" Je m'éveille le matin avec une joie secrète, je contemple la lumière avec ravissement et tout le reste du jour je suis content "
Montesquieu

Ma nouvelle vie à Lîdge

samedi 14 mai 2016

Georges Bernanos : " Journal d'un curé de campagne "




Georges Bernanos est né en 1888 et est décédé en 1948, à l’âge donc de 60 ans. Bernanos est un catholique fervent et royaliste. Il mène une vie matérielle assez difficile et instable ( il travaille pour une compagnie d’assurance). Avec son épouse, à la santé fragile, et leurs six enfants, il déménage une trentaine de fois. En 1938, il éprouve une honte envers les états européens suite aux accords de Munich avec Hitler. Il s’installe avec sa famille à Rio au Brésil où il reçoit des écrivains tels Stefan Zweig. En 1940, il se rallie à l’appel du 18 juin du général De Gaulle. Retour en France en 1945. «  Le journal d’un curé de campagne » est publié en 1936 et remporte un succès important.


Un jeune curé, d’une bonne vingtaine d’année, s’installe dans sa première paroisse, à Ambricourt, dans le nord de la France, pas loin de Lille. Ce jeune prêtre est doté d’une mauvaise santé. Il souffre de l’estomac. Il est vrai qu’il se nourrit affreusement mal : du pain trempé dans du mauvais vin et des pommes, c’est tout. Il n’est pas le seul dans ce cas ; ainsi, cette réflexion d’une gouvernante : « Dans  ma jeunesse, les prêtres se nourrissaient trop, avaient trop de sang. Aujourd’hui, vous êtes plus maigres que des chats perdus ». Notre curé prend cependant des décisions pour sa paroisse : s’occuper sportivement des jeunes, visiter chaque famille au moins une fois par trimestre, … Régulièrement, Il rend visite au comte ( qui l’insupporte) à la comtesse ( qu’il finira par réconcilier avec Dieu) et leur fille Chantal ( qui le tourmente plus qu’autre chose). Très jeune, notre homme s’effondrera physiquement  et mourra assez sordidement à Lille.

Si la vision du catholicisme et de préceptes de l’époque datent un peu, ce roman reste cependant d’actualité ( pour autant qu’on veuille bien le lire en tant que croyant ou tout au moins agnostique, sinon passez votre chemin). Il est vrai qu’il n’est pas drôle du tout ( mais est-ce qu’on lui demande d’être drôle ?). Les passages où notre curé est confronté à des personnages comme les docteurs Delbende et Laville, le curé Torcy, le doyen Blangermont, et le comte sont particulièrement bien envolés …

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Voici la version pdf :

http://www.ebooksgratuits.com/pdf/bernanos_journal_cure_campagne.pdf


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Extraits :
- L’Etat commence par faire mauvaise fortune bon coeur. Il torche les gosses, panse les éclopés, lave les chemises, cuit la soupe des clochards, astique le crachoir des gâteux, mais regarde la pendule et se demande si on va lui laisser le temps de s’occuper de ses propres affaires.
  ( …)  Tu peux traduire ça comme tu voudras, même en langage rationaliste – le plus bête de tous, - ça te force à rapprocher des mots qui explosent au moindre contact. La société future pourra toujours s’asseoir dessus ! Ils lui mettront le feu au derrière, c’est tout.

- Après vingt siècles de christianisme, tonnerre de Dieu, il ne devrait plus y avoir honte à être pauvre. Ou bien, vous l’avez trahi votre Christ ! Je ne sors pas de là. Bon Dieu de bon Dieu ! Vous disposez de tout ce qu’il faut pour humilier le riche, le mettre au pas. Le riche  a soif d’égards, et plus il est riche, plus il a soif.

- Vous ne valez pas cher, m’a-t-il dit. Rien qu’à voir ça, pas difficile de comprendre que vous n’avez pas toujours mangé votre saoul, hein ! A présent, il est trop tard ! Et l’alcool, qu’est-ce que vous en faites de l’alcool ? Oh ! pas celui que vous avez bu, naturellement. Celui qu’on a bu pour vous, bien avant que vous ne veniez au monde.

-  Sauf respect, tu ressembles à ces cornichons de jeunes maris qui se flattent « d’étudier leur femme » alors qu’elle a pris leur mesure, en long et en large, du premier coup.


-  N’était la vigilante pitié de Dieu, il me semble qu’à la première conscience qu’il aurait de lui-même, l’homme retomberait en poussière.



-  Nous autres, dans nos campagnes, nous sommes tous, plus ou moins , fils d’alcooliques. Tes parents n’ont pas bu plus que les autres, moins peut-être, seulement ils mangeaient mal, ou ils ne mangeaient pas du tout. Ajoute que faute de mieux, ils s’imprégnaient de mixtures dans le genre de celles-ci, des remèdes à tuer un cheval.

-  Vous êtes un chic garçon, m’a-t-il dit. Je ne voudrais pas un autre curé que vous à mon lit de mort.

-  Le doute de soi n’est pas l’humilité, je crois même qu’il est la forme la plus exaltée, presque délirante de l’orgueil, une sorte de férocité jalouse qui fait se retourner un malheureux contre lui-même, pour se dévorer. Le secret de l’enfer doit être là.

- Le grand nerveux est toujours son propre bourreau.

-  Il est vrai que le goût du suicide est un don, un sixième sens, je ne sais quoi, on naît avec.

-  Me suicider ? Allons donc ? C’est un passe-temps de grand seigneur, de poète, une élégance hors de ma portée.


-  Il faut mourir peu à peu, balbutiai-je, prendre l’habitude.


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En 1951, Robert Bresson a proposé un film - assez fidèle - tiré de ce roman. En voici un extrait :

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