" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

jeudi 29 janvier 2015

Le nouveau blog du quartier Sainte-Marguerite à Liège



Comme le site du quartier Sainte-Marguerite n’était plus actif, mes p’tits camarades du journal «  Salut Maurice «  m’ont désigné volontaire pour ouvrir un blog qui épinglerait tout ce qu’il faut savoir sur l’actualité de notre quartier-chouchou. Dont acte !  (j’ai même pas eu le temps de refuser et puis : est-ce que cela se refuse au fond ?)
Ce n’est pas MON blog ( j’en ai déjà un, hé !) mais le blog d’une communauté qui veut que ça « balance pas mal », chez nous. Je n’en suis que l’outil. Dont acte !
Donc, voici le lien du nouveau blog du quartier Sainte-Marguerite à Liège :



Bienvenue et bonne lecture !

mardi 27 janvier 2015

Natsumé Sôseki : " Botchan "





Ce court roman de Natsumé Sôséki est un des plus populaires du Japon. Chaque écolier japonais le lit au cours de sa scolarité. Ce roman est très largement autobiographique.
La mère de Soséki meurt alors qu’il est encore tout jeune. Dès lors, notre héros doit vivre avec son père et son frère mais ils ne s’entendent pas du tout. Heureusement, il y a la vieille servante Kiyo : elle adule  botchan (le petit maître). Botchan part travailler comme professeur de mathématique dans un collège de province. Il y rencontre des collègues teigneux, fourbes et des élèves grossiers, moqueurs, cyniques, violents. Botchan baptise ses collègues professeurs : « Chemise rouge », « Le blaireau « , «  Courge verte « , « Le Bouffon « , « Porc-Epic », le seul avec lequel il s’entendra plus ou moins tout au long de ce récit empreint d’une étonnante violence, autant physique que morale.


Notes :

- Tatami : il est d’usage d’indiquer la mesure des pièces par le nombre de nattes « tatami » qui recouvrent le plancher. Dimension d’un tatami : 1m80 sur 90 centimètres environ.

-  Botchan : signifie «  jeune maître, petit maître «  mais dans le sens péjoratif «  petit jeune homme naïf, jeunot « 

-  Edokko : littéralement, enfant d’Edo (ancien nom de Tôkyô). Un Edokko est d’abord fier de son appartenance, il est volontiers bagarreur, impulsif, généreux, dépensier, il aime son parler et en joue avec une gouaille populaire, il pratique les jeux de mots et l’exagération, l’hyperbole, il est jugé par les autres Japonais comme superficiel, léger, vaniteux.


- Haïku : poésie très courte en dix-sept syllabes (trois groupes de cinq, sept, cinq)

vendredi 23 janvier 2015

Liège en 1970


                                          Rue de Bruxelles


-  « La Meuse », samedi 17 et dimanche 18 janvier 1970 :
Au Trocadéro, samedi à 19h30, dimanche à 14h30 et 19h30, «  Les Sullon dans la revue « 




-  « La Meuse », samedi 31 janvier 1970
Ouverture le 31 janvier de «  Cado Radio «, 115 rue Cathédrale. 20.000 disques à votre disposition. (…)




                                                    Andrée Simons


-  Samedi 7 février 1970
Andrée Simons : trop d’humour pour gagner au Grand Prix de l’Eurovison ?
    «  On s’américanise
        Clopin –clo-clo-pan
        On se marijuanise
        On est dans le vent
        On se L.S.Dise
        Vaille que veux-tu
        Puis on se pilulise
        Un peu la vertu « 
Ces bons mots-là de la chanson «  La Belle Epoque «  sont écrits et chantés par Andrée Simons, 19 ans, taureau ou Balance selon les astrologues, 1m68, 56 kilos, 84-56-84. (…) Andrée Simons se réjouit du succès de Jean Vallée. (…)

-  Mercredi 25 février
Le conducteur du bus 1 brûlait les feux rouges et transportait les voyageurs gratuitement : il était ivre. (…)

-  Samedi 28 mars
Le sauna « Elle et lui » de la rue du Plan incliné, 115 à Liège avait de tarifs secrets pour massage spécial et strip-tease : les exploitants sont arrêtés. (…)

- Mardi 31 mars
Mère Gabrielle-Maria (originaire de Chénée) est réélue Supérieure générale de 1642 «  Filles de la Croix ». Il y a 103 maisons dans le monde. (…)

- Mercredi 1 avril
Pour montrer qu’ils n’avaient pas peur du gang rival, 25 jeunes gens mettent à sac un café d’Outremeuse et rossent le patron, ses fils et six clients. (…)



                                                          François Pinet

-  Lundi 6 avril
Depuis 100 ans, dans la famille de M. François Pinet de Herstal, on est fabriquant de marionnettes liégeoises. Un livre ,qui paraîtra en septembre,    rassemblera ses souvenirs. Son petit théâtre a fait des tournées en Hollande, en Suède, au Pays de Galles, en France, en Allemagne. 




-  Lundi 6 avril
Pour l’album souvenir du Standard champion de Belgique du basket depuis samedi

- Mardi 7 avril
Catherine (82 ans) d’Outremeuse vend des «  Cutès peures » depuis plus de 60 ans. A dix ans, elle installait, sous le pont des Arches, la charrette de fruits qu’on lui avait confiée. A 75 ans, elle la pousse encore jusqu’au marché de Chénée. (…)




-  Lundi 13 avril 1970
Standard est champion en battant hier l’Union Saint-Gilloise (1-0). L’équipe qui a enlevé le 5è titre de l’histoire du club de Sclessin.



                                                   A l'avant-plan : Roger De Vlaminck

-   17 avril 1970
Liège-Bastogne-Liège : 1. Roger De Vlaminck  2. Frans Verbeek   3. Eddy Merckx



                        Coin Pont d'Avroy.La dame traverse le boulevard de la Sauveniere vers la rue St Gilles


-  Jeudi 20 avril
Chantal Loos, 18 ans, coiffeuse-esthéticienne. Son vœu si les élections communale pouvaient le réaliser : «  Un ville un peu plus romantique, avec des parcs, des points d’eau et des calèches pour la visiter ».




-  Mardi 1 septembre
Le chauffeur avait oublié de baisser la benne, rue Dossay , après avoir déversé son chargement au port pétrolier de Wandre. Le chauffeur s’en est sorti par ses propres moyens et est redescendu à terre en se servant d’une échelle. (…)

- Vendredi 4 septembre
Le crime de la rue de l’Agneau. Aucune trace de l’assassin de Babette. La prostituée a été étranglée avant d’être étouffée avec du papier sous un coussin pressé par un fauteuil club et une bonbonne de gaz. (…)

-  Mercredi 16 septembre
En librairie à partir de ce mercredi : un livre tout en finesse, «  Le testament d’un cancre » premier roman de Bernard Gheur, un Liégeois de 25 ans. (…) Courtes anecdotes, humour feutré, nervosité de style, émotion contenue (…)

-  Samedi 27 et dimanche 28 septembre
Le Maison de la Culture «  Les Chiroux » a été inaugurée. Elle comporte un libre-service de 30 à 40.000 livres, une salle de spectacles (250 places) et deux de lecture. (…)




-  Lundi 2 septembre
Les grands galas du Gymnase. Cycle de 10 et 14 représentations. A l’affiche les vedettes suivantes : Jacqueline Maillan, Robert Lamoureux, Françoise Rosay, Pierre Brasseur, Ginette Leclecq, Robert Hossein, Jean Richard, André Luguet, Claude Dauphin, Jacques Dufilho, Fernand Ledoux.

-  Lundi 12 octobre 1970
Elections communales. Avec le Conseil Communal que voici : Bourgmestre 12, PSB 11, PSC 8, RW, 6, PLP 2, PC 2. Liège : alliance probable Bourgmestre Destenay + PSB (…)




Mercredi 21 octobre
Guy-Guy, le sanglier apprivoisé de 100 kg a un an et vit au numéro 37 de la rue des Armuriers à Liège chez Mr et Mme Dieudonné. Il mange comme quatre tout ce que les voisins lui donnent : pommes de terre, fruits défraîchis, pain, lait, déchets de toutes sortes. On lui a aménagé une pièce que rez-de-chaussée près du garage. Il a droit à sa promenade quotidienne dans les hautes herbes de Coronmeuse. (…)



-  Lundi 23 novembre
« Laurélie », c’est un nom imaginaire choisi pour sa mélodie par cinq jeunes musiciens liégeois : André Marquet (21 ans) batterie, Christian Boissart (20 ans) guitare solo et d’accompagnement, Francis Dozin (21 ans) flûte et chant, Pierre Rapasaet (22 ans) guitare basse et chant, Yvon Hubet (21 ans) piano, orgue et chant. C’est aussi le nom de leur album (…)

-  Mercredi 9 décembre
La mère de Georges Simenon est morte hier soir à nonante ans. (…)

- Mercredi 16 décembre
Mort à Menton après une maladie foudroyante de S.-A. Steeman, né à Liège en 1908. Il n’avait que 15 ans lorsqu’il publia son premier roman. (…) Il a été un des auteurs « policiers » les plus filmés (13 romans au cinéma parmi lesquels «  L’assassin habite au 21 «  et «  Quai des Orfèvres ». (…)

-  Mardi 29 décembre 1970
Liège : un hôtel de 105 chambres va être construit Bd de la Sauvenière



Et plus particulièrement au quartier Sainte-Marguerite :


- «  La Meuse «, jeudi 15 janvier 1970
Explosion dans la cave d’une fabrique de produits chimique rue En-Bois à Liège. Deux heures d’angoisse : le feu menaçait les stocks de naphte et d’essence. (…)

-  Mardi 24 avril 1970
Liège : des travaux pour 2 milliards de 1970 à 1975. (…) Un viaduc long de 500 mètres sera construit de l’ancien charbonnage de Ste-Marguerite à Hocheporte. (…)

-  Vendredi 22 mai 1970
Le centre de rencontre et d’hébergement pour jeunes du parc Naimette-Xhovémont à Liège : 90 millions. La première pierre a été posée hier. Il pourra abriter 250 personnes en temps normal et 500 en augmentant les lits. Il sera édifié sur les anciennes dépendances du charbonnage de Bonne-Espérance situées entre le boulevard L. Philippet, les rues Naniot, Isi Collin et Naimette. (…)



                                                Le doyen Jean Gillard

-  Samedi 30 et dimanche 31 mai
Après la procession de la Fête-Dieu, des dizaines de prêtres ont circulé dans la basilique Saint-Martin pour distribuer la communion. (…) Le chanoine Gillard, doyen de Saint-Martin quittera dans quelques jours sa paroisse et son doyenné pour une retraite bien méritée. (…)




-  Lundi 8 juin
M. Prosper Lenders (71 ans) 148, rue de Hesbaye à Liège, dit «  Papa Prosper «, l’un des plus vieux artistes du music-hall est la vedette du film réalisé par le cinéaste liégeois Marcel Thonnon. Ce film qui s’intitule «  Les deux âges » sera projeté mercredi prochain à Bruxelles. Il raconte la vie de Papa Prosper est de ses activités. On y voit Papa Prosper au milieu des enfants de son quartier dont il s’occupe beaucoup : il a  aménagé un petit théâtre dans la cour de sa maison. Il y monte des spectacles avec l’aide des enfants auxquels il apprend à chanter. (…)

-  Mardi 22 décembre
Vu à la troisième foire des antiquaires (des objets exposés pour des dizaines de millions de francs) qui s’est tenue à l’école moyenne de la rue Ste-Marguerite à Liège : une menotte d’esclave romain, une statue de Ste Barbe du XIV è siècle (…)


Merci au journal «  La Meuse « ! ! !
Merci à ses journalistes anonymes ! ! !
Merci à la bibliothèque de l’Université de Liège ! ! !



jeudi 22 janvier 2015

Natsumé Sôseki : " Une journée de début d'automne "



Comme d’habitude chez ce grand romancier japonais, quelques magnifiques descriptions, d’une grande finesse,  de sentiments et d’émotions. De courts récits très agréables à lire qui datent du début du vingtième siècle.

1. «  Le soir de mon arrivée à Kyoto « : Natsumé Sôseki est frigorifié lors de sa visite à Kyoto. Il se souvient de son ami le poète Shiki.
2. « Le moineau au bec rose » : Sôseki adopte un petit oiseau. Il le décrit admirablement.
3. « Professeur Koeber » : un prof d’origine allemande qui enseigna longtemps au Japon.
4. « Bruits étranges » : dans une chambre d’un hôpital
5. « La lettre » : le jeune Jukichi est-il prêt au mariage ou a t-il déjà versé dans la débauche ?
6. « Une journée du début d’automne » : juste avant les funérailles de l’empereur Meiji le 13 septembre 1912.


Extrait :

Un haïku de 1897 :

      J’aimerais renaître
      Si c’est possible
      Aussi modeste qu’une violette 

mardi 20 janvier 2015

Georges Simenon : "Les vacances de Maigret "




Alors que le couple Maigret est en vacances aux Sables-d’Olonne, madame doit être hospitalisée d’urgence. C’est dans une clinique tenue par des religieuses que notre bon commissaire reçoit l’autorisation de pouvoir rendre visite à son épouse durant une demi-heure par jour, pas plus. Dans la chambre numéro 15 voisine, une jeune femme va mourir.  Maigret trouve dans sa poche un billet demandant, par pitié de venir d’urgence dans la chambre 15 mais il est déjà trop tard. Bien que n’étant pas sur son territoire et de surcroît en vacances, le commissaire ne peut s’empêcher d’enquêter dans son coin …
Il s’agit là d’une bien triste histoire résultant d’une jalousie exacerbée (à prononcer à la manière de Georges Simenon : exacerbéééyye)
Se lit, comme d’hab’, avec délice. Mais surtout on est amené à se poser cette question cruciale : au fond, Maigret ne serait-il pas un vrai alcoolique ? Car l’on sait que l’écart entre l’alcoolisme mondain et l’alcoolisme notoire est souvent bien ténu. A vous de vous en faire une idée avec ce qui suit.

Extraits :

-  Ainsi que les jours précédents, il avait beaucoup bu. Pas par sa faute. Pas consciemment. Parce que sa vie aux sables s’était organisée ainsi.

- «  - Un petit coup de blanc, commissaire ? »
          Le premier de la journée. Le coup de blanc du patron.


-  Il suivit le trottoir, tourna à gauche, finit par entrer dans un bar où il n’avait pas encore mis les pieds et qui allait probablement s’ajouter à sa collections de relais quotidiens.

-  Tout le matin, en faisant son tour de piste quotidien, de bistrot en bistrot, il enragea un petit peu, et c’était aux bonnes sœurs qu’il en avait.

-  Il but un apéritif, au lieu du vin blanc habituel. Puis comme Mansuy insistait pour offrir une tournée, il en but un second. Cela venait s’ajouter à tous les vins blancs de la journée.

-  M. Léonard remplissait deux petits verres de calvados. Ce que Maigret pouvait vider de petits verres et avaler de vins blanc depuis quelques jours ! Pourtant, il n’était pas ivre.

-  J’aurais pu être chirurgien, moi aussi, pensa-t-il. Et posséder une voiture comme celle-là. Probablement pas chirurgien, mais c’est un fait qu’il avait failli être médecin, qu’il avait commencé ses études de médecine, qu’il en avait parfois la nostalgie. Si son père n’était pas mort trois ans trop tôt …

-  Si vous dites cela, c’est que vous n’y connaissez rien. Il était amoureux d’elle, comprenez-vous ? Il ne la connaissait même pas ! Il ne pouvait pas l’aimer. Ce qu’il aimait, c’était une femme. Une autre aurait pu jouer le même rôle.

°°°°

Il a été tiré de ce roman un téléfilm avec Bruno Crémer :




samedi 17 janvier 2015

Cavanna : Bête et méchant "





Paris 1945. François Cavanna est de retour d’Allemagne où il avait été réquisitionné par le STO ( service du travail obligatoire). Il y a laissé son amie Maria, une prisonnière ukrainienne. Il a vingt ans, vit chez ses parents rue Ste-Anne à Nogent. Il rencontre Liliane Soja, une jeune femme d’origine polonaise, 20 ans, qui a subi la vivisection, une des spécialités des nazis. Après de petits boulots (chauffagiste, maçon), Cavanna décide de ne plus se consacrer qu’au dessin. Dessiner des guignols, comme dit son père Louis.
Voici la fabuleuse histoire du mensuel «  Hari Kiri », le journal bête et méchant.

Les chapitres :

- Liliane : rencontre de Liliane Soja. Les premiers dessins de Cavanna dans des journaux comme « Kim ».
- 1949, la guerre ne joue pas le jeu : mort de Liliane
-  1950, les petits mickeys : Cavanna se déclare professionnel du dessin. Rencontre avec Bosc, Fred, …
- 1954, vous n’avez rien contre les jeunes : Cavanna rédacteur en chef-adjoint au journal «  Zéro » qui se vend en rue. Il rencontre Georges Bernier (Choron) et Reiser
-  1953-1954, le décès du père de Cavanna. Le voyage en Italie, en vélo, en 1950 où il rejoint son père en vacances
- 1960, la grande aventure : Hara Kiri est né avec Cavanna, Choron, Cabu, Wolinski, Fred, Reiser, Topor, Melvin, etc…
-  1961, il n’y pas de censure en France : Hara Kiri est interdit
- 1963, interlude : le service après-vente d’Hara Kiri
- 1945 – 1956, expérience : avec le communisme, la franc-maçonnerie
-   1951, Tita : et les cinq enfants : Anne, Catherine, Sylvie, Jérôme et Laurent et la maison
-  1967, le coup de grâce



Extraits :


-  J’eus la révélation que les êtres ne sont pas aussi simples que nous nous plaisons à nous les figurer. Nous nous faisons d’eux l’idée qui nous arrange.

-  Heureux les teigneux, ils ne sont jamais complètement malheureux !

-  Tout l’individu tient en une ligne, une seule, qui le résume et l’exalte.

- ( le métier de François Cavanna expliqué par son père Louis)   «  Pas besoin qu’va l’école, l’apprende tout cos’qu’i veule. L’ne sa plous dans la têté coumme oun dottore. » 
       «  - Et cos’ qui fa, coumme travail, l’vot Françva, messieur Louvi ? »
     «  -  Oh, lvi,l’fa des guignols per mette dans le zournal, ecco cos’ qui fa,lvi. L’est oun mestière qué fout n’avar dans la tête, en plous qué les dvoigts. »


- Une heureuse nature, Cabu. Son rire est toujours là, pas bien loin, prêt à fuser dans des effarements de pucelle chatouillée. Ses yeux de faïence à décor bleu, ses yeux de petit enfant à fossettes. Ils ne guettent que ça : l’occasion d’un fou rire. Il a vingt-trois ans, en paraît quinze, n’en aura jamais davantage. Il trimballe une dégaine d’escogriffe qui use les fringues du grand frère, superpose les pull-overs tricotés  par la tante restée demoiselle. Une tignasse de chien briard taillée au bol lui tombe aussi épais sur les yeux que sur la nuque, va savoir où est le côté de la queue, où est celui de la truffe. Cabu est resté le môme qui traîne son cartable sur le chemin de la communale, n’évitant aucune flaque, fendu jusqu’aux oreilles aux cochonneries que lui débite un copain. Cabu raffole des obscénités, bien énormes et bien grasses. Nous aussi, tiens donc mais Cabu s’en ferait mourir.



- Wolinski, à son bout de table, gribouille, la tête penchée de côté, bouche serrée, un bout de langue sortant par un coin. Il a devant lui une pile de feuilles de papier dactylo, une grosse pile, il prend une feuille sur la pile et il gribouille. N’importe quoi. De ces choses qu’on gribouille. Par exemple quand on téléphone. Des dames à poil. Surtout des dames à poil. Qui courent, souvent. De la droite vers la gauche, toujours. Elles tendent les bras en courant, elles tendent le cul, elles rient.

- De la gare du Nord au carrefour de Châteaudun, il y a la rue de Maubeuge.
 De la rue des Martyrs à la rue de Maubeuge, il y a la rue Choron.
 Au confluent de la rue Choron et de la rue de Maubeuge, il y a :
                                      six platanes en triangle
                                      un banc public
                                      un urinoir en tôle
                                     le bistrot de Thésée
                                       le bistrot de Jacky
                                        le bistrot d’Emile
                                           le bistrot où qu’on va jamais
4, rue Choron, premier à gauche au-dessus de l’entresol, c’est Hara-Kiri.
Attention. Premier à gauche. Pas à droite. A droite, c’est la Choucroute française, S.A.R.L.
On se cause pas. On n’a rien contre, mais c’est pas le même monde.
Remarquez, à nous aussi il nous arrive de nous tromper de porte. En remontant de chez Thésée, par exemple. C’est toujours regrettable.

4, rue Choron, neuvième arrondissement. Lieu fertile en miracles. C’est là que naquit Hara-Kiri, père de Charlie-Hebdo. C’est là que Bernier devint Choron. Le professeur Choron.


-  Foutons dehors à coups de pieds au cul les vieux interdits, à commencer par le bon goût. A continuer par le sacré. (…) Rien n’est sacré, pas même ta mère, pas même les martyrs juifs, pas même ceux qui crèvent de faim… Rire de tout, de tout, férocement, amèrement pour exorciser les vieux monstres. C’est leur faire trop d’honneur que de ne les aborder qu’avec la mine compassée.

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En bonus : reportage à Hara-Kiri :

Première partie :

Deuxième partie :


vendredi 16 janvier 2015

Laurent Gaudé : " Ouragan "







Une terrible tempête fonce droit sur le Nouvelle-Orléans. Tout au long de ces 180 pages, nous allons suivre quelques personnages qui se débattent au sein de cette furie et tendent de survivre. Tout d’abord, Joséphine Line.Steelson, « négresse depuis presque cent ans », le révérend visiteur de prison, Keanu Burns qui va retrouver après dix ans d’absence son épouse Rose et son fils Byson , neuf prisonniers qui se sont échapper de leurs cellules. Leurs chemins s’entrecroisent, certains ont peur, d’autres se résignent…

Les nouvelles et des romans de Laurent Gaudé ont un point en commun : ils nous tétanisent, nous terrifient, nous laissent groggys. Avez-vous essayé aussi : «  Le bâtard du bout du monde «  la nouvelle qui se trouve dans le bouquin «  Les oliviers du Négus » ?  Terrrrrrrrifiant !


Extrait :


Je sais que la nature va parler. Je vais être minuscule, mais j’ai hâte, car il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu’un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d’une petite existence.

dimanche 11 janvier 2015

Michel Houellebecq : " Soumission "





CECI EST UNE FICTION !

Nous sommes en France, en 2022. François est un célibataire de 44 ans. Il est chargé de cours à l’université de Paris III. C’est un spécialiste de l’écrivain J.K. Huysmans. Il vit seul dans un appartement de  l’Avenue de Choisy, se désintéresse de ses parents et sa copine Myriam (22 ans) va partir avec sa famille pour Israël. En mai ont lieu les élections présidentielles. En tête, le Front National suivi de près par le Parti Musulman. Les socialistes, l’Ump et les centristes sont les grands perdants. Une alliance va se créer entre ces derniers et le parti musulman. Et il va falloir faire de sérieuses concessions. A suivre …

Dans ce roman remarquable – digne d’être remarqué - il est davantage question de Huysmans, de Nietzsche, de Dieu, de l’univers, de philosophie, de l’état de l’homme, … que de politique et de religions. Et bien heureusement !



Extraits :

-  Je ne m’attendais évidemment pas à avoir une fin de vie heureuse. Il n’y avait aucun raison que je sois épargné par le deuil, l’infirmité et la souffrance ; mais je pouvais jusqu’alors espérer quitter ce monde sans violence exagérée.

-  Je n’avais pas d’amis, c’est certain, mais en avais-je jamais eu ? Et à quoi bon, si l’on voulait bien y réfléchir, des amis ?

-  (…) Nietzche avait vu juste, avec son flair de vieille pétasse, le christianisme était au fond une religion féminine.

-  Quand je parle de Dieu aux gens, je commence en général par leur prêter un livre d’astronomie.

-  N’y a-t-il pas au fond quelque chose d’un peu ridicule à voir cette créature chétive, vivant sur une planète anonyme d’un bras écarté d’une galaxie ordinaire, se dresser sur ses petites pattes pour proclamer : «  Dieu n’existe pas » ?

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En bonus, une courte interview :





Pêle-mêle janvier 2015




                                   René Magritte à l'académie des Beaux Arts, Bruxelles 1918


                                                  Vutton Resort 2013 par Inez


                                                         Paul Gauguin - Nature morte avec trois chiots


                                                        Germaine Krull



                                                        Mary Wigman - danse classe 1925


                                                           ... clic ...


                                                            transparence


                                                    Yvon Le Marlec - Nude


                                                     Edward Weston - Nude


                                                        Brooklyn New York 1952 - Max Ernst


                                         Du film " Je vous aime "


                                              Doisneau


                                                    Couple dans une tempête de neige - Suzuki Haranobu


                                            Maison de bain - Kiyonaga


                                       Serpentant au flu Lanting - Suzuki Fuyu


                                                  Mary Pickford dans les " Moineaux "


                                                      La nuit de l'infamie -  Magritte


mercredi 7 janvier 2015

Effroyable mercredi 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo


                                                  CABU






                                                  CHARB







                                            TIGNOUS







                                                 WOLINSKI







SANS OUBLIER LES AUTRES PERSONNES ASSASSINEES OU BLESSEES ...




















Quatre plumes, vidéo :



http://www.itele.fr/france/video/les-grandes-plumes-de-charlie-hebdo-mortes-dans-lattaque-106801

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Un mot du père de François Cavanna pour chacun des tueurs du 7 janvier :


«  Diou te stramaledissa ! «  = «  Que Dieu te supermaudisse ! «


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Tachan et Charlie Hebdo raconté par Cabu, vidéo :


https://www.youtube.com/watch?v=19CPGNBoDSc

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Cabu et le beauf' chez Pivot :



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Une planche de Wolinski en vidéo :


https://www.youtube.com/watch?v=nPC1QoBR6kI

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30 janvier 2014 : mort de Cavanna :




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Pour les fans de " Charlie Hebdo" , ce reportage exceptionnel de 50 minutes et des rawètes, tourné en 2006 :


  http://www.rtbf.be/video/detail_charlie-hebdo-une-derniere-bouteille-a-la-mer?id=1983910

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Le dessinateur Reiser à Blankenberge en 1976 :

http://www.sonuma.be/archive/jean-marc-reiser

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Reportage à Hara Kiri :




Ah ! qu'il est bon de relire quelques bouquins de la bande de Charlie








                                                                     CABU



                                                                     CHARB


                                                                    HONORE ( caricature de Cavanna)


                                                                           REISER



                                                                            LUZ



                                                                           REISER





                                                                  TIGNOUS



WOLINSKI



                                                                CHARLIE HEBDO DU 14 JANVIER 2015

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