" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

dimanche 31 août 2014

Nicolas Ancion : " Le pape a disparu "




A l’insu de son plein gré, le très sympathique pape belge, Ernest Premier, est impliqué dans un trafic de produit prohibé par la loi. Jusqu’au jour où les choses tournent mal : le pape est enlevé. Le cardinal Vertupoint fera tout pour sortir son ami le pape de ce mauvais pas …

C’est sans doute avec un grand sourire que vous lirez ces 150 pages dénuées de tout stress-  à peine un chouïa angoissant - ; sans compter que tout le monde a l’air bien gentil et aimable, même les méchants … J’aurais été à mille lieues de penser que Nicolas Ancion puisse nous écrire un tel roman ; comme quoi …

Nota bene : il semble que m’sieur Nicolas apprécie les histoires d’enlèvement : voir aussi «  L’homme qui valait 35 milliards ».



Extraits :

- Qui donc a dit que les choses ne sont jamais aussi heureuses qu’on les espérait ni aussi terribles qu’on les craignait.

-  Le pape joua avec Jean-Lou. Il en profita pour le bénir une ou deux fois avec de l’eau pétillante. Il n’y croyait pas trop lui-même, mais on lui avait parlé du pari de Pascal. Ça ne coûtait rien de toute façon.

-  Promptement, le Pape fouilla le fond de ses poches, en sortit des miettes d’hostie qu’il déversa dans la tasse.


-  Pauvre gars quand même … Jurer de rester puceau par fidélité à deux bouts de bois placés en croix ! Au XXI è siècle, si ce n’est pas triste.

samedi 30 août 2014

Georges Simenon : " le révolver de Maigret "




Un jeune homme se présente chez les Maigret. Il désire parler au plus vite au  commissaire. Tandis que madame Maigret téléphone à son mari, l’homme vole le révolver qui se trouve dans un tiroir. Peu de temps plus tard, le député Delteil est retrouvé raide mort dans une malle à la gare du nord et le père du jeune voleur, un certain Lagrange, est plus que soupçonné du meurtre. On fait également la connaissance d’une dame dont le comportement est assez louche …

Un roman «  british «  puisque Maigret se rend à Londres. Il se révèle alors être  le prototype même du Français moyen pour qui, bien entendu, il pleut sans arrêt en Angleterre, pays peuplé de personnages assez consternants, aux mœurs aussi étranges que bizarres, aux goûts douteux ( par exemple : impossibilité de boire une bière au Savoy avant 11 h30 a.m., dont le bar est fermé à 5 h., p.m.). 
Et puis, il faut l’avouer encore une fois de plus : Maigret est un sacré fieffé macho !     Las !


Extraits :


-- «  - Je vous jure que j’ai dit ça en l’air … « 
          Il mentait ; c’est pourquoi il éprouvait le besoin de jurer. Comme une femme, toujours.

-  Bref, elle a quarante-neuf ans et prétend en avoir quarante. Le matin, elle paraît son âge. Le soir, ma foi …


-  Elle se suffit à elle-même. Elle ne se donne pas la peine d’être gentille. Quand elle parle, ce n’est pas pour vous, mais parce qu’elle a envie de parler.

mardi 26 août 2014

Jean d'Ormesson : " C'était bien "

  


 Comme il le dit en fin de cet ouvrage, qui date de 2003, Jean d’Ormesson est plutôt satisfait de ne pas l’avoir intitulé «  Adieu «, par exemple. En effet depuis cette date, il en a écrit et publié pas moins de treize autres ; dont : «  Qu’ai-je fait «  et «  Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit «. Espérons qu’il nous en livrera encore d’autres, malgré ses 89 ans.
 Les thèmes, les sujets abordés, vous les connaissez si vous vous intéressez quelques peu à l’homme : l’éloge de la vie, l’univers, l’homme, Dieu, la science, l’art, les livres,  les lieux magnifiques disséminés sur notre planète, l’espérance, le temps, … le tout avec une grande modestie.
Lire du «  Jean d’O «  c’est juste le contraire de perdre son temps. C’est également, pour le coup, une époustouflante bouffée d’oxygène …


Extraits :


-  Il n’est pas tout à fait exclu que l’inutile soit plus nécessaire que l’utile. Au bonheur en tout cas.
-  D’où vient le temps ? Personne ne le sait. Qu’est-ce que c’est ? Nous l’ignorons. Il est là. C’est tout.
(…)
       Le temps s’en va, le temps s’en va, ma dame ;
       Las ! le temps, non, mais nous nous en allons.

(…)
Où est le temps ? Que fabrique-t-il ? Le temps est en nous ou sommes-nous dans le temps ? Que serait le temps s’il n’y avait pas des hommes pour le penser ? Le temps est-il éternel ou a-t-il eu un début comme la matière et l’espace, et aura-t-il une fin ?

-  Stupeur devant la vie dont les chances de surgir – de cette Terre même ou ailleurs – étaient proches de zéro mais qui a surgit tout de même. Stupeur devant nous-mêmes et devant le pouvoir que nous donne la pensée. Si tout sort du hasard et de la nécessité, comment se fait-il que tant de hasards soient allés dans le même sens qui a mené jusqu’à nous ? Tous les savants dans les disciplines les plus diverses sont d’accord sur un point – et peut-être sur un seul : un millimètre de moins, un millimètre de plus,  un degré de plus ou de moins, un milligramme de plus ou de moins, l’écart le plus insignifiant, le décalage le plus mince, la moindre paille dans l’acier de la nécessité, le moindre hasard dans l’autre sens – et l’univers s’écroule.

- J’ai toujours cultivé l’espérance qui est, avec la charité, la plus grande des vertus : elles suffisent, à elles deux, à rendre le monde vivable.

- Existe-t-il seulement, ce Dieu de notre enfance et de nos espérances ? Je ne sais pas. Mais rien d’autre n’existe.

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Une courte interview :

lundi 25 août 2014

Les dernières secondes de la vie d'un Liégeois fusillé à cheval entre deux siècles




                                   Liège - Place Cockerill et Hôtel des Postes



     Il doit y avoir 4 points d’impact. Ça irradie ! Trois dans le dos et un au bas de la nuque. Ça chauffe assez fort. Je ne sais même pas si cela fait mal. Sans doute que oui. Je n’aurais pas dû sortir. Pourquoi suis-je sorti ? J’aurais mieux fait de rester place Cockerill. Qu’avais-je allé à courir place de l’Université ? J’entendais bien que ça chauffait là en-dessous… Si c’était à refaire je serais resté chez moi. C’est malin !  Maintenant j’ai mal, très ! Faudrait que maman vienne me soigner. Il faut que je me souvienne, que je parle pour me maintenir en éveil et ne pas m’endormir. J’ai lu cela dans un livre : il faut parler, de la pluie du beau temps, de tout et de rien, mais parler pour ne pas sombrer. Il faut que je me rappelle tout à l’heure du grand lit place de l’Université.

      J’ai bu une bière ce midi. Elle était délicieuse. Surtout qu’il fait chaud depuis des semaines. T’attrape une langue comme un chausse-pied, parole !  On est le 20 août, je me demande si ce n’est pas mon anniversaire sinon pourquoi aurais-je bu une bière ce midi ? Pas de raison. Il est un peu passé dix heures au soir. J’ai les yeux fermés. A travers les paupières, je vois de temps en temps comme de la lumière mais autrement c’est fort sombre, presque tout noir. J’entends les tirs, ce sont les Boches. J’entends crier en allemand. Beaucoup de bruits. Ils m’ont tiré dans le dos, les vaches.

      Ah oui ! : je me souviens maintenant du grand lit. Je vois encore la fille. Est-ce que je la connais ? C’est un peu flou. Oui je crois que je la connais. Une blondinette, toute fine, toute frêle qui est étendue sur le lit. Elle me dit de venir. J’ai l’impression d’être un gros crapaud sur cette fille, si menue, qui me tire vers elle .Elle sourit, elle me séduit. Pas besoin de séduction, mignonne ! J’y vais, droit au but. Elle m’aide un peu et je l’enfile. Comme c’est bon ! Je n’ai jamais ressenti ça . Elle me sourit encore et encore me caresse. Elle est toute menue et moi si énorme sur elle.

     Je suis tombé sur les pavés de la place Cockerill. J’ai pu me traîner un peu, pas beaucoup mais j’ai trouvé une place qui me fait un peu moins mal au dos. Je travaille ici, tout près, vu que je suis apprenti à la boulangerie. Ma famille habite place Saucy au numéro 9, premier étage, mes parents mon grand frère et ma p’tite sœur. Tout à l’heure, mon petit cousin Georges est venu voir où je travaillais depuis le début juillet. Il est très curieux, il faut qu’il mette son nez partout. Heureusement, il est rentré chez lui, en Outre-Meuse,  où sa mère loue, dans leur maison rue de la Loi, des chambres pour des étudiants étrangers. Et moi, je me suis  fait tirer dessus par ces maudits Boches. C’est malin ! J’ai le dos tout plaqué : sans doute du sang. Il faudrait que maman vienne me soigner mais pas maintenant car ça mitraille encore trop par ici.

     Mais peut-être qu’il est plus tard que je ne le pense ? Peut-être que je suis gravement atteint ? Peut-être que je vis les dernières minutes, les dernières secondes de ma vie. C’est trop stupide. Peut-être qu’il est déjà trop tard pour que ma mère puisse me soigner ? Je viens d’avoir seize ans et je ne sais même pas faire du pain… C’est un peu justement trop court comme vie si je claque maintenant, dans quelques secondes, sur ces pavés. Je crois bien qu’un chien vient de me lécher la figure … Je ne sens plus mes jambes et je ne suis pas certain d’avoir encore des bras … je pense même que je n’ai plus de corps et pourtant j’ai de plus en plus mal … Comme un damné … J’aimerais tant retrouver la fille et le grand lit, c’est encore ce qu’il y a eu de mieux … Je n’ai plus la force ni l’énergie de crier, ni même de pleurer… Encore que heureux que je crois en Dieu, sinon … Je n’ai pas eu le temps d’être trop dégueulasse … J’aurais tant voulu faire du pain et sentir encore une fois la chaleur de la fille… Noir.



En bonus :
«  Bonne idée «  de J.J. Goldman :


Gigue avec la mort ( Prokofiev) :

vendredi 22 août 2014

Amélie Nothomb : " Pétronille "




Un roman, plus ou moins autobiographique, mais qui reste une fiction. Un roman particulièrement réussi et surtout humoristique qui vous fera – peut-être – éclater de rire . Une histoire d’amitché – comme on dit à Liège – entre deux écrivains grandes amatrices se saoulerie au champagne  - excusez du peu, tout le monde n’est pas prolo ! -. A se demander si, à certains moments, Amélie n’a pas écrit sous influence – au champ’ , of course ! -.

On le sait déjà depuis belle lurette :  Amélie préfère mettre en évidence d’abord ses défauts bien avant ses qualités. A l’instar de deux autres écrivains francophones, tout aussi admirables : Jean d’Ormesson et Georges Simenon.  – Tiens, tous des noms qui se terminent en « on » ! – Merci le moyen mnémotechnique ! -
Le personnage de Pétronille a été inspiré par celui de Stéphanie Hochet.

 Foutreciel !,  oui ! soyons tous modestes !

  Se lit avec délectation ! , – et c’est le cas de le dire : un grand cru, un grand millésime ! –


Extrait :


-  La France est ce pays magique où le plus commun des troquets peut vous servir n’importe quand un grand champagne à température idéale.

-  (avec les deux coupes de champagne) le garçon avait apporté des cacahuètes, ce qui dénotait un curieux sens des valeurs. Autant lire Tourgeniev en écoutant La Danse des canards.

-  Je la regardais avec l’admiration stupide qu’ont les gens de mon espèce quand ils rencontrent un prolétaire véritable.
-  (…) une jeune libraire blonde, au teint de porcelaine, si jolie et si gracieuse que l’on croyait rêver en la regardant.

-  Je viens de Gaule Belgique. Le seul pays au monde dont le nom est un adjectif substantivé.

-    « - Est-ce que l’expérience t’a plus ? « 
     «  - Au-délà. Au-delà ! « 

- Sais-tu que tu es l’une des rarissimes privilégiées à pouvoir vivre de ta plume ?

Un pour cent des écrivains publiés y parviennent. Un pour cent !

mardi 19 août 2014

Jules De Thier et Olympe Gilbart : " Liège pendant la grande guerre ", tome 1 " Liège héroïque "



 Emouvant que ce premier tome de l’opus de Jules De Thier et Olympe Gilbart «  Liège héroïque «. Il fut publié en 1921 à l’imprimerie Bénard de Liège.
Dans les extraits que vous pouvez découvrir plus bas, je n’ai pas retenu aucune  opération militaire (stratégie) ni aucun glorieux fait d’arme. A peine une mention à propos de la bataille des forts. Mais tout cela est largement expliqué et détaillé, avec brio, dans cet ouvrage. Ma priorité fut : la vie à Liège.


Extraits du tome 1 : » Liège héroïque « 

-   Journée du 6 août 1914. Le premier bombardement. A 5 heures du matin, une maison du quai de l’Abattoir fut touchée par un obus qui l’incendia. Le bombardement annoncé la veille commençait ! Pas violent au début, il augmenta d’intensité de 7 à 10 heures du matin. Les  rues les plus éprouvées furent celles d’Outre-Meuse. (…) Au total, une soixantaine de maisons furent atteintes et l’on peut évaluer à plus de cent le nombre des obus qui tombèrent sur le quartier de « Djus d’là « . (…) Une vingtaine de personnes furent tuées et un bon nombre de blessés. La panique se répandit et  les habitants, qui jusque- là n’avaient pas cru à un bombardement, se réfugièrent les uns dans les caves, les autres vers la rive gauche où l’on ne se doutait de rien !



                                            Pont Maghin en 1914

-  Le second bombardement. (…) Au nord, une formidable détonation retentit : une gerbe de matériaux s’éleva : c’était une partie de l’armature du pont Maghin qui sautait ! Il était 9 heures 15. (…) Dans les rues, il ne restait plus bientôt plus que quelques rares passants marchant en hâte le long des maisons. Plus de tramways, plus de véhicule d’aucune sorte, une ville presque déserte. Les magasins avaient baissé leurs volets ; les habitants s’étaient réfugiés dans les caves.

-  Le troisième bombardement.  (…) Les habitants s’étaient terrés comme des taupes, ici, terrifiés, se laissant aller à l’abattement ; là, prenant assez gaiement, avec cette philosophie bien liégeoise, leur parti de se tirer le plus agréablement possible de cette nouvelle épreuve. On sortit des caveaux les meilleures bouteilles de Bourgogne, on joua aux cartes, on fuma des pipes et cigares, et l’on attendit les événements ! A dix-huit heures, très exactement, les obus recommencèrent à pleuvoir.

-  Dans le parc de la Boverie, sur les pelouses qui entourent le Palais de Beaux-Arts, nous avions vu une grande quantité de bestiaux chassés le matin du Champ des Manœuvres, bœufs, vaches, génisses, moutons, sans gardien, paissant tranquillement dans la paix profonde du parc. On se serait cru transporté à la campagne. Et les animaux semblaient heureux de retrouver ce calme champêtre, l’herbe fraîche et l’ombre des grands arbres, tandis que les hommes, dans la fébrile agitation des combats, s’entre-tuaient avec les plus terribles engins que la science avait pu inventer. Heureux animaux ! Le troisième bombardement se termina vers 19 heures.

-  Le quatrième bombardement, nuit du 6 au 7 août. (…) Sauf au centre, où l’électricité fonctionnait, l’obscurité, faute de gaz, était profonde. Prises au dépourvu, des personnes durent se procurer un éclairage de fortune. Des familles, dont les demeures avaient été atteintes, s’en allaient terrifiées au hasard, comme des bêtes traquées ! Vers 23 heures 30, pour la quatrième fois, le bombardement recommença.

-  Conséquence assez curieuse du bombardement : plusieurs se suicidèrent dans le quartier d’Outre-Meuse ! Cinq se sont pendus et un s’est brûlé la cervelle.


-  Vendredi 7 août. L’entrée des troupes allemandes dans notre ville avait plongé nos concitoyens dans une douloureuse consternation. Ils circulaient atterrés dans les rues, regardant défiler les Allemands, qui continuaient à procéder à leur installation. Liège n’était plus la ville où chacun allait joyeusement à son travail, la ville animée et laborieuse que l’on a baptisé la «  Cité Ardente «. Liège était morne et triste comme une nécropole et les Liégeois contemplaient comme ils eussent regardé des tombes les monuments et les maisons éventrées par les obus. A l’espoir et  à la fierté qui, dès les premiers jours, brillaient dans leurs yeux, avait succéder l’abattement. (…) Plus tard, un cortège de 1.500 prisonniers belges défila tristement dans les rues.


                 Tués, blessés, monuments  et maisons atteints lors du bombardement du 6 août 1914 ( attention ! ce document est incomplet, la suite dans le livre)


-  Dans les parcs publics où le bétail avait été réuni, les animaux affamés beuglaient. Quelques-uns périrent de faim et surtout de soif ; des officiers permirent aux passants d’emmener les bêtes qui vivaient encore (…) A la Boverie, des femmes traient les vaches et vendaient le lait pour quelques sous.

-  Dimanche 9 août. Vers 11 heures, grâce à l’intervention du Bourgmestre, les otages retenus depuis le 7 à la Citadelle furent remis en liberté.

- Samedi 11 août. On colportait aussi des histoires de ce genre : Rue Sainte-Marguerite, des soldats avaient confié aux habitants leurs bijoux en disant qu’ils allaient à la boucherie et en demandant qu’on voulût bien envoyer chez eux ces souvenirs. A l’île Monsin, on déversait, dans d’immenses fosses, des tombereaux de cadavres allemands.

-  Mercredi 12 août. Le régime des vexations commençaient. On était fouillé quand on traversait les ponts et les soldats réquisitionnaient tout ce qui leur plaisait, soit dans les magasins, soit dans les rues ; ils s’emparaient des autos, des charrettes et des bicyclettes, remettant parfois en échange des bons fantaisistes, libellés en allemand, où on lisait par exemple, «  Bon pour trois verres de bière et autant de délicatesses à déguster à Berlin ! « 

-  Vendredi 14 août. Beaucoup de troupes arrivèrent à Liège où on eut à loger 46.000 hommes : 15.000 dans le quartier de l’est, 6.000 dans l’île (entre la dérivation et la Meuse) et 25.000 sur la rive gauche. (…) L’après-midi, on vit, non sans une amère tristesse, passer les artilleurs et les fantassins belges capturés dans les forts. Entre deux haies de casques à pointes, on les conduisait à la Chartreuse, leur première prison. Les femmes pleuraient sur leur passage ; on leur donnait de l’argent, des cigares et des cigarettes, quand on n’était pas brutalement repoussé par leurs gardiens.

-   Samedi 15 août. Deux mortiers de 42 centimètres, transportés dans leurs trains jusqu’à la gare des Guillemins, furent installés dans le Square d’Avroy.

-  Le 8, le fort de Barchon s’était rendu sans avoir été bombardé par la grosse artillerie.
Le 11, le fort d’Evegnée capitula après avoir été bombardé pendant 48 heures.
Le 13, les forts de Pontisse et d’Embourg hissèrent le drapeau blanc après avoir subi le feu de l’artillerie lourde. Le fort de Chaudfontaine sauta.
Le 14, le fort de Lierse se rendit et celui de Fléron, très endommagé par l’artillerie lourde et très lourde, dut se soumettre.
Le 15, les forts de Lantin et de Boncelles succombèrent sous les lourds projectiles et le fort de Loncin sauta.
Le 16, les forts de Flémalle et de Hollogne se rendaient.

- Le 21 août. Des soldats pillèrent l’hôtel de Mme Van Bortel, situé au coin de la rue de l’Evêché, et spécialement la cave. On vit des soldats ivres circuler sur le boulevard vêtus de costumes de femmes, volés dans les garde-robes, et pendant plusieurs heures les officiers s’abstinrent de mettre le holà à leurs débordements.


-  Pendant la nuit du 21 au 22 août, par méprise, la garde allemande de la Chartreuse tira sur une autre troupe allemande et blessa plusieurs hommes et chevaux. On crut, de part et d’autre, à une attaque par des civils et l’autorité militaire, dès l’aube, envoya un bataillon pour punir les coupables. De Cornillon à Robermont, des centaines de coups de feu furent tirés par les soldats de ce bataillon. A Robermont, plusieurs personnes furent tuées et une douzaine de maisons incendiées.




« Le jeudi 20 août, les Liégeois étaient rentrés chez eux, selon l’ordre, à 8 heures du soir, et beaucoup dormaient déjà quand éclata, vers 10 heures, une vive fusillade au centre de la ville complètement déserte.
Cette fusillade commença place de l’Université, puis se propagea dans presque dans toute la cité, mais surtout place du Théâtre, place Saint-Lambert, le long des quais et Outre-Meuse. De tous les côtés, les coups de fusils crépitaient comme s’ils eussent été tirés en salve ; on entendit aussi le tir des mitrailleuses et enfin celui du canon qui nous parut d’autant plus violent que ce canon tirait du quai de Pêcheurs. Que se passait-il ?  On ne pouvait sortir de chez soi pour s’informer et il était même dangereux de regarder par les fenêtres, car les balles sifflaient dans l’air, frappaient les murs, brisaient les vitres et menaçaient tous ceux qui ne s’abritaient pas.
(…)

Place du Théâtre, les officiers sortaient affairés des hôtels, ordonnaient de former en hâte des barricades avec les chariots qui stationnaient là et commandaient le tir des mitrailleuses vers la place Saint-Lambert.
Etaient-ce les Alliés qui étaient embusqués, prêts à l’attaque que les Allemands paraissaient redouter ?
Dans cet espoir, ces coups de feu, tout en nous effrayant, nous réjouissaient.
Mais, place de l’Université, place Notger et rue de Pitteurs, les habitants savaient, eux, à quoi s’en tenir ! Ils étaient brutalement empoignés dans leurs maisons, percés de coups de baïonnette ou tués par les balles des soldats barbares que les cris des victimes, les supplications de femmes et des enfants, n’arrêtaient pas dans leur ignoble tâche.
Bientôt, du reste, des flammes s’élevèrent tandis que la fusillade diminuait d’intensité et l’on eut d’autant mieux conscience de ce qui se passait que les hurlements prolongés des victimes se firent entendre.
Ce n’était pas contre des troupes venant les surprendre que les Allemands avaient tirés, c’était contre d’inoffensifs habitants dont maintenant ils incendiaient les maisons !
Pour s’en rendre compte, les intrépides se risquèrent jusqu’aux lucarnes des toits et assistèrent ainsi à un épouvantable spectacle : du côté de l’Université, deux immenses brasiers éclairaient le ciel et les flammes semblaient jaillir de tout le quartier. Puis on vit un autre incendie commencer  en Outre-Meuse et s’étendre rapidement sur une grande longueur. Le feu allait-il se propager sur la ville entière ?
A l’espoir du début de la nuit avait succédé un sentiment de terreur intense en présence de cette terrible alternative : être brulé dans sa demeure ou fusillé si l’on sortait !
Vers 2 heures du matin, le ciel cessa de rougeoyer et le silence se rétablir.
Le lendemain, malgré le soin que prenaient les Allemands de cacher leurs méfaits, on put néanmoins constater que 16 maisons de la place de l’Université, 3 de la place Cockerill et 35 du quai des Pêcheurs et de la rue de Pitteurs avaient été détruites, que 5 autres, quai Sur-Meuse, avaient été éventrées par des obus et l’on apprit, non sans effroi, que 27 victimes avaient été massacrées ou carbonisés pendant cette épouvantable nuit.
Les Allemands invoquaient comme prétexte que l’on avait tiré sur eux, et, quoique tous les témoins affirmassent que c’était faux, on ne pouvait pas encore concevoir que l’armée d’un peuple civilisé pût commettre de pareilles atrocités sans y avoir été quelque peu provoquée.
On savait bien aussi que les soldats s’étaient saoûlés, mais cela n’expliquait pas non plus les massacres.
(…)
Un autre officier, le comte von Walderzée, croyait lui aussi fournir la preuve d’attentats contre les troupes en montrant au bourgmestre Kleyer une pointe de lance congolaise. On put calmer l’émoi du comte en lui affirmant qu’aucun soldat allemand n’avait été blessé ou empoisonner par une de ces lances et que ceux qui étaient tombés avaient été atteints exclusivement par les balles de leurs frères d’armes.
(…)


                      liste des 27 maisons incendiées quai des Pêchers et rue de Pitteurs




On rédigea la déclaration suivante.

" Proclamation du Bourgmestre.
Le bourgmestre informe les habitants que par ordre de l’autorité militaire :
 1° les cafés seront désormais fermés à partir de 7 heures (heure allemande) ;
2° La circulation dans les rues devra cesser à la même heure ;
3° Les portes des maisons devront rester ouvertes toute la nuit ; les persiennes seront levées ; les fenêtres seront éclairées.
21 août 1914, le bourgmestre, Kleyer « 





Deux témoignages parmi tant d’autres :
- D’abord, la déposition de M. Delhougne, concierge de l’Emulation :
« Au local de cette société se trouvait un assez grand nombre de soldats du 39 è régiment. Pendant la journée, ceux-ci, comme leurs compagnons d’armes logés aux alentours, avaient bu de grandes quantités de bouteilles de vin dérobées dans les caves. Beaucoup d’entre eux étaient ivres et fort excités ; plusieurs officiers, loin d’empêcher ces orgies, s’étaient réservé les flacons les plus vénérables ». (…)

- Un autre témoin :
 «  Immédiatement après, des soldats sortirent en grand nombre de l’Université, de la maison Londot et des écoles de la rue des Croisiers, et se mirent à tirer dans toutes les directions. On plaça même des mitrailleuses sur la place, devant les rues Sœurs-des-Hasques et des Carmes, et leur crépitement vint se mêler aux détonations innombrables des fusils et aux cris sauvages que poussaient les soldats.
Un clairon lançait aussi de temps à autre des notes stridentes, tandis que des militaires, munis de torches et de bidons d’essence, entraient dans les maisons en brisant les portes et les volets à coups de hache.
Ils mirent ainsi le feu à tous les immeubles de la place depuis le n°2 jusqu’au n°28 inclus.
Ils incendièrent aussi les maisons portant les numéros 3,5 et 16 dela place Cockerill.
Des soldats tiraient également place du théâtre par les rues de la régence. »


                          Victimes des fusillades et des incendies des 19, 20, 21 et 22 août



- La nuit du 20 au 21 août. A 10 heures, des coups de fusil éclatèrent de toutes parts, surtout du côté de la place Delcour et dans la rue de Pitteurs. Le crépitement de cette fusillade se confondit bientôt avec le fracas produit par le bris des portes et des fenêtres enfoncées à coups de hache et de baïonnette. Des cris d’horreur et d’angoisse, poussés par les habitants, rendirent ce vacarme plus terrifiant encore. Puis de plusieurs maisons, des flammes s’élevèrent. Bientôt, toutes les maisons situées entre les Instituts et le quai des Pêcheurs des deux côtés de la rue, formèrent un vaste brasier.


-  Fin du mois d’août. L’aspect de la ville l’après-midi ,était un peu plus gai grâce à la présence de nombreuses et gracieuses Liégeoises auxquelles le départ de bon nombre d’amis et surtout de trois mille étudiants de notre Université laissait des loisirs. Peut-être leurs toilettes claires détonnaient-elles dans ces tristes circonstances. (…) A côté de ces désœuvrés, qui n’étaient guère privés que de leurs revenus et de leurs loisirs, d’autres Liégeois commençaient à souffrir de la misère. Ceux-là, on les voyait, en longues file, aux portes du Bureau de bienfaisance, place Saint-Paul, et dans les différents locaux où l’on attribuait des secours.

lundi 18 août 2014

La nuit du 20 août 1914 racontée par Jules De Thier et Olympe Gilbart





Voici racontée la terrible journée du 20 août 1914 par Jules De Thier et Olympe Gilbart dans leur ouvrage «  Liège pendant la grande guerre « 


« Le 20 août, les Liégeois étaient rentrés chez eux, selon l’ordre, à 8 heures du soir, et beaucoup dormaient déjà quand éclata, vers 10 heures, une vive fusillade au centre de la ville complètement déserte.
Cette fusillade commença place de l’Université, puis se propagea dans presque dans toute la cité, mais surtout place du Théâtre, place Saint-Lambert, le long des quais et Outre-Meuse. De tous les côtés, les coups de fusils crépitaient comme s’ils eussent été tirés en salve ; on entendit aussi le tir des mitrailleuses et enfin celui du canon qui nous parut d’autant plus violent que ce canon tirait du quai de Pêcheurs. Que se passait-il ?  On ne pouvait sortir de chez soi pour s’informer et il était même dangereux de regarder par les fenêtres, car les balles sifflaient dans l’air, frappaient les murs, brisaient les vitres et menaçaient tous ceux qui ne s’abritaient pas.
(…)

Place du Théâtre, les officiers sortaient affairés des hôtels, ordonnaient de former en hâte des barricades avec les chariots qui stationnaient là et commandaient le tir des mitrailleuses vers la place Saint-Lambert.
Etaient-ce les Alliés qui étaient embusqués, prêts à l’attaque que les Allemands paraissaient redouter ?
Dans cet espoir, ces coups de feu, tout en nous effrayant, nous réjouissaient.
Mais, place de l’Université, place Notger et rue de Pitteurs, les habitants savaient, eux, à quoi s’en tenir ! Ils étaient brutalement empoignés dans leurs maisons, percés de coups de baïonnette ou tués par les balles des soldats barbares que les cris des victimes, les supplications de femmes et des enfants, n’arrêtaient pas dans leur ignoble tâche.
Bientôt, du reste, des flammes s’élevèrent tandis que la fusillade diminuait d’intensité et l’on eut d’autant mieux conscience de ce qui se passait que les hurlements prolongés des victimes se firent entendre.
Ce n’était pas contre des troupes venant les surprendre que les Allemands avaient tirés, c’était contre d’inoffensifs habitants dont maintenant ils incendiaient les maisons !
Pour s’en rendre compte, les intrépides se risquèrent jusqu’aux lucarnes des toits et assistèrent ainsi à un épouvantable spectacle : du côté de l’Université, deux immenses brasiers éclairaient le ciel et les flammes semblaient jaillir de tout le quartier. Puis on vit un autre incendie commencer  en Outre-Meuse et s’étendre rapidement sur une grande longueur. Le feu allait-il se propager sur la ville entière ?
A l’espoir du début de la nuit avait succédé un sentiment de terreur intense en présence de cette terrible alternative : être brulé dans sa demeure ou fusillé si l’on sortait !
Vers 2 heures du matin, le ciel cessa de rougeoyer et le silence se rétablir.
Le lendemain, malgré le soin que prenaient les Allemands de cacher leurs méfaits, on put néanmoins constater que 16 maisons de la place de l’Université, 3 de la place Cockerill et 35 du quai des Pêcheurs et de la rue de Pitteurs avaient été détruites, que 5 autres, quai Sur-Meuse, avaient été éventrées par des obus et l’on apprit, non sans effroi, que 27 victimes avaient été massacrées ou carbonisés pendant cette épouvantable nuit.
Les Allemands invoquaient comme prétexte que l’on avait tiré sur eux, et, quoique tous les témoins affirmassent que c’était faux, on ne pouvait pas encore concevoir que l’armée d’un peuple civilisé pût commettre de pareilles atrocités sans y avoir été quelque peu provoquée.
On savait bien aussi que les soldats s’étaient saoûlés, mais cela n’expliquait pas non plus les massacres.
(…)
Un autre officier, le comte von Walderzée, croyait lui aussi fournir la preuve d’attentats contre les troupes en montrant au bourgmestre Kleyer une pointe de lance congolaise. On put calmer l’émoi du comte en lui affirmant qu’aucun soldat allemand n’avait été blessé ou empoisonner par une de ces lances et que ceux qui étaient tombés avaient été atteints exclusivement par les balles de leurs frères d’armes.
(…)

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Deux témoignages parmi tant d’autres :

- D’abord, la déposition de M. Delhougne, concierge de l’Emulation :
« Au local de cette société se trouvait un assez grand nombre de soldats du 39 è régiment. Pendant la journée, ceux-ci, comme leurs compagnons d’armes logés aux alentours, avaient bu de grandes quantités de bouteilles de vin dérobées dans les caves. Beaucoup d’entre eux étaient ivres et fort excités ; plusieurs officiers, loin d’empêcher ces orgies, s’étaient réservé les flacons les plus vénérables ». (…)

- Un autre témoin :
 «  Immédiatement après, des soldats sortirent en grand nombre de l’Université, de la maison Londot et des écoles de la rue des Croisiers, et se mirent à tirer dans toutes les directions. On plaça même des mitrailleuses sur la place, devant les rues Sœurs-des-Hasques et des Carmes, et leur crépitement vint se mêler aux détonations innombrables des fusils et aux cris sauvages que poussaient les soldats.
Un clairon lançait aussi de temps à autre des notes stridentes, tandis que des militaires, munis de torches et de bidons d’essence, entraient dans les maisons en brisant les portes et les volets à coups de hache.
Ils mirent ainsi le feu à tous les immeubles de la place depuis le n°2 jusqu’au n°28 inclus.

Ils incendièrent aussi les maisons portant les numéros 3,5 et 16 dela place Cockerill."

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On rédigea la déclaration suivante.
Proclamation du Bourgmestre.
Le bourgmestre informe les habitants que par ordre de l’autorité militaire :
 1° les cafés seront désormais fermés à partir de 7 heures (heure allemande) ;
2° La circulation dans les rues devra cesser à la même heure ;
3° Les portes des maisons devront rester ouvertes toute la nuit ; les persiennes seront levées ; les fenêtres seront éclairées.
21 août 1914, le bourgmestre, Kleyer « 



                       Liste des 27 maisons incendiées quai des Pêcheurs et rue de Pitteurs



               Victimes des incendies et des fusillades des 19, 20, 21 et 22 août 1914


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A propos de la commémoration de ce jour sinistre, ce mercredi 20 août 2014 :
http://www.theatredeliege.be/uploads/saison14-15/20%20Aou%CC%82t%2014.pdf


                                   ... lors de la commémoration de ce mercredi 20 août 2014 ...

dimanche 17 août 2014

Georges Simenon : " Le rapport du gendarme "




Un inconnu est renversé par une voiture juste devant la ferme de Gros Noyer tenue par une famille : Etienne Leroy, Joséphine son épouse, Lucile la fille et le patriarche Leroy. Un brigadier et deux inspecteurs découvrent le responsable de l’accident. L’inconnu, lui,  est grièvement blessé et intransportable à l’hôpital. Il loge dans cette ferme. On se rend compte qu’il est amnésique. Qui est-il ? Et Etienne est-il bien le fils du patriarche Leroy ? Et Lucille est-elle bien la fille d’Etienne ? Et Joséphine dans tout cela ?
«  Tous les journaux ont parlé de l’affaire du Gros Noyer, l’hécatombe du gros noyer. »

L’empoissonnement raconté au chapitre IX est particulièrement bien enlevé. Et d’ailleurs tout est bien dans ce roman «  dur «  de Simenon. Hé !



Extraits :

-  Lucile aidait sa mère. Jamais elle n’allait danser au pays. Jamais on ne la rencontrait avec un garçon. Quand elle avait une heure de libre, elle lisait, toujours les mêmes petits romans qu’elle achetait à Fontenay, et elle aurait été capable de lire en tirant les vaches.


-  Les malades, à qui le médecin annonce qu’ils n’ont que pour deux, trois, quatre ans à vivre, à la condition de suivre un régime strict, éprouvent in soudain soulagement, et ce sont désormais des potions ou des soins qui marquent les étapes des jours.

jeudi 14 août 2014

" Lucian Freud " par Sebastian Smee






Un excellent ouvrage qui nous éclaire sur la peinture de Lucian Freud, né à Berlin de parents juifs en 1922, il est le petit-fils de Sigmund Freud, père de la psychanalyse. Il meurt à Londres, le 20 juillet 2012. Il a peint ses amantes et amis intimes, ses enfants et petits-enfants, hommes d’affaire et artistes, écrivains et membres de la famille royale, des célébrités et des anonymes.


                                        Lucian Freud, un modèle et le tableau

Extraits :


-  «  Vous savez à quel point on se souvient de quelqu’un grâce au rire. »

-  «  Qu’y-a-t-il de plus surréaliste qu’un nez entre deux yeux ? « 

-  Freud allait bientôt revenir à l’idée, prédominantes dans ses jeunes années, selon laquelle composer un tableau c’est le falsifier, ordonner à l’avance ce qui ne saurait être deviné, mais qui doit demeurer urgent. «  Savez-vous qu’il existe quelque chose que l’on appelle- faire un tableau - ? «  Cela anéantit tout espoir de créer quelque chose de remarquable. « 


                                             " Peintre et modèle "
-  «  Chambre d’hôtel «  est, selon le peintre, «  le dernier tableau peint assis. Une fois que je me suis levé, je ne me suis plus jamais rassis. « 

-  «  Qu’est-ce que j’attends d’un tableau ? » a écrit Freud : «  Qu’il étonne, trouble, séduise, persuade. « 


- «  Ce qui m’intéresse vraiment chez les gens que je peins, c’est le côté animal. « 


                                                   " Matinée ensoleillée, huit jambes ", 1997



En bonus, Lucian Freud au Centre Pompidou, vidéo :



Fêtes du 15 août 2014 en Outremeuse-Lîdge



                                  vient de sortir : le dernier bouquin de Jean Jour sur Outremeuse


                               

                                           Procession de la Vierge Noire d'Outremeuse





                              un nouveau venu chez les Géyants : Constant-le-Marin à l'avant-plan


                                           Nanesse et Tchantchès


                                       un jeune Liégeois coooool et bien équipé


                                      ... un beau temps lors du cortège, à peine trois gouttes et demi ...


           une autre vedette : le zouave de la rue Surlet : un costume de zouave a été remis à Tchantchès


                                        quel pèckèt veux-tu ? : citron, framboise, spéculoos, chocolat ...


                                         ... attention !  : v'là la maréchaussée ...


                   une raffale de saints à l'église Saint-Nicolas lors de la bénédiction des amoureux






                          Samedi 16 août 2014, l'enterrement de Matî l'Ohé, le grand délire ! ! !


























                                                  The end : leyi m'plorer et à l'an qui vint ...

mercredi 13 août 2014

L'ado d'Outremeuse ( une apparition)




                                        " Bataille de l'Argone - Chute dans trou noir " - Magritte


Je ne sais pas si je vous ai déjà causé de l’ado d’Outremeuse.

Voici une histoire bien étrange qui m’est advenue l’année dernière. J’habite dans le quartier Sainte-Barbe qui, comme vous le savez, se situe au pied du pont Maghin. Je viens d’avoir trente, je suis célibataire et il est plus qu’évident que la vie en couple ne me convient pas du tout (c’est pas faute d’avoir essayé). Je n’ai d’ailleurs plus aucune relation quelle qu’elle soit. Je supporte difficilement de travailler plus d’un an à la même place et, de surcroît, il me faut du neuf. Ainsi, j’ai bossé au nouveau musée Curtius, à la nouvelle gare, dite Calatrava trala-la-lère aux Guillemins, à la Médiacité et a c’t’heure au néo-Valdor. J’ai une sainte horreur des bagnoles (et des vélos),  aussi je fais tous mes chemins pédibus ou en bus (dont j’exècre la promiscuité- et j’suis pô l’seul). Pour les ceuses qui connaissent un peu Lîdge, chaque matin, je démarre de chez moi via les quais ( des Tanneurs, De Gaulle) > boulevard Saucy ( où je suis né, au numéro 9) > Puits-en –Sock, > pont d’Amercoeur et rue Basse-Wez.

C’est au mois de juin que le rencontrai pour la première fois ce gosse, rue Puits-en-Sock.
«  Nous nous sommes déjà vu à la mer «  qu’il me dit comme ça.
 Possible, j’y vais souvent le week-end ou lors de mes jours de congé quand il fait beau temps.
 «  Blankenberge, vous aimez marcher, seul, le long de l’eau et  manger des dames blanches aux terrasses «  qu’il continue le gosse ».
 Bien vu !
«  Et sur le train, où vous faites des sudokus, fit-il pour conclure « .
 L’a pas ses yeux en poche, ce moutard.
«  Je vous vois passer tous les jours. Où travaillez-vous, m’sieur « .
 Au Valdor, fis-je.
 «  Moi, j’suis étudiant au collège Saint-Servais »
. O-ho !
 «  J’fais aussi du rugby « .
 C’est pas un sport pour fillettes, bravo, mec !
Le lendemain, je le croise à nouveau sur le pont d’Amercoeur.
«  Aïe-aïe ! J’me suis bien fait arrangé au rugby, un sale coup d’vache lors d’un mêlée. « 
Il m’explique que ce n’est pas trop grave mais qu’il devrait suivre des séances de kiné. Son problème c’est que sa mère veut qu’il aille chez une cousine qui est kiné mais que lui, il sait pas la voir même en peinture.
«  C’est con parce que moi j’en connais une de masseuse…. enfin de kiné, une jeune qui sait y faire mais ça coûte bonbon … ».
Ce p’tit pépère me demande si je ne saurais pas lui prêter 50 euros qu’il me rendrait à la fin de vacances vu qu’il ira  bosser tout un mois au Colruyt. «  Faut pas l’dire à ma mère surtout ! « 
Bon va, je lui refile le billet.
 Deux jours plus tard, rebelote : «  Mon oncle m’avait promis qu’il me donnerait un peu d’la tune mais bernique ! « 
Je lui demande combien elle demande la kiné.
«  150 euros pour un premier soin «. Après on verra …
Je lui donne encore 50 euros en lui faisant comprendre que ce sont les derniers. Pas de souci, qu’il me répond «  Et vous tracassez pas, je devrais me faire 700 ou même 900 en août, et puis grâce à vous, je pourrais me réaligner au rugby, merci beaucoup, m’sieur, Dieu vous bénisse, Allah Akhbar qu’il dit en pouffant. »
Deux jours plus tard, rebelote : «  Pas moyen de trouver les 50 roros pour faire la somme à la kiné, misère ! « 
J’aime pas trop ça car, par les temps qui courent, refiler du fric à un illustre ado de 14 ans quasi inconnu, c’est plus que louche (si vous voyez ce que je veux dire …) . Mais son toupet me plaît trop.

Si je suis un vrai Liégeois ( mais pas un Principautaire), je suis également un Outre-Meusien vu que, comme dit plus haut, je suis né boulevard Saucy. Autant dire que je ne louperais les fêtes du 15 août pour tout l’or du monde. C’est lors du cortège que je tombai nez à nez avec mon rugbyman en herbe. Il voulut absolument m’offrir un verre et l’on trouva, ô miracle !, une table pour deux. A la serveuse il demanda «  Un verre de bière ! «. Il me parla un peu de sa famille . Il a un frère cadet, Christian, je crois. Sa mère loue des chambres pour étudiants qui sont tous à l’unif et tous étrangers : Polonais, Russes, etc. Il me demanda où j’habitais, où j’étais né , quel était mon âge. Lui, Jojo – « appelez-moi Jojo comme le font tous mes potes «  est né rue Léopold, sur la rive gauche, un 13 février. Il me faisait rire car il était déluré, ne cessait de faire des réflexions salaces sur toutes les femmes qui passaient et encore un peu, je me serais pris d’affection pour lui.

Je ne le revis plus dans le quartier. Ce n’est qu’au mois d’octobre que je commençai à m’inquiéter. Non pas pour le fric, vous vous en doutez bien, mais pour lui-même. Je menai ma petite enquête dans le voisinage et chez les commerçants.
«  Jojo ? Qui est à St-Servais et qui fait du rugby ? C’est pas Jojo, son vrai prénom, c’est Georges. Ca nous change un peu de Kévin et Jonathan, mais quelle idée aussi  d’aller appeler son gosse «  Georges «,  un peu vieillot quand même « 
«  Le père de Jojo ? Il travaille dans un bureau d’assurances du côté des Guillemins. C’est pas Désiré son prénom ? »
«  La mère de Jojo. Oui ! Elle loue bien des chambres pour étudiant, rue de la loi . « 
Je suis allé rue de la Loi , au numéro 53  . Il n’y avait pas de dame qui louait des chambres aux étudiants. Je suis allé au collège Saint-Servais : il n’y avait pas d’étudiant qui s’appelait Georges et qu’on surnommait Jojo.
Je suis allé rue de Campine au numéro où Jojo m’avait dit qu’il était allé chez une kiné pour se faire soigner des coups reçus au rugby mais pas de kiné, juste une «  masseuse «, de celles qui exercent le plus vieux métier du monde …
Je suis allé à la tour de l’adminsitration communale et l’on m’a répondu qu’il y avait bien eu dans le temps une dame qui louait des chambres à des étudiants et dont le mari travaillait dans une agence d’assurances, même qu’il s’appelait Désiré, et qu’ils avaient deux enfants : Georges et Christian. Mais que cela faisait belle lurette qu’ils n’habitaient plus là…

C’est depuis lors que je lis, en boucle, tous les bouquins de Georges Simenon. Sans doute pour tenter de retrouver mon ami.


                                                                             Catinus


En illustration musicale :

- Henri Pousseur : «  Trois visages de Liège. Voix de la ville « (1961) :

https://www.youtube.com/watch?v=7z1tbDQ2JoE

- Chanson sur Lîdge :


- Attention ! âmes sensibles s'abstenir :

https://www.youtube.com/watch?v=3tjoqhx_dwk&feature=player_embedded


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Pour la petite histoire : j'ai posté cette courte nouvelle dans un club de lecture. En voici le lien ainsi que quelques commentaires :


lundi 11 août 2014

Jean d'Ormesson : " L'enfant qui attendait un train "




Tout est dans le titre. Qu’elle est adorable cette très émouvante histoire d’une quarantaine de pages (écrit GROS), racontée par Jean d’O ! Une fable qui devrait être lue à tous les enfants  gravement malades car elle fait voyager à l’intérieur de la tête (n’est-ce pas d’ailleurs le propre des contes ?).


Cinq étoiles sur cinq.