Ce vendredi 25 mars, le gouvernement wallon a choisi de rompre avec la procédure d’attribution du marché de type DBFM qui devait confier au consortium privé Mobiliège la conception, la construction, le financement et la maintenance du tram. Le privé va être indemnisé, la procédure reprend à zéro.
Les raisons de cette marche en arrière sont connues. «  La formule du DBFM avait été choisie dans une optique de déconsolidation, afin de ne pas dégrader la trajectoire budgétaire de la Région. Suite aux différents avis d’Eurostat et malgré les modifications apportées au contrat initial, une déconsolidation n’a pu s’avérer envisageable  », déclare le ministre de la Mobilité Carlo Di Antonio (CDH), qui dit avoir mesuré les risques juridiques et d’impact budgétaire avant de préconiser le lancement d’un nouveau marché.
«  Les Liégeois(es) méritent mieux qu’un gouvernement stérile qui ne prend aucune responsabilité. Il est temps d’assumer et d’aller de l’avant : maintenant, il faut des actes et non moult promesses qui s’éternisent sans jamais se concrétiser », a réagi promptement la députée libérale Christine Defraigne qui parle d’un « tramway nommé désespoir ». L’échevin liégeois de la Mobilité CDH Michel Firket est déçu. Sa proposition de passer outre l’avis d’Eurostat et de maintenir le marché à Mobiliège n’a pas été reçue. «  Eurostat nous a menés dans une nasse que le gouvernement n’a pas pu ou voulu déjouer. Au vu du travail collectif, quel gâchis ! Avec pour résultat minimum 2-3 ans de retard pour le tram. L’Europe doit choisir : soit appeler à des investissements structurels de mobilité, soit imposer des règles comptables qui les rendent impossibles. » Père du PPP lorsqu’il était ministre de la Mobilité, Philippe Henry (Ecolo) fustige le gouvernement PS-CDH. «  Ce report ne donne aucune assurance, aucun calendrier, c’est assez déplorable. En dépit des discours rassurants, les Liégeois sont menés en bateau. Et même avec un nouveau DBFM, le risque de requalification demeure. Le gouvernement wallon cherche simplement à gagner du temps sans apporter de réelle solution. Et quel signal catastrophique au secteur privé qui devait employer des centaines de travailleurs pour ce chantier. »
«  Le PPP a fait perdre beaucoup de temps et le gouvernement continue alors que s’il avait lancé, à l’époque, un marché public le chantier serait déjà en route. Au lieu de s’entêter dans une voie dispendieuse, il faut oser réexaminer le fond du dossier, optimaliser les connexions rail-tram, introduire un nouveau permis et faire un marché public », estime le conseiller Vega François Schreuer. Le PTB ajoute, par la voix de Damien Robert : «  Le gouvernement wallon doit prendre son courage à deux mains et revenir à un financement public traditionnel. Cela coûtera moins cher et garantira la création d’un tram bien nécessaire aux Liégeois.  »

« Le dossier n’est pas enterré »

Face à ces remises en question, le bourgmestre Willy Demeyer (PS) tente de positiver. «  Le dossier n’est pas enterré ! Il y a toujours un accord pour le faire aboutir. Maintenant, il faut sécuriser techniquement le calendrier, le financement, son acceptabilité par l’Europe et proroger le permis. » La méthode Coué augure de nouvelles longues discussions et des arbitrages alors que le réseau actuel est saturé. A moins que derrière la décision du gouvernement se cache la volonté d’ajouter le volet « exploitation » au DBFM et ainsi répondre à la volonté d’Eurostat : tout céder au privé. Un scénario sur lequel le ministre ne se prononce pas.