « Russkoffs ». Cavanna nous parle ici des femmes, encore et encore (jusqu’à l’obsession mais avec quel talent ! ), des clochards, des laissés-pour-compte, des putes, des ivrognes ; de sa vie d’écrivain et de ses potes de «  Charlie-Hebdo « ; se son enfance, de ses parents, de l’ école, de l’espace et ses savants ; de très belles pages aussi sur Paris, … et de Maria, cette Ukrainienne qu’il a connu quand ils étaient tous deux esclaves des boches pendant la seconde guerre en Allemagne.
Une écriture, un style tout particulier qui va droit au but, sans entourloupe. Cavanna – tout comme Simenon - est un des écrivains majeurs de la littérature francophone du vingtième siècle (si je le dis … hein, t’as qu’à voir !).
Cavanna est probablement le seul mec que j’aurais voulu avoir comme grand frère. Il m’aurait traité de «  p’tit con ! «  cent fois par jour, mais je lui aurais pardonné….

Extraits :

-  Le vieux fantasme secret de tous les mâles. Une vraie rouquine. Un fantasme qui franchit bien rarement le mur de la réalité : les vraies rouquines sont presque aussi rares que les rolls.

-  Je suis vachement content d’être au monde et de voir clair juste maintenant, avec tous ces savants, ces professeurs qui cherchent à comprendre le pourquoi du comment des choses, et moi je suis là, tout ça c’est pour moi, j’ai qu’à le lire, et avec des chouettes photos en couleurs … Je comprends pas tout mais c’est tellement bandant ! J’aurais pas voulu vivre il y a cent ans, je me serais fait chier. Dans ce temps-là, si tu ne bossais pas, tu te faisais chier.

-  mais l’amitié se nourrit par elle-même, comme d’ailleurs l’amour, l’amitié est à sens unique, illusion et compagnie, l’essentiel est que ça fonctionne, n’est-ce pas ?

-  «  - Il y a le présent, qui n’est rien, et les souvenirs, qui sont de la fumée.
Elle dit :
«  - Et Dieu, dans tout ça ? »
Ils se marrent.

- Mendier exige un effort, ne serait-ce que celui de maintenir la main ouverte et l’avant-bras tendu à l’horizontale, et aussi une technique : il faut connaître les endroits propices, savoir repérer l’âme sensible, lui servir la pantomime la mieux adaptée à sa psychologie pressentie, faire, par exemple, dans l’humilité rampante, dans la familiarité sympa ou dans la dignité rougissante.

-  De tous les artifices dont use la femme pour magnifier son gouffre rose et attiser le désir du mâle, aucun n’égale en efficacité ce simple fait de se glisser sous chaque talon un petit socle de bois. Quelle glorieuse trouvaille !

Voilà que soudain se galbent les mollets, que se cambrent les reins, que les fesses se haussent et durcissent, que saillent les seins, que houlent les hanches somptueuses … Voilà aussi que s’allonge le cou, voilà que s’affirme le regard, voilà que la tête  royale, là-haut, trouve sa position idéale, sa position de souverain équilibre, conquérante, sûre de soi.



Voici une courte interview de François Cavanna à l’époque de la parution de «  Maria « :

mardi 24 juin 2014

Georges Simenon : " Le passage de la ligne "




L’histoire de Steve Adams. Né en 1909, il est élevé par son grand-père un peu alcoolo sur les bords. Sa mère, qu’il voit très-très peu, habite avec un juge. Son père est Anglais et travaille pour une société de transport maritime, autant dire que leur relation est plus qu’épisodique. Le jeune Steve est interne dans un lycée de Niort. A la fin de ses études, il échoue à Paris où il survit grâce à de petits boulots. Il fait la rencontre de Mr Haags, dont il deviendra le complice passif. A la fin de la guerre, il fonde une société de « public relation » et finit, comme il a toujours souhaité : dans l’anonymat d’un petite ville…

Probablement un des meilleurs romans « durs «  de Georges Simenon.


Extraits :

I did not belong. Je «  n’appartenais «  à aucun groupe. Pas parce que j’étais indifférent, ou renfermé, comme on l’a insinué mais parce que ces groupes existaient en dehors de moi.

- L’idée ne m’est pas venue de prendre une petite amie. Il me paraissait futile, enfantin de faire la cour à une femme et de passer par tous les stades préliminaires pour en arriver au seul point qui m’intéressait. Je n’avais pas envie de les écouter, de rire, de sourire, de manger ou de me promener en leur compagnie.

-   On entend souvent parler de la solitude de l’homme surtout du pauvre dans les grandes villes. (…)D’après mon expérience, Paris est, au contraire, l’endroit du monde où l’homme souffre le moins, même sans famille ni amis, de sa solitude. Celle-ci est plus accablante en province. (…) C’est encore dans le villages que l’individu qui n’est pas tout à fait pareil à son voisin, qui n’a pas les mêmes idées, les mêmes convictions politiques et religieuses, les mêmes façons de se distraire, est le plus isolé, au point qu’il ne lui reste que la ressource d’un dialogue avec la nature ou avec la bouteille.


- Pourquoi ce qui nous reste du bonheur est-il si vague, alors que les heures d’inquiétude ou de souffrance s’inscrivent en lignes nettes et profondément tracées avec des noirs et des blancs aussi distincts que sur une pointe sèche ? Faudrait-il en conclure que le bonheur ne nous apporte rien, qu’il n’est en définitive qu’un état négatif  ?

dimanche 22 juin 2014

Un chouette après-midi en Outremeuse




Une sorte de répétition générale de la fête du 15 août en Outremeuse, en ce dimanche 22 juin à D'ju d'la mousse... Des dizaines de géants se sont promenés dans les rues, la Batte à traversé une fois de plus le fleuve, donc une belle brocante et l'on fêtait les 100 ans de l'église Saint-Pholien. Oufti ! Quénné ambiance, sous le soleil ...



                              Le café " Le Littéraire wallon " (qui n'a rien de littéraire, notez que ...)




                                       Belle exposition photographique en l'église de Saint-Pholien


                                             Simenon : " Et là sais-tu, c'est Liège, Lîdge "



                                                 Le Frère Alfred



                               Un enfant du quartier : Pierre- Paul Pinet, montreur de marionnettes


                                               

La cathédrale Saint-Lambert

  
Pont des Arches,  église Saint-Pholien et ...

samedi 21 juin 2014

Guy Delhasse : " Signé Guillemins "




Un très sympathique bouquin d’une centaine de pages, en format de poche, qui nous cause de la gare de Liège-nouvelle. Oui, «  la Calatrava » est littéralement passée au scanner par le-gardien-de-buts-de-la-littérature-liégeoise, j’ai nommé Guy Delhasse. Architecturalement et sociologiquement. En vingt chapitres. Des éloges de cette station futuriste des Guillemins, certes, mais également ses défauts : son prix bien souvent critiqué (à juste titre…), l’absence de bancs, les poubelles sans tri, les haut-parleurs, et puis pas écologiste pour un sou …
De la belle ouvrage, vraiment ! 
Vient de paraître aux éditions «  Couleur livres «  pour la modique somme de 8 euros. Vous pouvez vous procurez un exemplaire, par exemple, à la libraire «  Le livre aux trésors «, place Xavier Neujean à Liège (puuuuuubbb !)

Extraits :

-  J’étais belle, belle, belle comme le jour, lumineuse dans ma robe de verre, belle de nuit quand les lumières de la ville sont venues accrocher des lustres à la voûte transparente. J’étais toute jolie avec les deux pans de ma robe relevés.

-  A la gare du nord à Paris, les TGV pénètrent et s’immobilisent dans un hall fermé sur trois côtés. Chez moi, les morsures du froid de canard arrivent des quatre côtés. Neuf quais, neufs banquises et rien pour s’isoler. (…)  L’hiver, les jours de grisaille, le Petit Peuple des Fourmis maudit mon père et le couvre de toutes sortes de noms d’oiseaux.

- (à propos de l’ancienne gare des Guillemins)   Le 18 juillet 1958 naît donc mon plus proche ancêtre : un parallélépipède très sanglé qui ne propose aucune décoration. (…) Elle se prétend sans état d’âme, engagée dans son temps, sans se poser de question. Elle est froide, c’est un glaçon ; cachée, c’est un caleçon, pavée comme la piscine de la Sauvenière, vitrée comme un aquarium quai Van Beneden. Devant sa façade se gare une camionnette qui vend des hot-dogs et des hamburgers. Des odeurs d’huile bouillante se répandent partout. Le dimanche soir, les crieurs viennent vendre les éditions de La Meuse et de La Wallonie. Les alus se ternissent, les plastiques flétrissent, les années deviennent de plomb. Les houillères sont fermées, Cockerill est grillée, les pneus Englebert sont dégonflés, usines rasées, palissades dressées. Le monde moderne devient vraiment très moderne.


vendredi 20 juin 2014

Liège en 1954



                                       Le square Notger, la rue St-Pierre

-  La Meuse, vendredi 15 janvier 1954
Le pigeons qui peuplaient la place Saint-Lambert (et grâce auxquels on comparait Liège à Venise) vont être supprimés (incessamment) sans cruauté.

- La Meuse, 3 février 1954
Du café bouillant distribué en plein vent. – Le froid persiste avec ténacité, mais la lutte décidément optimiste s’est engagée. A Liège, aux quatre coins de la ville, bien des gens sont heureux de trouver des braséros élémentaires et rougeoyants moyens de se chauffer. Le Croix-Rouge offre du café bouillant. (…)

-  Jeudi, 4 février 1954
Appel aux personnes de bonne volonté. – Des centaines de pauvres gens de notre région souffrent de froid. Il faut les aider. Dans l’après-midi, des scouts passeront dans les rues de la ville de Liège pour récolter : charbon, vêtements chauds, couvertures, chaussures qui seront distribués immédiatement aux victimes du froids. (…)

-  Jeudi, 1 er avril 1954
    * Le magnolia du Square Notger a fleuri ce premier avril.
    *  A Liège, la mise en service de la bombe au cobalt va permettre au Centre Anticancéreux de l’hôpital de Bavière de se maintenir à la pointe du progrès

-  Vendredi, 2 avril 1954
Avec son Musée de la vie Wallonne, ses maisons au style archaïque et ses ateliers artisanaux en activité, la Cour des Mineurs va synthétiser à elle seule, tout le pittoresque du Liège d’hier. (assez long article + photos).


- Samedi 17 avril 1954
    * Parking d’Avroy : capacité doublée. – On apprend, en effet, qu’une allée de ciment va être coulée sur le terre-plein du boulevard d’Avroy et que, de part et d’autre de cette allée réservée aux piétons, le parcage des voitures sera autorisé.
      * En 1953, les Liégeois ont emprunté aux onze bibliothèques de la ville 528.477 volumes qui les a instruits ou délassés. Ils ont marqué une préférence très nette pour les romans français contemporains. (…)

-  Lundi, 10 mai 1954
Le Luxembourgeois Ernzer (vainqueur), Ipanis (2ème) et Kubler (3ème) ont dominé la finale du très grand Liège-Bastogne-Liège.

-  Vendredi, 28 mai 1954
Record de foule (15.000 entrées) et de soleil à la Fête de la Santé 1954 au stade de Cointe. (…)


-  Lundi 31 mai 1954
Paulette Evrard (19 ans de Liège) a été élue Miss Province de Liège 1954 devant mes demoiselles Madeleine Dethier (18 ans de Liège) et Elisa Dumoulin (19 ans de Vivegnis). (…)

-  Lundi, 8 janvier 1954
Au stade du Heysel, dans une ambiance extraordinaire, le Standard remporte la coupe de Belgique en battant le R.C. Malines par 3-1 (…)


-  Samedi 12 et dimanche 13 juin 1954
Ces chiffres vous parlent de Liège, carrefour européen du Tourisme. – Une vingtaine d’hôtels de classe, dix-huit musées, vingt-deux cinémas, sept théâtres dont deux de marionnettes, un conservatoire de musique et une galerie unique de monuments et de curiosités attendent, à Liège, le touriste. (…)

-  Lundi, 21 juin 1954 et mardi 22 juin
L’hôpital des Anglais rénové. -
(…) La plupart des bâtiments furent vidés du sol à la toiture. C’est pratiquement un tout nouvel hôpital qui va être mis en service et si l’on ajoute que l’on a fait également l’acquisition de nombreux appareils nouveaux et des plus modernes, on peut conclure aisément qu’il supportera la comparaison avec n’importe quel établissement similaire. Le bloc opératoire est équipé de deux nouvelles tables d’opération des plus modernes dont l’un coûte 220.000 francs et l’autre 160.000.(…)
L’article complet ici :


-  Mercredi, 23 juin 1954
Au concours d’art lyrique du Conservatoire, quatre jolies filles et quatre jolies voix ont justifié le verdict d’un jury généreux. De gauche à droite sur notre cliché : Henriette Willems, Marie-Josée Lamarche, Renée Janne et Marie-Anne Mirquet.

-  Mercredi 23 juin 1954
Record de batterie. – François Louis s’arrêtera à battre ce mercredi à 15 heures. Il aura réalisé un record de 122 heures.


-  Lundi, 28 juin 1954
Dimanche entre 7 et 13 heures, 1.300 pilotes ont reçu la bénédiction dite de Saint-Christophe (à l’église du même nom à Liège).

-  Mercredi 30 juin 1954
Des étudiants préparent leurs examens. Evitez-leur un surcroît de tension nerveuse :
     1.- En baissant l’intensité de vos postes de radio
     2.- En évitant des conversations à hautes voix avec vos voisins
     3.- En demandant à vos enfants de ne pas faire trop de bruit.
Merci pour eux !  (s) l’association générale des étudiants de l’université de Liège.


-  Jeudi 1 juillet 1954
Lors d’une cérémonie intime à son bureau, l’échevin de la Prévoyance sociale a remis le «  prix du mérité «  à cinq personnes qui se sont spécialement distinguées par leur dévouement.
De gauche à droite : Alfredine Renard (35 ans), Louise Deville (15 ans), Marie Kusmirer (17 ans), Albert Thijs (22 ans) et Marc Lemoine (17 ans)

-  Jeudi, 8 juillet 1954
Jean Ferber l’accordéoniste a décidé de jouer 120 heures sans interruption (le record actuel est de 114 heures et 18 minutes). Il est installé, depuis mardi à 13h00 au café de la Cour, boulevard Saucy.

-  Mardi 21 juillet 1954
Voici le plan quadriennal des 8 grands travaux ( 2 milliards 250 millions) qui seront mis en chantier à Liège dès 1955. Gare des Guillemins agrandie. Marché couvert du Longdoz. Achèvement du boulevard circulaire. Université du Travail quai Gloesener. Pont de la Boverie rétabli dans l’axe Grétry-André Dumont. Voix d’accès directe André Dumont- boulevard d’Avroy. Nouvel athénée et complexe scolaire Pont d’Avroy-Hazinelle. Autoroute Anvers-Bruxelles-Aix qui enjambera la vallée de la Meuse à Wandre. (…)



-  Jeudi, 19 août 1954
99 équipes représentant 9 nations ont pris le départ pour affronter les 5.156 km et les 33 cols du XXIV è Liège-Rome-Liège. (…)

-  Samedi 11 septembre 1954
La rue Neuvice est actuellement la seule rue de Belgique chauffée au gaz. Les installations de chauffage public au gaz établies par les commerçants et installées par les services communaux ont été inaugurées ce vendredi soir. (...)  un événement incontestablement révolutionnaire ! (...) Pour se chauffer, pourquoi aller à Nice ? Venez rue Neuvice à Liège. Une nouvelle méthode de chauffage économique d’une rue grâce à des panneaux radiants infrarouges au gaz de ville. (…)




Et plus particulièrement dans le quartier Sainte-Marguerite :                  

- La Meuse, mercredi 27 janvier 1954
Ces deux aménagements (gare du Haut-Pré ; début rue de Hesbaye) intéressent le quartier liégeois de l’Ouest. Le premier prévoit l’élargissement de la gare du Haut-Pré en vue de l’électrification de la ligne 36 Liège-Bruxelles. (…) Quant au second, il intéresse le côté droit de la rue de Hesbaye entre le charbonnage Bonne-Fin et la rue Bas-Rhieux. (…)

-  La Meuse, samedi 16 janvier 1954
En la salle Ste-Marguerite, rue Fraigneux, 4, ce dimanche 17 janvier, gala organisé par le Comité Royal Ouest-Attractions au profit des vieux du quartier. La tournée théâtrale liégeoise présente : «  La Capucine «  pièce en 3 actes de G. Leclos.

-  Samedi 20 février 1954
Ce dimanche 21 février à 14 h dans les salons de l’Hôtel des Contes de Méan, rue St-Martin à Liège aura lieu le premier bal paré et travesti réservé aux enfants. (…). Le soir, bal pour adultes.

-  Mardi, 13 avril 1954
Une pluie de «  Belga «  dans la rue St-Séverin. - C’est à la «  Crémerie Spadoise « , au n° 67 de la rue St-Séverin que va se produire le miracle pendant 7 jours jusqu’au 17 avril. Des pièces de 5 Fr seront littéralement distribuées aux clients de ce magasin d’alimentation générale qui vient de faire peau neuve : une remise de 5 fr au kilo de beurre, une remise de 10 fr pour tout achat de 100 fr. Tout y est clarté et fraîcheur ! (…)


                                              La célèbre maison Goffin-Bovy


- Mardi 22 juin 1954
Une semaine de gaieté à Xhovémont. – Dans un cadre unique, le Comité scolaire de Naniot organise du 26 juin au 4 juillet la «  Semaine de la Gaieté «. Grand bal populaire avec Jo Wertz et sa grande formation, jeux radiophoniques, présentés et animés par Tony Saltor, bal musette avec l’orchestre Vanlanker. (…)


-  Vendredi 2 juillet 1954
Les pensionnés de Ste-Marguerite et St-Séverin en balade. Sur cette photo, ils ont posé pour notre photographe avant leur départ pour leur excursion annuelle.


                                          et oui, c'est bien rue Sainte-Marguerite


-  Jeudi, 23 septembre 1954
Un pendu (momifié) est découvert dans un immeuble abandonné, rue Ste-Marguerite à Liège. (…) La victime a été identifiée comme étant un mineur lithuanien Sevelyns Kovenas, âgé de 46 ans. (…)

-  Samedi 6 et dimanche 7 mai 1954
Voilà pourquoi Liège aurait pu être «  ville d’eau «
«  Dedans les maisons liégeoises sont quasi partout fontaines fluantes, veines de la rivière Meuse, coulants puits et rieux aux boutiques et officines servant. «
         ( Evrard de Falaize – œuvre inédite sur l’origine des Liégeois, écrite en 1567 et publiée en partie en 1904 par L. Bethune )
Légende de la photo :


«  A cette fontaine Roland de la place du Flot, ménagères et convalescents viennent chercher une eau pure dont ils vantent les vertus thérapeutiques. »



Merci au journal  " La Meuse " et à tous ses journalistes anonymes  !!!

Merci à l'université de la place du XX août et du Sart Tilman de Liège !!!

jeudi 19 juin 2014

Un Black à l'enterrement de Mati l'Ohé





                                             Square Notger années  ' 60

A l'occasion de mon anniversaire, j'ai écrit cette petite bafouille.

                                                              Mes écrits.
                              Sous le titre générique d’un ensemble de courtes nouvelles :
                       «  Mais où est donc passé le magnolia de la place Notger « 
Voici :
« Un Black à l’enterrement de Mati l’ohé «.


Je ne sais plus si je vous ai déjà raconté la courte liégeoise histoire que voici ?

Nous étions le lendemain de la veille. La vielle, soit le 15 août,  avait eu lieu un match amical de footballe : Diable Rouge versus Luxembourg sur le tout nouveau stade du Standard de Liège. Cette rencontre s’était soldée par un store  passablement inattendu : 1-3, en faveur donc du Luxembourg autant dire la honte absolue pour les p’tit Belges. Bon, ce sont des choses qui arrivent, pas la peine d’en faire tout un fromage non plus, fut-il de Herve…

Le 16, après une bonne sieste, je passai vers 15h sur la Passerelle de la Principauté de Liège. Mais si, vous savez : celle qui surplombe la rue de Bruxelles, juste au-dessus de l’ex-square Notger, soit sur le flanc gauche du Palais des Princes-Evêque. Je vis au pied des escaliers quatre mecs décorés de très ridicules perruques de Djables rouchhh’. Je ne sais trop ce qui me prit car, d’habitude, je suis plutôt effacé comme mec, discret-agent-secret … Quelle mouche m’a donc piqué ? toujours est-il que je me surpris en train de vociférer comme un con : «  Bande de canules ! ». Quoi ? «  qu’ils me gueulent les quatre d’en bas. «  Bande de canules !, abrutis ! bouhou-ou-ou ! » que je rempile. Et pour être sûr qu’ils me comprennent bien, je leur flanque un long doigt d’honneur, bien pointé vers le firmament. Oufti ! voici t’y pas qu’ils grimpent les escaliers ( sans doute pour la casser, ma gueule). Ni une ni deux, je prends les jambes à mon cou … Hop, entrée au Delhaize de l’ilot Saint-Michel, direction l’ascenseur tout au fond. Ça tombe pile poil, des mômes en sortent. Je m’engouffre. Hop dans la galerie : okay, les décorés n’ont pas l’air de me suivre … Je traverse en courant comme un dérapé toute la place Saint-Lambert, en diagonal. Où ? où ? où ? Je rentre dans le café «  Le Mécène « . Ma planque est libre, ouf : la table juste au coin où l’on peut voir d’un plan époustouflant toute la place du Commissaire Maigret. Voir sans être vu ou à peu près. Je commande à Martine «  un verre de bière «. Je prends le journal «  La Meuse «, vachement défraîchie,  et me cache derrière en zuitant la foule liégeoise à souhait : les ceuses qui attendent le bus, les glandeurs, les ceuses qui font la manche, les dragueurs, les pètés, les camés,  les minettes, les djéllabistes, les ceuses qui ont la tête dans le cul rapport qu’hier c’était le quinze août en Outremeuse, quénne affaire à Lidge ! Je crois que j’ai semé mes supporters.

15h30. J’ai le temps de passé au «  Lou’s bar «. C’est à deux pas, au pied de l’horrible building de la Cité administrative. C’est Rorôôô qui est de service. Je lui commande «  un verre de bière «  et lui demande s’il n’a pas vu Zappa par hasard. Zappa, c’est un pote qui m’a plus ou moins promis un job de magasinier chez Delhaize. Mais là, j’ai des doutes car de 1. plus de nouvelle de sa part et de 2., Delhaize licencie à tout de bras, se débarrassant en premier lieu des plus anciens qui leur coûtent la peau des fesses, et avec mes quarante ans bien coulant, je ne fais certainement pas partie du candidat idéal recherché. Et crotte ! J’écluse et je m’éclipse.
J’arrive pile-poil à l’appart de Laurance, rue Grande-Bêche. « - Alors, on fait comme l’autre fois, Zélim ? » qu’elle bizouille, Lau. « -Ouaip ! «. L’autre fois, c’était au nouvel –an. Lau m’avait maquillé en Black. Purée, j’avais été bluffé là, pour le coup. «  Je me suis toujours demandé à quel Blanc un Black pourrait ressembler … «. Essaie : quand tu rencontres un Black, demande-toi comment il serait en Blanc… Pas si évident que cela …. Lau, c’est Laurance avec deux A. Jadis, je lui ai même envoyé en mails, en sms et en version papier des poèmes, des haïkus à la con, transformant Lau en eau : tu vois le genre ! Lau a été hôtesse rue du Champion, rue de l’Agneau et même rue Marnix à S’raing. A c’t’heure elle s’est recyclée dans les soins de la peau, maquillages, manucure et tutti quanti. Elle est indépendante. Elle s’applique à me transformer en black. J’ai sorti 50 roros, deux billets de 20 et un de 10. Elle prend un vingt : » Pour les produits. », qu’elle dit. Plus tard, je le sais, elle prendra les 30 roros : «  Bon, puisque tu insistes ! ».

L’enterrement de Mati l’ohé vient juste de commencer. Je me noie dans la foule, épiant les regards. Voici des années que je vis dans cette ville et pourtant je ne connais que peu de monde. Ici, c’est encore plus pire à par l’un ou l’autre visage que ne me sont pas inconnus. Eux tous, ils aperçoivent ce Black qui est comme tous les autres Black, tout aussi insolites que les autres dans cette foule constitués principalement de «  jambon-beurre «. J’aime cette fête plus que toutes les autres liégeoises réunies, j’y prends mon pied, chaque 16 août. Le seul jour où l’on peut croiser, frôler des nuées de femmes, mieux : Liégeoises. En robe. Voilettes et mantilles. Noires. Fardées, natures, sophistiquées, provocantes, parfumées. Le seul jour où j’ai envie de les embrasser, en grappes, ou une par une … et plus si affinité … Femmes hallucinantes ! Femmes hallucinogènes !

 J’ai promis à Zappa que je repasserais au «  Cirque Divers «  en Roture. Il est passé 21 heures. Mon pote m’a reconnu du premier coup, même en Black : «  Remets ta culotte, je t’ai reconnu,  Joe Garage ! «  qu’il me fait. Il a réussi à m’introduire demain pour un rendez-vous avec un des boss de chez Delhaize. On écluse un «  blanc-coca » ou deux,  en écoutant Kevin Ayers qui vient de brancher sa guitare accoustico-électrique :

«  J’étais perdu dans la rue
Fatigué et mal au cul
J’ai vu un petit café
Avec une fille dedans
Et je lui disais :
Puis-je m’asseoir auprès de toi
Pour t’ regarder
J’aimerais bien t’accompagner,
Te consoler «.

J’suis rentré pas trop tard dans mon studio. En passant rue de la Régence, j’ai vu des poulets qui embarquaient trois ou quatre types déguisés en Diables rouges «. Je me suis dit qu’il y avait quand même une justice quelque part. J’ai pris une douche, le maquillage s’en est allé à vau l’eau et je me suis endormi en rêvant à Lau.
Bonne nute !

Kevin Ayers : «  May I « :





                                               Le Lou's bar

mercredi 18 juin 2014

Stanislas-André Steeman : " Que personne ne sorte ( six hommes à tuer) "



Six truands ont kidnappé la gamine d’un homme riche et demandent une forte rançon. Ils se réfugient chez la veuve d’un pasteur qui est tombée sous le charme de l’un d’entre eux. Ils commettent des bévues, s’entretuent, et pour finir aucun n’en sortira vivant.

On reconnaît bien la patte de Steeman avec son humour assez british , pince sans rire mais qui n’en pense pas moins. L’on pourra peut-être regretter qu’il ne dit presque rien de la petite Pamela qui n’attendait pourtant que le bon vouloir de l’auteur de ce polar pour encore l’épicer  … Mais chacun écrit comme il veut …

dimanche 15 juin 2014

Ann Chevalier et Robert Ruwet : " Liège, mémoire en images "




Un ouvrage qui nous présente pas moins de 215 documents photographiques de la fin du 19è siècle et du début du vingtième. Pour chacun d’entre eux, un commentaire de bon aloi et très souvent avec cette petite touche bien connue des deux auteurs, ce qui fait la différence … Ce livre a été publié une première fois en 1998, puis réédité en 2008. Autant dire qu’il est intemporel.
Cinq balades partant des ponts suivants : Fragnée, Pont Albert, Kennedy, pont des Arches, pont Maghin.

Aux dernières nouvelles, Ann Chevalier est devenue maire d’une des 36.000 (et des rawettes) communes de France. Robert Ruwet, lui, est resté Principautaire. Il continue à écrire sur sa ville et au moins trois surprises littéraires nous attendent… Incessamment sous peu, comme on dit. A suivre donc …

Je me suis permis de leur piquer trois photos afin d’illustrer cet article. Elles ont été scannées et dès lors ont perdu en qualité. Vous les trouverez beaucoup plus nettes dans la version papier. Ainsi que 212 autres ...


Les Terrasses en 1929.  Après celui des transports publics, voici le crash des limousines. Et cela se passait en septembre 1929 (le 7) ; un mois décidément fort agité … Il faut admettre qu’avec une telle circulation, il fallait être particulièrement doué pour réussir à accrocher un collègue automobiliste. Mais la police veille, moustache aux aguets !


Le boulevard de la Sauvenière et la construction de la tour de Saint-Martin entre 1868 et 1871. Ce cliché offre une vue assez étonnante de la réfection en petit granit de la tour par l’architecte Halkin.



La brasserie Piedboeuf vers 1920. La brasserie de Jupille a longtemps été une des fiertés de la région liégeoise. Les buveurs de bière – et ils étaient nombreux – se divisaient en deux clans irréductibles : les amateurs de Piedboeuf et les amateurs de Stella (sans parler de quelques petites sectes). Maintenant, tout le monde est mis d’accord : les lois du marché ont unifié les goûts et les saveurs … Sur ce document très rare, la longue caravane est prête à entrer en action. La photo a été prise à Jupille à l’emplacement de l’actuelle tour.

samedi 14 juin 2014

Georges Simenon : " Maigret chez le ministre "



Le sanatorium de Clairmont, en Haute-Savoie, était une des réalisations les plus spectaculaires de l’après-guerre. Mais hélas, pour une question sordide de budget et de mauvais béton, un jour de gros orage, il s’effondra laissant 128 petites victimes. Un rapport -dit Calame, du nom de son auteur - avait pourtant mis les autorités en garde mais l’on n’en avait pas tenu compte et il finit même par disparaître…  Un jour, le fameux rapport atterrit sur le bureau du ministre Point mais aussitôt on le lui vole. Pas de chances pour les différent escrocs de cette affaire car c’est le commissaire Maigret qui est chargé de l’enquête …

Extraits :


P. 154 :      Maigret ne conduisait jamais. Il avait essayé, quand on avait fourni la P.J. d’un certain nombre de petites autos noires, et il lui est arrivé, plongé dans ses réflexions, d’oublier qu’il était au volant. Deux ou trois fois, il n’avait pensé à ses freins qu’à la dernière minute et il n’avait pas insisté.

vendredi 13 juin 2014

Colette : " La maison de Claudine "





On connaît le fabuleux roman de Colette : «  Claudine à l’école «. Ici, la grande romancière raconte également son enfance : sa mère Sido, son père, sa sœur aînée, son frère, leur maison, les chats et les chiens. Trente-cinq textes qui font partie des plus belles pages jamais écrites dans la littérature française du début du vingtième. Charme, élégance, poésie, humour, émotions, ravissements, … quelques mots qui habillent si bien à cette grande dame. Voici quelques joyaux :


Extraits :


-  (la petite Colette accompagnait son père lors de ses tournées électorales)
  «  Cette petite demoiselle va se réchauffer avec un doigt de vin chaud ! « 
Un doigt? Le verre tendu, si le cafetier relevait trop tôt le pichet à bec, je savais commander: «Bord à bord!» et ajouter: «À la vôtre!», trinquer et lever le coude, et taper sur la table le fond de mon verre vide, et torcher d'un revers de main mes moustaches de petit bourgogne sucré, et dire, en poussant mon verre du côté du pichet: «Ça fait du bien par où ça passe!» Je connaissais les bonnes manières.
(…)  
. Y a-t-il des gens qui restent froids, au lieu d'avoir dans la gorge le nœud d'un sanglot enfantin, quand ils entendent, sur une route sèche de gel, le trot d'un cheval, le glapissement d'un renard qui chasse, le rire d'une chouette blessée au passage par le feu des lanternes?...

                                                                              ( in  «  Propagande « )

-  Une belle araignée des jardins, ma foi, le ventre en gousse d'ail, barré d'une croix historiée. Elle dormait ou chassait, le jour, sur sa toile tendue au plafond de la chambre à coucher. La nuit, vers trois heures, au moment où l'insomnie quotidienne rallumait la lampe, rouvrait le livre au chevet de ma mère, la grosse araignée s'éveillait aussi, prenait ses mesures d'arpenteur et quittait le plafond au bout d'un fil, droit au-dessus de la veilleuse à huile où tiédissait, toute la nuit, un bol de chocolat. Elle descendait, lente, balancée mollement comme une grosse perle, empoignait de ses huit pattes le bord de la tasse, se penchait tête première, et buvait jusqu'à satiété. Puis, elle remontait, lourde de chocolat crémeux, avec les haltes, les méditations qu'imposent un ventre trop chargé, et reprenait sa place au centre de son gréement de soie...
                                                                 ( in «  Ma mère et les bêtes « )

-  J'avais douze ans, le langage et les manières d'un garçon intelligent, un peu bourru, mais la dégaine n'était point garçonnière, à cause d'un corps déjà façonné fémininement, et surtout de deux longues tresses, sifflantes comme des fouets autour de moi. Elles me servaient de cordes à passer dans l'anse du panier à goûter, de pinceaux à tremper dans l'encre ou la couleur, de lanières à corriger le chien, de ruban à faire jouer le chat.
(…)
Nattée à l'alsacienne, deux petits rubans voletant au bout de mes deux tresses, la raie au milieu de la tête, bien enlaidie avec mes tempes découvertes et mes oreilles trop loin du nez, je montais parfois chez ma sœur aux longs cheveux. À midi, elle lisait déjà, le grand déjeuner finissant à onze heures. Le matin, couchée, elle lisait encore. Elle détournait à peine, au bruit de la porte, ses yeux noirs mongols, distraits, voilés de roman tendre ou de sanglante aventure.

                                                              ( In «  Ma sœur aux longs cheveux « )

-  Elle eut dix-sept ans, dix-huit ans, un teint comme un fruit abrité du vent, des yeux qui faisaient baisser les regards, une démarche apprise on ne sait où. Elle se mit à fréquenter les «parquets» aux foires et aux fêtes, à danser furieusement, à se promener très tard, dans le chemin de ronde, un bras d'homme autour de la taille. Toujours méchante, mais rieuse, et poussant à la hardiesse ceux qui se seraient contentés de l'aimer.

                                                               ( In «  La petite Bouilloux « )

-  Nous avions treize, quatorze ans, l'âge du chignon prématuré, de la ceinture de cuir bouclée au dernier cran, du soulier qui blesse, des cheveux à la chien qu'on a coupés -- «tant pis! maman dira ce qu'elle voudra!» -- à l'école, pendant la leçon de couture, d'un coup de ciseaux à broder. Nous étions minces, hâlées, maniérées et brutales, maladroites comme des garçons, impudentes, empourprées de timidité au son seul de notre voix, aigres, pleines de grâce, insupportables...

                                                            ( In «  Ybanez est mort « )

-  Le dimanche, elle manquait rarement la messe. L'hiver, elle y menait sa chaufferette, l'été son ombrelle; en toutes saisons un gros paroissien noir et son chien Domino, qui fut tour à tour un bâtard de loulou et de fox, noir et blanc, puis un barbet jaune.
Le vieux curé Millot, quasi subjugué par la voix, la bonté impérieuse, la scandaleuse sincérité de ma mère, lui remonta pourtant que la messe ne se disait pas pour les chiens.
Elle se hérissa comme une poule batailleuse:
-- Mon chien! Mettre mon chien à la porte de l'église! Qu'est-ce que vous craignez donc qu'il y apprenne?
-- Il n'est pas question de...
-- Un chien qui est un modèle de tenue! Un chien qui se lève et s'assied en même temps que tous vos fidèles!
-- Ma chère madame, tout cela est vrai. N'empêche que dimanche dernier il a grondé pendant l'élévation!
-- Mais certainement, il a grondé pendant l'élévation! Je voudrais bien voir qu'il n'ait pas grondé pendant l'élévation! Un chien que j'ai dressé moi-même pour la garde et qui doit aboyer dès qu'il entend une sonnette!


                                                            (  In «  Ma mère et le curé «  )

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 Vous pouvez utilement lire cet ouvrage en format Pdf, ici :


mardi 10 juin 2014

L'hôpital des Anglais - Liège, historique



   
                                           Collège des Jésuites anglais en 1740

Construit en 1613 par des Jésuites anglais qui y fondèrent un collège, l’hôpital des Anglais fut acquis par la Commission des hospices civils en 1876, après avoir, depuis 1830, servi de salle de concert, de magasin d’artillerie et d’école de Sapeurs-mineurs –  un Français y fit même l’élevage de ver à soie.
Aménagé en hôpital auxiliaire, il fut inauguré le 8 novembre 1880. Depuis lors, et jusqu’en 1939, la Commission d’Assistance publique, dès 1925, ne cessa de consacrer tous leurs soins à cet hôpital. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la Commission d’Assistance publique comprit que l’hôpital des Anglais ne pouvait plus subsister dans sa formule actuelle. Après avoir conclu à la nécessité de conserver un établissement de soins sur la rive gauche de la Meuse, la Commission d’Assistance publique (C.A.P.) entreprit de transformer totalement les bâtiments existants. Le 20 août 1951, le chantier fut ouvert et l’on peut applaudir aux efforts conjugués qui permirent le prodige de maintenir l’hôpital en activité pendant les travaux.



La plupart des bâtiments furent vidés du sol à la toiture. C’est pratiquement un tout nouvel hôpital qui va être mis en service et si l’on ajoute que l’on a fait également l’acquisition de nombreux appareils nouveaux et des plus modernes, on peut conclure aisément qu’il supportera la comparaison avec n’importe quel établissement similaire. Le bloc opératoire est équipé de deux nouvelles tables d’opération des plus modernes dont l’un coûte 220.000 francs et l’autre 160.000.(…) Une chambre noire permet de projeter, dix minutes après avoir été sorties de l’appareil, les plaques de radiographie prises durant l’opération. (…) Les salles de malades ont été divisées en blocs de 2 à 4 personnes et comportent chacune des chambres isolées. La section de pédiatrie, située au deuxième étage, reçoit un maximum d’air et de lumière et comprend une série de petites chambres séparées par des cloisons vitrées et sur le côté une grande galerie balcon. (…) La section stomatologique est agrandie, de même que la section nez-gorge-oreilles.

                               Articles parus dans le journal «  La Meuse « les 21 et 22 juin 1954


                                           Hôpital des Anglais

Georges Simenon : " Cour d'assises "



Tout le monde le lui avait dit au Petit Louis : il aurait mieux fait de continuer son apprentissage en ébénisterie. Mais non, monsieur a préféré une fois de plus n’en faire qu’à sa tête et crâner. Si encore il ne s’était pas fourvoyé dans de mauvaises fréquentations dont celle d’une bande qui ne valait rien de bon … Puis, il s’est mis à la colle avec une certaine Constance d’Orval –  plus simplement la Ropiquet –, femme entretenue, qui finira par être assassinée ( c’est malin !).  On va tout lui mettre sur le dos, au Petit Louis, même ce crime qu’il n’a pas commis. Le juge et plus de 60 témoins sont là pour s’en charger…

Encore une longue descente aux enfers pour ce personnage si caractéristique qui appartient à cette galerie d’infortunés qu’apprécie tant Simenon.

Un excellent roman-dur de l’ami Georges.

vendredi 6 juin 2014

Moi-je, Catinus, p'tit Gouvyon dans les années '50 et des rawettes ...


                                       Rue de la gare à Gouvy

                       ... " on the sunny side of the street " - " du côté ensoleillé de la rue " ....


Cela faisait déjà un p’tit bout de temps que je m’étions dit : «  Tiens ! il faudrait que je raconte mon enfance « . C’est la page Facebook «  Tu es un vrai Gouvyon si … «  qui m’a décidé. C’est un peu à la mode (cela l’a toujours été d’ailleurs) : se raconter. Pour laisser une trace, sans doute… Mouais !
En général, ces vagues à l’âme n’intéressent strictement personne ; c’est même presque toujours assez pathétique (dans le sens de ridicule). Ces quelques lignes ne dérogeront pas à la règle… Elles n’intéresseront  personne à part môa (ce qui n’est déjà pas si mal). Elles évoquent ces années que je qualifierais de quasi paradisiaques …
 Chacun a son histoire (sans compter son jardin secret, ici, indévoilable). Tout ce qui suit  m’est réellement arrivé (pas de quoi en faire un fromage, d’ailleurs …), un amalgame d’une partie de mes faits et gestes étalés sur plusieurs années mais concentrés en une seule. Vous remarquerez qu’il ne se passe strictement rien d’extraordinaire ni même d’intéressant et pour cause : les enfants heureux n’ont pas d’histoire.




Lundi, premier janvier
Bonne, sainte et heure année à tous ceux que j’aime ! Et tant que j’y suis à moi aussi. Tout le monde ici est de bonne humeur. Il faut dire qu’il fait un temps magnifique : très froid, ciel bleu sans nuage et grand soleil.
J’ai été servir à la messe avec Jean et Etienne.
A midi, maman avait fait de pommes dauphines + des babas au rhum et des choux à la crème Malakoff qui restaient de la veille.
Nous avons souhaité la bonne année chez grand-mère. Elle m’a embrassé très fort (vu que je suis son chouchou, j’ai pas peur de le dire, na !). Quel monde il y avait, Seigneur ! Des cousins et des cousines qui venaient de partout, même de Bastogne. On se regarde tous un peu intimidés, en chiens de faïence … Avec parrain Louis, nous avons été soigner les vaches + donner du foin. Il paraît que Christian Nisen apprend le russe …
A 6 heures, souper chez Marraine (*1). Les Catin de Vielsalm étaient déjà là. J’ai reçu un chouette révolver avec un long canon et un étui (comme ça j’en aurai deux de pif-paf, comme je le voulais). Merci, Marraine ! Les parents sont restés à discuter dans le salon et nous six nous avons été faire les andouilles dans la pièce où l’on se tient.
En rentrant, nous avons croisé Joseph Bontemps qui a dit : «  Jean, il devrait faire du cinéma ». Ben tiens donc ! Ben ça me plairait bien tiens tout compte fait …

- Mercredi 3 janvier
Ah ! J’avais oublié : l’abbé Delhaye m’a donné les 25 décembre (de l’année dernière donc) un livre de Gustave Flaubert : «  La légende de Saint-Julien l’hospitalier «. Je peux le garder. Il m’a dit de le lire très lentement pour bien m’en imprégner. J’ai déjà lu trois pages mais il a fallu que je m’y reprenne à deux fois (au moins !) et j’ai pas encore tout compris … T’as qu’à voir …

«   … On vivait en paix depuis si longtemps que la herse ne s’abaissait plus … « 
                           ( la légende de Saint Julien l’hospitalier)


  
                                        

                                            Ne cherchez pas à mettre des noms sur les visages. J'ai piqué cette photo ailleurs mais elle illustre bien l'ambiance ...


                           - Dimanche 7 janvier
Hier et aujourd’hui, il a beaucoup neigé, sur 40 centimètres. Avec mes sœurs, nous avons fait un bonhomme de neige qui a de l’allure. Nous également été faire du traineau, départ la grange de chez Maxime Laloux puis fond de balle jusqu’en bas de l’avenue Noël. Plein de copains évidemment, tout le quartier était là, ambiance ! J’aime le traineau en fer qui est très haut et léger. Quand les sœurs sont parties, j’ai pris une de leurs luges, celle en bois. Je m’en suis servi comme guide, moi sur mon traineau en fer : c’est super ! je sais me diriger au poil près, un peu comme avec un volant.
Demain, nous rentrons à l’école. Je dois dire que j’avais complètement oublié d’apprendre la fable du «  Laboureur et ses enfants «. J’ai pas la tête à ça. On verra …

-  Lundi 8 janvier
Comme d’habitude, papa nous a conduit à l’école en voiture car les rues sont à peu près praticables, les chasse-neige sont passés toute la nuit. Nous à l’avant et les Marx «  dans les cochons «  (= dans l’arrière qui sert de coffre à outils).
On s’est marré comme des fous à la récré : batailles de neige même si normalement on ne peut pas. Pour finir, sœur Emérancia est venu gueuler. Robert et André ont valsé à la cave + raclées de dimension …
Au soir, re –traineaux, papa est revenu nous chercher pour rentrer à la maison. Crotte !

-  Jeudi 11 janvier
On s’est fait attraper par la bande à Boclinville en remontant de l’école. Déjà à midi, il nous avait menacé : «  Gare à vos fesses à 4 heures ! « Et effectivement ils nous attendaient. Je me suis fait laver copieusement avec de la neige (et je ne suis pas le seul). Bandes de crapules ! En me relevant, j’ai osé murmurer un «  Trou du cul !  « . Un d’eux m’a dit : «  Tu en veux encore, Catin ? ». Mes lunettes étaient tombées mais pas cassées, juste un peu voilées. Nous n’avons rien dit à la maison.
Pourquoi qu’il y a des salopards comme ça ? C’est comme l’affreux bonhomme qui loge tout près de chez Molitor (il porte un béret). L’autre jour, il m’a fait des mauvais yeux, a couru après moi en brandissant une serpette. Il m’a foutu la trouille, ce con ! Faut dire que papa utilise une serpette pour couper le coup aux poules. Brrrrrr !


- Jeudi 25 janvier
J’ai encore eu une crise. J’explique : quand je rentre à la maison, venant de l’école, je crève de mal au ventre. Très-très douloureux, comme si on m’enfonçait un couteau dans le boudak, ça dure 2 ou 3 minutes et puis cela s’en va aussi vite que c’est venu. Maman ne sait pas trop bien quoi faire, elle applique une compresse froide et mes sœurs me regardent d’un drôle d’air. L’autre jour, maman en a parlé à madame Gertrude (qui a été un peu infirmière au Congo) et qui a répondu : «  m’est avis que c’est surtout psychologique. «. Je t’en ficherai des psychologiques, moi, vieille tarte ! On voit bien que ce n’est pas elle qui déguste. Qu’elle dise tout de suite que je suis psychiatrique, tant qu’elle y est … Mais c’est p’têt un peu vrai que je sois psychiatrique mais pour le mal au ventre, là non ! Crotte !
Bref ! Aujourd’hui, c’est le jour du goûter  au chocolat ( mioum !). Et de  «  L’Ecole Buissonnière «  à Télé Luxembourg. On va tous accompagner maman qui apporte la télé du magasin, posée que la table à roulettes (c’est un rite, j‘aime bien les rites). Tous le voisinage va venir regarder avec nous (car ils n’ont pas encore la télé) : René, Marie-Rose, Claudine, Dédé, Etienne, Claudy ,…
A l’affiche : Rintintin, Robin des bois, Helmut le petit bricoleur, …Et ce soir, ya footballe. Nous les mômes on ne regarde pas (m’en fiche : j’aime pas le footballe), c’est trop tard mais des amis de papa vont venir pour regarder le match : Maxime Laloux, les Boulanger, d’autre Laloux, Camille Nisen, ... En haut, moi et mes sœurs nous allons encore nous bidonner en entendant des «  Non di d’jûûûûûû ! «  parce leur équipe a encaissé un goal. Ambiance !


Vendredi 14 février
J’ai été encore voir l’abattoir de chez Laloux et les peaux des bêtes dans le saloir ( bearrkk, ça pue !). Roger faisait du boudin noir. En rentrant, papa est venu me trouver, il voulait me parler seul à seul. Arrivé en haut au salon, il m’a montré le papier que j’avais jeté dans le grand vase du vaisselier en décembre je crois et où j’avais écris : «  Ne vous étonnez pas si je me tue un jour « . Il paraît que maman a pleuré beaucoup-beaucoup en découvrant ce message. « Pourquoi as-tu écrit ça ? «  qu’il a demandé mon père. « Je ne sais pas, je ne sais plus », lui ai-je répondu. Il m’a fait promettre que je ne recommencerai plus jamais à écrire de telles choses. J’ai promis.

Mercredi 26 février
Avec maman, nous avons été à Bastogne. Nous avons pris la Micheline de 9 heures. D’abord à la clinique pour une osculation rapport à mes maux de ventre que j’ai toujours chaque jeudi à 4 heures. Le docteur avait entendu parler de moi car à 6 semaines, j’ai été opéré à la clinque d’une sténose du pylore. Quand toute l’opération a été terminé, alors que le chirurgien regardait si tout allait bien, je lui ai pissé à la figure. Il a dit alors : «  Et bien, mon gaillard, on dirait que ta tuyauterie fonctionne à merveille maintenant. «. C’est pas vrai que j’ai dit. Si-si, c’est la pure vérité !, qu’il a dit le toubib. Je me suis mis à rire comme un dingo.
A midi, nous avons été mangé de la tarte «  chez Collard « , la pâtisserie rue du Sablon ( mioum ! ). Puis nous avons été chez les Frères où maman s’est confessée. Pas moi, vu que j’avais été à confesse samedi (pas grand-chose de neuf à raconter à part des pensées impures mais c’est de la routine). Puis visite chez les sœurs. Elles passeront nous dire bonjour un de ces jours quand elles viendront un de ces quatre à Gouvy. Je suis crevé !

«  C’était un vieillard en froc de bure, avec un chapelet au côté, une besace sur l’épaule, toute l’apparence d’un ermite. Il s’approcha de son chevet et lui dit, sans desserrer les lèvres : « Réjouis-toi, ô mère ! Ton fils sera un saint !« 
                                                  ( La légende de Saint Julien l’hospitalier)

- Dimanche 15 mars
Le matin à la messe basse de 7h ½ , l’abbé Maréchal m’a demandé de l’accompagner pour porter les sacrements à madame L’Huire. Elle est gravement malade, ne sait plus quitter son lit. C’est son mari qui la soigne. Sa chambre est chauffée par un calorifère au gaz ce qui lui donne une drôle d’odeur. Tout cela est impressionnant en plus que les prières sont murmurées. Quand nous avons fini, l’abbé me remercie et me serre la main : je sens une pièce de monnaie et parfois un billet. Aujourd’hui c’est un billet. Avant de rentrer à la maison, je regarde à la vitrine d’Elvire : la dinky toys ( une Ferrari rouge) est toujours là, chouette je vais pourvoir me l’acheter. J’irai demain matin avant d’aller à l’école comme ça je l’aurai dans ma poche toute la journée.
Avant-midi, nous ( Dédé et Etienne) avons été ramasser les crasses dans la salle du «  Ciné chez nous « , surtout les bâtons de frisko et les verres tout plaquant de limonade. Après-midi, y avait «  Ben Hur «  un super chouette film de trois heures, donc pas de premier film juste les actualités de Belgavox . J’ai eu bien peur parfois ( comme avec les roues du char où sont fixées des faucilles pour couper les jambes de ceux qui courent par là dans l’arène). Puis j’ai été relevé les quilles du bowling : on m’a donné 15 francs. La neige est partie maintenant.

«   Quand Julien put réciter par cœur toutes ces choses, son père lui composa une meute. D’abord on y distinguait vingt-quatre lévriers barbaresques, plus véloces que des gazelles, mais sujets à s’emporter ; puis dix-sept couples de chiens bretons, tiquetés de blanc sur fond rouge, inébranlables dans leur créance, forts de poitrine et grands hurleurs. Pour l’attaque du sanglier et les refuites périlleuses, il y avait quarante griffons poilus comme des ours. Des mâtins de Tartarie, presque aussi hauts que des ânes, couleurs de feu, l’échine large et le jarret droit, étaient destinés à poursuivre les aurochs. »
                                                     ( Saint-Julien l’hospitalier)


Lundi 23 mars
Paulette et Jean Morsomme sont venus hier en fin d’après-midi. Il paraît qu’ils vont tenir un camp de vacances du côté de Saint-Hubert. Mon père (* 2) les connait depuis la guerre et avec Jean , ils ont fait du sabotage au champ d’aviation de Saint-Hubert. Maman ( *2) et Paulette sont des grandes amies, en tout cas elles s’apprécient et peuvent papoter pendant des heures et des heures. Amen !
Aujourd’hui, ce sont les Catin de Vielsalm (*4) qui sont venus nous rendre visite. J’aime bien  parrain Roscius. Il me fait marrer. Il m’appelle «  le caporal sans képi «  ou «  fesses de rat ». J’adore aller en vacances chez eux à Vielsalm ; nous allons jouer avec mes sœurs et mes cousines dans le parc. Parrain fait des dames blanches absolument délicieuses ( = le chocolat est croquant). L’autre jour, quand nous avons été chez eux, ils nous ont fait écouter des disques, entre autre Jacques Brel dans «  Rosa , rosa, rosam « : ça les fait bidonner. Hier, ils ont raconté des souvenirs de leurs voyages, entre autres dans le Gers (c’est en France). Ils fument comme des pompiers, sauf maman, y fait tout bleu. J’écoute tout attentivement. Moi aussi, plus tard, j’aimerai les voyages. Je voudrais aller en Russie, en Amérique, A New York et en Chine . Et comme métier, je voudrais devenir journaliste. J’arrête ici : je vais dormir.

«  Le prodigieux animal s’arrêta ; et les yeux flamboyants, solennel comme un patriarche et comme un justicier, pendant qu’une cloche au loin tintait, il répéta trois fois :   - Maudit ! maudit ! maudit ! Un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère !     Il plia  les genoux, ferma doucement ses paupières, et mourut. « 
                                              ( Saint Julien l’hospitalier)

- Lundi 7 avril
Quelle belle semaine j’ai passé. La semaine de Pâques, le temps de crécelles comme l’année dernière. Tous les jours rendez-vous et départ chez Clotuche. Nous étions une vingtaine. J’ai une belle crécelle mais la plus belle c’est le bac d’Emile Clotuche qui de la gueule. Nous avons sillonné la rue de la gare, route de Beho, route d’Ourthe, le Remaifait - où nous avons spécialement «  chahuté «  devant chez les Halkin qui sont témoins de Jéhovah- encore rue de la gare, et pour finir l’avenue Noël. Nous stances : «  A l’office ! «  , «  Au ch’min d’croix ! « . Messe de Pâques samedi soir à l’église. Aujourd’hui lundi, distribution d’eau bénite chez les gens, récolte, des œufs, des sous et dîner au «  grand Rocher «. Waouhhhh ! 

- Dimanche 20 avril
Il faut que je sois prudent dans ce que je vais raconter maintenant aussi je serai bref et surtout je ne citerai pas de noms réels  (on ne sait jamais que quelqu’un de mauvais lirait ce carnet). Parfois, j’aime bien de jouer au docteur dans la petite cabane en bois derrière chez nous. Avec des filles qui nous montrent leurs minous ou qui se frottent la poitrine. Je regarde attentivement comme elles sont faites là en-dessous (c’est drôle). On prend un petit bois ou une plume pour écarter. Parfois, elle touche ma floche. Ou alors c’est avec des copains ou des gars. On compare. Certains ont un kiki qui est tout rempli de veines (bearrkkk !). Ou alors qui sent très fort. Ou alors qui est plus grand que ma floche ou qui a des poils (mais ce sont des plus grands). On se touche jusqu’à ce que qu’on ressent une libération et tout de suite après je m’en vais. Vladimir m’a dit qu’il connaissait beaucoup de gars qui se montrent leur floche partout dans le village. C’est comme qui dirait une sorte de mode. Il connait même un grand qui donne des sous si tu la montres et s’il peut jouer avec, mais moi je trouve ça dégueulasse et je ne veux pas. On va aussi parfois dans les cabinets de la petite école là-haut. Sophie a dit que l’on était des sales de faire des trucs comme ça, mais Sophie ho hé hein bon …

«  Tour à tour, il secourut le Dauphin de France et le roi d’Angleterre, les templiers de Jérusalem, le suréna de Parthes, le négus d’Abyssinie, et l’empereur de Calicut. Il combattit les Scandinaves recouverts d’écailles de poisson, des Nègres munis de rondaches en cuir d’hippopotame et montés sur des ânes rouges, des Indiens couleur d’or et brandissant par-dessus leurs diadèmes de larges sabres, plus clairs que des miroirs. Il vainquit les Troglodytes et les Anthropophages. Il Traversa des régions si torrides que sous l’ardeur du soleil les chevelures s’allumaient d’elles-mêmes, comme des flambeaux ; et d’autres qui étaient si glaciales que les bras, se détachant du corps, tombaient par terre ; et des pays où il y avait tant de brouillard que l’on marchait environné de fantômes. C’est lui, et pas un autre, qui assomma la guivre de Milan et le dragon d’Oberbirbach. « 
                                                 ( Saint Julien l’hospitalier)


- Jeudi 1 mai

On peut dire que c’est le jour du début de la belle saison. J’adore mon vélo bleu, je le bichonne. C’est un vrai vélo d’homme avec une barre. Je sais le réparer quand j’ai une crevaison : bassin d’eau pour découvrir où est la fuite, petite râpe pour nettoyer la chambre à air, colle et rustine et ça tient ! (j’en suis tout étonné). Je mets de l’huile sur la chaine, resserre les boulons, regonfle les pneus etc… Ya juste raccourcir la chaîne que c’est trop duraille alors je vais chez le vieux Wirard , rue du vieux Chêne. Quel capharnaüm chez lui, des vélos partout, des pneus, des chambres à air, des outils, ça sent la graisse, l’huile et la poussière mais j’adore (note que «  on n’adore que Dieu seul ! « ).
Je coince aussi des cartes à jouer avec des pinces à linge de manière à ce que les rayons des deux roues les frottent : ça fait un de ces bruits, tu dirais un moteur. Je dévale, sans les mains, fond de balle ,  la route d’Houffalize vers l’école, c’est supérieur ! Plus tard, je serai pilote de formule 1.


                                   Mes amis de l'école Monville en 1961
      Ne me cherchez pas : j'étais en train de me faire charcuter à la clinique de Bastogne


- Samedi 31  mai
Me revoilà revenu à la maison après un long-long séjour à la clinique de Bastogne. J’explique. Le 3 mai, je crois, crise aigüe au soir : mal au ventre, terrible. Le docteur Bastin m’ausculte et décide de m’envoyer en urgence à la clinique de Bastogne et pour cause : obstruction intestinale. Aïe-aïe-aïe ! ! ! ( et c’est le cas de le dire). On m’a donc opéré et me voilà avec deux cicatrices : une de quand j’avais 6 semaines et qu’on m’a opéré de la sténose du pylore et celle-ci, un peu moins grande. Me v’la balafré et c’est pas très joli à voir mais enfin , faut ce qu’il faut. Ici (mes sœurs surtout) on m’appelle désormais : «  Le Miraculé «. Maman est restée quasi tout le temps à mes côtés. Heureusement ! Je vais pas tout raconter mais juste deux trucs qui m’ont marqué à vie : 1.- Quand on m’a enlevé les agrafes, j’ai gueulé comme un goret (c’est moi qui dit ça). 2. – Directement après l’opération quand je me suis réveillé, je crevais de soif et demandais à boire mais interdiction absolue. Même maman refusait ( et elle en était bien triste la pauvre). Elle avait juste la permission de m’humecter les lèvres avec un gant de toilette, une fois toutes les heures… J’ai eu beaucoup de visite de toute la famille, des voisins, des amis.
«  Qu’énne affaire ! «  comme on  dit à Lîdge …

«  Quand il eut sept ans, sa mère lui apprit à chanter. Pour le rendre courageux, son père le hissa sur un gros cheval. L’enfant souriait d’aise, et ne tarda pas à savoir tout ce qui concerne les destriers. Un vieux moine très saint lui enseigna l’Ecriture sainte, la numération des Arabes, les lettres latines, et à faire sur le vélin des peintures mignonnes. »
                                                          ( Saint Julien l’hospitalier)


- Lundi 16 juin
Très beau temps pour la kermesse à part une bonne drache orageuse vers 14 h. carrousels, mais surtout ce que je préfère maintenant : le tir et les scotters. Pour le tir, il faut bloquer sa respiration ( et ne pas avoir trop la tremblotte que j’ai …) mais ça va, j’m’en tire pas trop mal. Les scotters, j’adore mais pas les parents qui sont venus me tirer dehors d’une voiture : «  t’es pas tout fou ? « , rapport à ma récente opération. Total : plus de scooter, mer***de ! J’ai trop mangé de croustillons donc mal au ventre, hé, c’est malin. Paraît qu’on va avoir des examens mais je m’en fous. (*3) Sans compter qu’avec mon opération  on ne me cherchera certainement pas la petite bête, alors …


                   ...  au camp des louveteaux : Milou Clotuche, môa avec les fleurs, 
                                            Dédé Marx et Richou Rentmeister

Samedi 19 juillet
Voilà, nous sommes revenus du camp louveteau. Nous n’avons pas été loin, à Wiltverwiltz au Grand-Duché. Beau temps dans l’ensemble. Je m’étais promis de prendre de notes au jour le jour, ce que j’ai fait, mais je ne les retrouve plus, crotte ! J’étais chef de la sizaine des rouges et mon second était Emile Clotuche : heureusement d’ailleurs car c’est un chic type, plus malin et surtout milliard de fois plus débrouillard que moi … Nous avons été occupés tout le temps : jeux, balades, feux de camp, veillées, corvées, … et même un mini hyke pour nous préparer car bientôt nous serons scouts. Des chefs super sympas : Akéla bien sûr, Baloo, Python, Baghéra, ... Les parents et mes sœurs sont venus nous dire bonjour dimanche. Les sœurs sont déjà parties au camp et je suis donc le seul à la maison. «  As-tu compté les étoiles qui scintillent là-haut dans les cieux … «. Voici une photo : on ne rit pas de ma tronche, svp, merci !
Parrain Roscius et Tante Mimie m’ont offert un chien. Enfin, il n’est pas qu’à moi mais à tout le monde.  Il est brun, tout mignon. Je crois que nous allons l’appeler : «  Pompon «. Je l’adore !

«    Julien se mit à courir ; ils coururent. Le serpent sifflait, les bêtes puantes bavaient. Le sanglier lui frottait les talons avec ses défenses, le loup l’intérieur de ses mains avec les poils de son museau. Les singes le pinçaient en grimaçant, la fouine se roulait sur ses pieds. Un ours, d’un revers de patte lui enleva le chapeau ; et la panthère, dédaigneusement, laissa tomber une flèche qu’elle portait dans sa gueule. »
                                               ( Saint Julien l’hospitalier )

- Samedi 26 juillet
Toute la sainte semaine, fenaison chez Parrain Louis (*4) ( en retard car trop de pluies aux mauvais moments). Mon rôle est de regrouper les bottes de foin pour que ceux des fourches aient plus facile, travail pas trop duraille, vu que  je suis toujours plus ou moins en convalescence… Mais je conduits le plus souvent le tracteur , le Deutz, ( j’adore et je m’y applique bien). Marcelle est sur le char, les autres ( Parrain Louis, Jean-Pol, Alain, parfois mon père) lui balancent des ballots. Elle ne suit pas.  Elle gémit : «  Non î d’ju, tout doux !, tas de sales d’jaunes : vous allez me faire mourir avant l’âge ! ». Elle est tot rôdge, pôv Marcelle !  Ambiance. Quand un ou deux chars sont pleins, on rentre mais d’abord un coup de limonade (j’crève de soif, mille d’jû !) puis je tape les ballots sur le monte-charge. Puis re-limonade avec des biscuits, des côs on boquet de tarte et puis on rattaque. J’a-do-re ! Sans compter que Marcelle me donne des sous. J’épargne pour acheter un enregistreur à bandes comme le père d’Etienne qui en a un, il me l’a montré l’autre jour. Mais faudra de la patience pour avoir tout le fric. J’irai sans doute élaguer dans le bois au mois d’août avec le paternel qui a dit qu’il me donnerait aussi des sous…


                                                      Je / ik   sur une plage de la mer du Nord

- Vendredi 15 août
Le moment tant attendu depuis un an : maman, mes sœurs et moi nous partons 15 jours à la mer. Cette année, ce sera Blankenberge, waouwww ! Mais tout d’abord la procession. Nous avons mis une statue de la Vierge sur le seuil,  entourée de fleurs. Je suis acolyte et mes sœurs portent des paniers de fleurs. Départ de l’église vers la gare.  Cinq autels sur tout le parcours, arrivée à la chapelle il est passé 11h et demi. Messe. Un bon dîner pour nous mettre en forme car la journée sera longue. 15h33, le train, « en route mauvaise troupe ! », comme dirait le paternel d’abord pour Liège où il faut changer. Puis le train de la mer. - >> Anecdote : je demande à un chef du train «  Ah, il faut changer de rails à Liège «. «  Non ! qu’il me répond «  l’homme. «  Tu laisses les rails où ils sont, tu changes juste de train » Waf-Waf ! -   On joue aux cartes et l’on s’arrête de jouer pour bien regarder le tunnel de Bruxelles. Il est bien passé 8 heures au soir quand nous arrivons enfin à la gare de Blankenberge. L’appartement est grand, les filles ont une chambre pour elle trois, moi une toute petite mais elle me convient à merveille (du moment que j’ai la paix !). Maman m’autorise à aller faire un tour seul sur la digue en me demandant tout de même de faire attention et de ne répondre et de ne suivre personne. Je la rassure : «  Je ferai croire si l’on m’accoste que je suis sourd et muet « que je dis. C’est chouette : partout des orchestres qui jouent sur les terrasses. Ça me plairait de me trouver une copine flamande ou bruxelloise. Je l’imagine rousse avec des cheveux très courts ou alors très longs et pleine de taches de rousseur. Miooouuum ! J’adore les rousses !

«  Ses grands yeux noirs brillaient comme deux lampes très douces. Un sourire charmant écartait ses lèvres. Les anneaux de sa chevelure s’accrochaient aux pierreries de sa robe entrouverte ; et sous la transparence de sa tunique, on devinait la jeunesse de son corps. Elle était toute mignonne et potelée, avec la taille fine. Julien fut éblouit d’amour, d’autant plus qu’il avait mené jusqu’alors une vie très chaste. « 
                                                    ( Saint Julien l’hospitalier)

- Samedi 30 août
Nous voici revenus de la mer. Qu’est-ce qu’on a eu bon ! Presque toujours du beau temps et quand il a plu, nous avons été nous promener dans les dunes. Nous avons été également deux fois à Méli-Park à Adinkerke, super chouette. Sinon, plages le matin, retour pour le dîner à l’appartement avec glaces pour dessert ; je me dévoue pour aller les chercher au magasin où sert souvent une très jolie rousse, mmmhhh !  Re-plage l’après-midi jusque 18 ou 19h.  Vers 16h30, on peut aller dans l’eau (faut attendre trois heures après avoir mangé !) On se marre comme des p’tits fous avec mes sœurs. J’adore quand les grosses vagues me recouvrent. Je me fais parfois gronder par les sauveurs . Pèches aux crevettes ou pêche aux crabes sur les brise-lames. Mes sœurs aiment de jouer au magasin : elles  confectionnent des fleurs en papier de toutes les couleurs et elles les échangent avec d’autres filles contre de coquillages. Parfois, je joue avec elles aussi mais je préfère quand même faire un gros château de sable ou un grand trou dans la plage. Maman en profite pour faire de longues siestes bien méritées ou de lire le journal, des magazines ou un livre . Pôv maman, va ! Elle en voit bien avec voilà nous autres … Elle a  déjà son ticket pour le paradis …
Vers 17 h30, je vais sur la digue écouter les orchestres qui jouent sur les terrasses. Parfois, j’y reviens encore au soir. Y en a qui jouent sacrément bien. Y a des filles, mais elles sont toujours en groupe ou à deux et j’ose pas trop-trop. P’têt que je suis trop timide mais surtout je ne sais pas comment m’y prendre. J’en ai accosté deux ou trois (pas des rousses note que). Je leur demande où elles habitent ? Une à Bruxelles, l’autre à je ne sais plus où, l’autre dans un patelin que je ne connaissais même pas. Mais après ? Je sais pas trop quoi dire … Misère !
Je vais aussi parfois presque jusque Zeebrugge qui est tout près.
. Il fait plus calme sur cette partie de la plage. L’autre jour, deux gamines voulaient aller de ce côté-là et leur père leur a répondu : «  Il n’y a rien  à voir par-là !«   Il a bien tord, l’homme. Enfin. Ah oui, j’oubliais : on a été tous ensemble en excursion à bord d’un bateau de plaisance. Un bateau amphibie qui roulent avec des pneus jusqu’au bord de l’eau puis après il plonge ( si j’ose dire) et navigue sur la mer. Qu’est-ce que c’est chouette ! Nous avons été quelque fois au salut du soir à l’église et bien sûr à la messe du dimanche. Avec les sœurs, on se marre car de vieilles dames flamandes disent «  Bet voor ons « , ce qui signifie, «  Priez pour nous «  mais tu jurerais entendre «  Bêtes féroces « . En tout cas c’est ce que nous entendons, nous. ..

- Dimanche 31 août
J’ai écrit deux dizains :

Dizains sur la mer et sur Liège, à la manière zutiste.

                                        1.

En ces temps-là, comme l’eut dit mon évangile
Ma p’tite famille et moi, prenions l’ train à Gouvy,
Localité d’là-bas, zonant en terres ardennaises ;
Nous nous rendions chaque fin août aux lèvres de la mer
Oostende, Heist, Blankenberge, Oosduinkerke, La Panne
Front de mer, coquillage, crabes, crevettes, pelles z’et seaux ;
Etape hallucinante en la bonne gare des Guillemins,
Déjà j’écrivais ton nom, Liège déjà tant adorée.
Notre trop bonne mère-sainte veillant sur ses ouailles,
Nous attendions, jouant au paradis sur tes pavés, un tchouf-tchouf.

                                         2.

Gigantesque et enivrante locomotive, empanachée de bouffantes volutes,
Odorantes de charbon et d’huile dans cette chaleur étrangement moite
des quais tout bleus où je comptais les paires de rails, deux quatre
Six huit dix douze, plus un là-bas tout au bout : Liège aux treize quais ;
Ville déjà mythique pour nos yeux d’enfants, trois filles un gars ;
E pericolos sporghesi,  il est dangereux de se pencher par les fenêtres,
Des nuées de ritals nous entouraient toutes aussi fiévreuses ;
Nous étions de la même tribu celle des voyageurs au long court,
Amsterdam-Bâle puis Milan, sans doute Rome et la Sicile ;
Simple arrêt plus prosaïque pour la famille des quat’lapinos à Gouvy-les-bains-de-pieds.


Demain, on rentre à l’école. Zut, crotte et super !



Dimanche 21 septembre
La guerre Gouvy-Gare contre Gouvy-Village a repris de plus belle. Ils viennent nous narguer en gueulant : «  Fils de curé ! «  ou «  Pisseurs de travers ! «. Nous on réplique : «  Paysans du Danube ! «  ou mieux «  Dégénérés ! «. Puis on se fout des tournioles. Mais quand nous nous retrouvons à l’école, nous sommes les meilleurs amis du monde. Va savoir, toi ! Hier, on en a attrapé un. On l’a déshabillé (à poil, p’tite quéquette !) et on l’a foutu dans la prison de chez Clotuche (*8)  en lui jetant des graines à la figure. Il pleurait, le pôv chou ! Pour finir on l’a libéré avec juste son slip et il s’est enfoui par le talus du chemin de fer, ses habits à la main.

«  Il était enveloppé d’une toile en lambeaux, la figure pareille à un masque de plâtre et les deux yeux plus rouges que des charbons. En approchant de lui la lanterne, Julien s’aperçut qu’une lèpre hideuse le recouvrait ; cependant, il avait dans son attitude come une majesté de roi. « 
                                                 ( La légende de Saint-Julien l’hospitalier «)

- Premier novembre
La Toussaint. D’abord la messe le matin, puis les vêpres à l’église où le curé a cité la longue litanie de tous les noms de famille de nos aïeux décédés. Ya même un Jean Catin mais ce n’est pas moi, hé ! ya rien qui presse… Nous avons été sur les tombes de l’ancien cimetière jouxtant l’église ; celle de la famille Catin –où sont ensevelis mon frère Jean et ma sœur Marie-Louise - , celles de la famille Nisen-Kaesch. Ensuite, grimpette vers le nouveau cimetière où est enterré Albert Nisen. Beaucoup de monde partout. Tous les cousins et cousines ont rendez-vous chez grand-mère, nous sommes tellement nombreux que Marcelle envoie les gosses dans les étables ou près des poules : le bonheur pour môa et mes sœurs ! On vient juste chercher un boquet de tarte, puis un gaufre, puis un boquet de tarte, etc… et boire un verre de grenadine ou de menthe à l’eau. Marcelle avait bu comme un coup de trop et elle parlait en courant ici et là,  si bien qu’elle a avalé une cigarette allumée : qu’est-ce qu’on s’est marré. Nous avons «  aidé «  parrain Louis à soigner les vaches.

«   L’empereur, pour prix d’un tel service, lui présenta dans des corbeilles beaucoup d’argent : Julien n’en voulut pas.  Croyant qu’il en désirait d’avantage, il lui offrit les trois quarts de ses richesses : nouveau refus ; puis de partager son royaume : Julien le remercia ; et l’empereur en pleurait de dépit, ne sachant de quelle manière lui témoigner sa reconnaissance, quand il se frappa le front, dit un mot à l’oreille d’un courtisan ; les rideaux d’une tapisserie se relevèrent, et une jeune fille parut. « 
                                               ( Saint Julien l’hospitalier )

-  Samedi 6 décembre
Lever exceptionnel à 6 heures du matin (ça fait déjà plus d’une heure que je ne dors plus). C’est maman qui vient nous chercher… Ô merveille ! , Saint-Nicolas est passé ! Pour moi, outre l’assiette de bombons, des téléphones à piles avec un long-long fil - juste un comme je voulais !-   «  Les aventures de Tintin : on a marché sur la Lune « , deux «  Bessy «  un «  Jo et Zette » : le Manitoba ne répond plus « , deux «  Bob et Bobette « …  quoi encore, un rouge Klaxon pour mon vélo et une culotte bleu en velours pour les louveteaux, Pour les filles, je ne sais même plus, ah si des jupes, des robes, etc… Et un monopoli «  pour tous « . Pompon a reçu de bons biscuits pour chiens. Merci Saint-Nicolas !

«  De l’autre côté du vallon sur le bord de la forêt, il aperçut un cerf, une biche et son faon. Le cerf, qui était noir et monstrueux de taille, portait seize andouillers  avec une barbe blanche. La biche, blonde comme les feuilles mortes, broutait le gazon ; et le faon tacheté, sans l’interrompre dans sa marche, lui tétait la mamelle. »
                                           ( La légende de Saint Julien l’hospitalier)

- Jeudi 25 décembre
Hier, c’était le réveillon de la Noël. Nous avons regardé la télé dans le salon du premier étage où il fait bien bon. Au programme des Mickeys et des dessins animés sur Télé Luxembourg : «  Grand Galop et petit trot « , Jappy Toutou et Papy toutou « , etc… Et puis sur la télévision belge «  La famille Trapp en Amérique « . Maman aidée de Marcelle nous avait préparé des bonnes petites choses à manger dont des choux malakoff. J’ai pas pu regarder le film jusqu’au bout car il fallait que je parte m’apprêter pour la messe de minuit, je suis acolyte. «  Minuit chrétien, c’est l’heure solennelle « . J’adore les chants de la chorale à la chapelle ! « Trois anges sont venus ce soir m’apporter de bien belles choses. … ». Il fait caillant, il a gelé sec et ya du verglas. Brrrr ! Retour à la maison. Bisous de joyeux Noël, puis je file au lit car demain, je sers à la messe basse à 7h30 …

- Mercredi 31 décembre
Ah oui, j’avais oublié de dire que pour la Noël, j’avais reçu un super beau livre sur les Cosmonautes où tout est bien expliqué avec des images et des photos. Telstar, le bib-bip, Youri Gagarine, John Glenn… Super ! J’espère qu’un jour je serai cosmonaute … Il a neige deux jours mais pas très fort cependant nous avons pu aller en traineau. Maintenant, ce n’est plus que du verglas casse-gueule. Avec les sœurs, nous avons décoré les deux sapins, un en bas, l’autre au salon du second. Nous avons écrit les cartes de bons vœux à nos parrains et marraines respectifs. Ce 31 décembre, un nouveau réveillon un peu comme celui de la semaine dernière. Demain nous irons souhaiter les bons vœux à toute la famille et aux voisins. Bonne, sainte et heureuse année !

«  Et voilà l’histoire de Saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve sur un vitrail d’église, dans mon pays. « 
                                              ( la légende de Saint Julien l’hospitalier (*9)




                                                          NOTES

(*1)   Ma Marraine était ma tante, la sœur de mon père, soit Marie-Thérèse Catin. Elle était célibataire. Sa profession : négociante, donc pas «  commerçante «,  ni encore moins «  indépendante « , elle tenait à ce terme. Elle vendait de la lingerie ( des sous vêtements aux pulls, pantalons, robes, …) mais également des tissus, de la laine, du fil, du coton, des dentelles, … Elle recevait donc la visite de «  voyageurs «  et pas des «  représentants «  (elle tenait également à ce  terme). Qui sait, elle a peut être proposé l’hospitalité et un lit (en tout bien, tout honneur !) à un de ces voyageurs qui arrivait chez elle en toute fin de journée plutôt que d’aller à l’hôtel (mais là, je délire un peu sans doute). Enfant, J’ai longtemps écris le mot «  marraine «  avec un " M " majuscule.

( *2)  Mes parents tenaient un magasin de matériel électrique et d’électroménager, au 11 rue de la gare. En 1981, j’ai repris leur commerce durant 25 années. Mon père, François, était électricien. Il faisait des installations électriques complètes ou partielles dans des maisons, sans oublier la plomberie, les dépannages divers, et l’érection des premières antennes télé sur les toits. Il aimait rire et raconter des blagues salaces avec ses clients. Encore maintenant, on me dit  souvent : «  Tu ressembles à ton père tout craché ! «  C’est vrai qu’il m’a laissé un tas de choses ( des bonnes et des moins bonnes, hé !). Ma mère, Marguerite, s’occupait du magasin, de son mari, de ses quatre gosses, du nettoyage de la maison, des repas ( délicieux !). Elle tricotait, faisait des vêtements, tenait son jardin potager et fleurs, etc... Bref : on n’en fait plus des pareils ( j’ai dit !). J’ai trois sœurs et, enfants, nous nous entendions à merveille. Au jour d’aujourd’hui, nous nous retrouvons régulièrement à Liège ou à Gouvy avec un même bonheur.

(*3)  « Bien apprendre mes leçons » n’était pas une véritable préoccupation pour bibi. Certains allaient s’en inquiéter de plus en plus : mes parents, mes oncles et tantes, mes professeurs, mes voisins, … beaucoup de monde. Mais pas moi…

(*4)  Louis Nisen était mon parrain. Il vivait depuis toujours avec sa sœur, Marcelle. Tous deux étaient célibataires sans enfants et tenaient une ferme en plein milieu du village. Ils s’entendaient à merveille. Ils nous ont marqué … à vie.

(*5) La légende de Saint-Julien est un joyau, pur à 100 %. Voici ce qu’en dit Italo Calvino :
" La Légende de Saint Julien est peut-être le témoignage d'un des plus extraordinaires itinéraires spirituels que l'on ait jamais écrit en dehors de toutes religions. "
Le livre que j’emmènerais sur une île déserte.